Belgique

Un minerval à 1200€ pour plus de la moitié des étudiants : la FEF alerte.

La période d’inscription en 1re secondaire a débuté ce lundi en Fédération Wallonie-Bruxelles, et quelque 50.000 élèves rejoindront l’enseignement supérieur la rentrée prochaine. Le montant d’inscription dans l’enseignement supérieur ne dépendra désormais plus du type d’établissement, de la formation suivie ni de l’année d’études, mais du revenu du ménage.


La période d’inscription en première secondaire a commencé ce lundi en Fédération Wallonie-Bruxelles. Environ 50.000 élèves intégreront l’enseignement supérieur à la rentrée prochaine, une rentrée qui sera marquée par plusieurs changements. En plus de l’introduction d’un nouveau tronc commun et de nouvelles règles concernant la finançabilité des étudiants, le montant du minerval augmentera pour une partie d’entre eux.

Actuellement, le prix du minerval – c’est-à-dire les frais d’inscription – varie selon le type d’établissement (université, haute école, école supérieure des arts…), mais cela va changer en septembre prochain. Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé que le montant d’inscription dans l’enseignement supérieur ne dépendra plus du type d’établissement, ni de la formation suivie, ni de l’année d’études, mais du revenu familial.

Invité dans Matin Première ce mercredi, le président de la FEF, Adam Assaoui, souligne le flou autour de ces changements. « En s’inscrivant dans le supérieur, les étudiants ne sauront pas combien ils doivent payer en minerval. Actuellement, on payait entre 175€ et 835€, et les boursiers bénéficiaient d’une gratuité. Demain, on met en place un minerval progressif, en fonction des revenus des parents, avec trois paliers : 0€ pour les boursiers, 374€ pour le premier palier (« condition modeste »), 835€ pour le second (« taux intermédiaire ») et 1194€ pour le minerval plein […] Le projet actuel du gouvernement est de dire que le minerval est de 1194€ pour tout le monde et que si l’on veut obtenir une réduction ou une gratuité de minerval, il faut fournir une série de documents comme des avertissements extraits de rôle à l’administration. »

Le président de la FEF déplore un mécanisme qui va augmenter la pression sur les administrations universitaires, « alors qu’elles sont déjà surchargées aujourd’hui en ne gérant que les bourses. »

La ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en charge de l’enseignement supérieur, Elisabeth Degryse (Les Engagés), justifie cette réforme par le désir de faire contribuer les plus favorisés. Ainsi, l’enseignement supérieur « fait sa part » dans l’effort budgétaire actuel, selon le gouvernement.

Un argument contesté par Adam Assaoui. « Il faut examiner les taux qui ont été décidés. Ce ne sont pas les plus riches qui vont payer près de 1200€. Selon les plafonds annoncés, si les parents gagnent autour de 2200€ nets par mois chacun, ils devront payer ces 1200€ de minerval pour leur enfant, » précise-t-il.

Pour le président de la FEF, « ce n’est pas l’enseignement supérieur qui fera sa part. Ce seront les étudiants qui devront enchaîner les jobs étudiant, les familles, le père entrepreneur qui a déjà du mal à boucler les fins de mois ou la mère qui se lève tôt. Ce sont eux qui vont faire leur part, pas l’enseignement supérieur, » fait-il valoir.

Cette volonté d’homogénéisation entre établissements, soutenue par le gouvernement, va particulièrement toucher certaines hautes écoles qui pratiquaient des minervaux nettement inférieurs. « Un étudiant en kiné à la Haute École de la Province de Liège (HEPL) paie actuellement 175€ par an. Un étudiant qui veut devenir instituteur ou institutrice à la Haute École Provinciale de Hainaut – Condorcet paie environ 220€. Cela va donc entraîner une augmentation de plus de 1000€ d’un coup. C’est énorme, » dénonce Adam Assaoui. « C’est une réforme pensée par des universitaires pour les universités. »

Dans les colonnes du Soir, le cabinet d’Elisabeth Degryse insiste sur le rééquilibrage apporté par cette réforme, avec des exemples à l’appui. Dans le cas d’une institutrice maternelle célibataire dont l’enfant souhaite entamer des études supérieures : « Avec un revenu imposable avoisinant les 40.000 euros, elle bénéficiera du statut de condition modeste, alors qu’aujourd’hui de nombreuses familles monoparentales dépassent ce plafond. » La ministre-présidente ajoute que les seuils pourraient encore évoluer « afin de s’assurer que les cibles soient bien atteintes. »

À ce sujet, le président de la FEF accueille favorablement l’élargissement du taux « modeste » décidé par le gouvernement. « C’est une bonne chose. Cela signifie que des personnes qui payaient 835€ aujourd’hui paieront moins demain. Cependant, le minerval modeste fixé à 374€ est déjà plus élevé que le minerval actuel de certains. »

L’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) – qui regroupe les représentants des universités, des hautes écoles et des étudiants – a émis un avis négatif sur la question de la démocratisation de l’accès aux études supérieures. « Quand une haute école fixe un minerval à 175€, elle adopte une démarche sociale, afin d’aider les jeunes à accéder à l’enseignement. Aujourd’hui, avec l’augmentation du minerval et l’incertitude sur le montant exact à payer à la rentrée, je pense que beaucoup réfléchiront à deux fois avant d’inscrire leur enfant, » prédit Adam Assaoui.

« Le gouvernement doit-il se contenter d’une question comptable, en essayant de réduire le déficit d’ici la fin de son mandat, ou doit-il porter un vrai projet de société ? » s’interroge le président de la FEF.