Un œil sur demain : le réemploi, avenir de la restauration ?
À Malines, une pizzeria teste un système de boîtes réutilisables depuis plus d’un an, avec 15 % des clients actuellement impliqués. L’ambition du gérant, Omar Aberkane, est d’atteindre 100 % de réutilisables à moyen terme.
Et si vos pizzas étaient livrées dans une boîte réutilisable ? À Malines, une pizzeria teste ce concept depuis plus d’un an et les résultats semblent prometteurs.
Le principe est simple : lors de la commande en ligne, le client choisit entre une boîte en carton classique ou une version réutilisable. S’il opte pour cette dernière, la boîte est récupérée par l’équipe dans les 48 heures suivant la livraison et est ensuite envoyée à une station de lavage située à Lier, exploitée par l’entreprise Mivas, avant d’être remise en circulation. « Après dix lavages, la boîte est déjà amortie. Nous gagnons du temps en évitant le pliage, nous réduisons l’espace de stockage nécessaire et, surtout, nous diminuons notre impact environnemental. Notre seul regret ? Ne pas avoir commencé plus tôt », explique Omar Aberkane, le gérant de la pizzeria Kingslize Pizza Mechelen.
Actuellement, 15 % des clients ont adopté ce système. « Pour nous, cela a représenté un vrai changement. Auparavant, nous proposions deux tailles de pizzas. Nous avons supprimé la grande taille pour ne travailler qu’avec un seul format, adapté à l’emballage réutilisable. Notre clientèle se compose à 70 % de particuliers et à 30 % d’entreprises. Les entreprises commandent des volumes plus importants et sont très satisfaites de cette solution. Certaines entreprises réclamaient déjà des boîtes réutilisables, notamment parce qu’elles manquaient de place dans leurs conteneurs à déchets », déclare le malinois.
L’ambition d’Omar est clairement affichée : atteindre, à moyen terme, le 100 % réutilisable.
À Gand, une autre enseigne pousse la logique encore plus loin : tous les plats à emporter sont servis dans des récipients réutilisables ou des bocaux en verre consignés. Les emballages jetables n’interviennent qu’en ultime recours, lorsqu’aucune autre solution n’est possible. « Nous accueillons beaucoup de touristes. Pour eux, il est parfois plus compliqué de rapporter les contenants. Mais pour nos clients réguliers, le système fonctionne en boucle : ils ramènent simplement les pots lors de leur prochaine visite », explique Arno De Mol, cogérant du restaurant « Lokaal ».
Les clients paient également une consigne et la récupèrent lorsqu’ils rapportent le pot ou le contenant. La consigne est de 5 euros pour certains contenants, et de 1 euro pour d’autres. « Cette consigne encourage le client à revenir. Chez nous, le réutilisable est proposé par défaut. Le jetable n’est qu’une alternative si vraiment ce n’est pas possible », ajoute le restaurateur.
Heleen valide ces propos. Cette cliente fidèle a intégré le réemploi dans son quotidien. « C’est important que je puisse bien voir que ce sont leurs contenants, pour ne pas les mélanger avec les miens quand je les rapporte à la maison. Cela demande un peu d’organisation, il faut prévoir un espace pour conserver les contenants propres avant de les rapporter. Mais on s’y habitue très vite », explique-t-elle.
Installée à table avec ses enfants, elle estime que son geste peut amener une réflexion sur un autre mode de vie. « Je pense que c’est important de leur montrer l’exemple. Moi, je n’ai pas grandi avec les plats à emporter. Beaucoup de nouvelles habitudes sont apparues pour plus de confort, mais on ne réfléchit pas assez à leurs conséquences. Comment combiner la durabilité d’autrefois avec le confort d’aujourd’hui ? C’est là que se trouve la solution », souligne encore la quadragénaire. Le restaurant « Lokaal » collabore également avec des magasins zéro déchet pour assurer la circulation de ses contenants réutilisables.
Les villes de Malines et Gand ont soutenu financièrement ces initiatives grâce à des subsides locaux. « Il y a deux ans, nous avons lancé le projet Comeback à Gand et à Louvain pour aider les HoReCa locaux à installer des systèmes de réemploi. L’idée était simple : permettre aux clients d’emporter leur repas dans un emballage réemployable, qu’ils peuvent ensuite rapporter dans le même restaurant ou dans un autre établissement du réseau, sans frais », révèle Maïté Liekens, chargée de projets pour Zero Waste Belgium.
Une application a même été créée pour identifier les restaurants proposant des emballages réutilisables. « Au début, c’était compliqué de trouver des restaurants motivés : installer le système représente une charge supplémentaire. Nous les avons soutenus avec des subsides, une aide logistique et des campagnes de communication pour faciliter le démarrage. Plusieurs établissements ont continué après la fin des aides, parce qu’ils voient que leurs clients apprécient et que cela correspond à leurs valeurs. Pour certains restaurants, le réemploi est désormais devenu une évidence, une nouvelle habitude », observe la professionnelle du réemploi.
Cependant, certains restaurants ont abandonné, une fois le subside écoulé, et l’habitude du jetable est redevenue la norme. « Tout dépend de la manière dont l’option est présentée : si le réemploi est proposé par défaut, les clients l’adoptent beaucoup plus facilement. Lorsque le jetable reste une option simple et immédiate, les habitudes reprennent le dessus. Le plus important, c’est que ce soit aussi facile que le jetable. Une fois que les clients voient que les contenants sont pratiques, solides et agréables à utiliser, l’adhésion suit », souligne-t-elle encore. À noter également que la Wallonie met en place ce type d’initiative via ses intercommunales, avec le WapiPack d’Ipalle à Tournai, par exemple.
Ces expériences locales s’inscrivent dans une dynamique plus large : plusieurs villes européennes, comme Berlin en Allemagne ou Aarhus au Danemark, testent des machines publiques de consigne pour gobelets.
L’objectif est clair : répondre à la législation européenne prévue pour 2030, qui vise à interdire de nombreux emballages plastiques à usage unique et à obliger la mise à disposition de contenants réutilisables pour la vente à emporter. « Le plus grand défi est réglementaire : il faut des définitions claires et des règles communes pour que tous les acteurs puissent s’organiser. Tant que le jetable restera moins cher, la transition sera freinée », insiste Nathan Dufour, responsable des systèmes de réemploi pour l’organisation non gouvernementale Zero Waste Europe.
D’après Zero Waste Europe, le réemploi permettrait de réduire jusqu’à 80 % des déchets d’emballages alimentaires dans la restauration rapide, tout en diminuant les émissions de CO₂ liées à la production de plastique. « Un système de réemploi fonctionne s’il y a une gouvernance claire, des responsabilités définies et une vraie traçabilité. Un emballage réemployable doit avoir une valeur économique. C’est aussi l’une des clefs du succès », affirme le chef du projet ReuSe Vanguard.
Le monde du réemploi est donc en train de se construire. Reste à transformer une minorité convaincue en majorité active et à passer du réflexe du jetable à celui du durable.

