« Un léger goût d’usurpation », « Une première », « Cela laisse apparaître un vice du gouvernement »: les médias se montrent mitigés face à la conférence de presse de De Croo

Alexander De Croo a tenu ce lundi 23 février une conférence de presse surprise. Mais pour quelle raison le Premier ministre a-t-il décidé de casser son schéma habituel, en prenant la parole au Bunker quatre jours avant le Comité de concertation ? « Il est temps d’apporter un peu de sérénité », a admis le libéral flamand à l’entame de ce qu’il a qualifié être un exercice de « transparence ». « (…) Nous voulons présenter les faits scientifiques sur lesquels nous nous basons pour nos décisions. » Laissant la parole ensuite aux deux porte-paroles interfédéraux et à des mathématiciens, M. De Croo a, en réalité, tenté de justifier les choix à venir de son gouvernement et la prudence dont il risque de faire preuve dans le cadre du tant attendu déconfinement. Une démarche qui n’a pas fait l’unanimité auprès des différents médias du pays, surtout après la sortie du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, qui avait immédiatement douché les espoirs des Belges ce dimanche. Revue de presse.

Dans son édito, La Libre souligne ce mardi que les Belges sont à bout. « Est-ce une raison pour ouvrir toutes les vannes et déconfiner le pays ? Certainement pas, la situation reste extrêmement fragile », affirme toutefois La Libre. Mais il est toutefois grand temps que soient pris en considération d’autres aspects en dehors du sanitaire. La Libre regrette enfin que le ministre de la Santé tranche seul dans un média de l’avenir du pays. « Lorsque Frank Vandebroucke déclare, six jours avant le très attendu Comité de concertation (Codeco) de ce vendredi, qu’il ne faut pas s’attendre au moindre assouplissement, réalise-t-il à quel point il réduit l’adhésion de la population aux mesures actuelles ? Dans le même temps, il réduit les autres acteurs politiques de ce Codeco à de simples figurants », pointe La Libre.

Le Soir salue, quant à lui, l’exercice de transparence « intéressé c’est sûr, mais intellectuellement honnête ». Le quotidien estime que, face aux nombreux appels au déconfinement, Alexander De Croo a fait un choix présentant plusieurs avantages: voir les effets positifs de la vaccination et faire comprendre aux Belges que la situation reste instable en raison de la forte présence des variants. « Cet exercice prédit que si nous commettons l’erreur de déconfiner trop vite ou trop fort et tout de suite, le prix à payer sera autrement plus élevé qu’une vingtaine de jours de patience, maximum », détaille encore le média francophone, se réjouissant des perspectives offertes malgré tout par la présentation du Premier ministre.

« Les quatre jours les plus longs »

C’est également sur cette note positive et ces assouplissements pas si lointains que revient la Dernière Heure, ce mardi. « À défaut du 1er mars, le 1er avril semble une date raisonnable pour une réouverture dans bon nombre de secteurs », écrivent nos confrères, pour qui « le plus important est de ne plus devoir revenir en arrière par la suite ». Soulignant malgré tout que rien n’était encore gagné, le quotidien appelle à accélérer la campagne de vaccination.

« Les quatre jours les plus longs », titre Sudpresse, en référence à l’intervalle de temps qui nous sépare du prochain Codeco. Ces journées risquent d’être « les plus chahutées » pour Alexander De Croo. « Son gouvernement n’est pas encore au bord de la crise de nerfs mais, depuis ce week-end, les signes d’agacement et les sorties polémiques se multiplient dangereusement au sein même de la majorité », continue le média. Le fait que le MR ait été rejoint par le PS et Ecolo dans ses appels au déconfinement prouve, selon Sudpresse, que « le problème est bien réel ». Un souci qu’a pu en partie résoudre la conférence de presse du Premier ministre ? Certainement pas, selon nos confrères. « Car une fois de plus, cette gestion de la crise laisse apparaître un vice de forme engendré lors de la mise en place de ce gouvernement fédéral : une étonnante ligne fracture et un déséquilibre communautaires au sein de l’équipe De Croo, où les postes clés de cette crise Covid sont tous aux mains de ministres flamands, eux-mêmes conseillés par des experts majoritairement flamands », concluent-ils.

Une démarque « qui n’est pas sans risque »

« Le Premier ministre a versé de l’eau glacée sur l’entrain qui était né au cours de ce week-end printanier », a commenté De Standaard. « (…) Les experts ont parlé dans leur langage d’expert mais n’ont laissé aucun doute: tant que nous ne pouvons pas estimer plus précisément la contagiosité du variant britannique, nous courons le risque de voir déferler une troisième vague à chaque assouplissement. » Si la démarche d’Alexander De Croo montre, selon nos confrères flamands, un certain leadership, elle « n’en est pas moins sans risque ». Le quotidien fait ainsi référence à la fatigue des Belges face à des mesures restrictives de longue date, mais pas uniquement. « De Croo a déclaré hier qu’il avait pris la parole en tant que « président du Comité de concertation ». Le fait qu’il l’ait fait en l’absence de ses homologues donnait un léger goût d’usurpation », relate De Standaard.

Enfin, De Tijd estime quant à lui qu’il s’agit d’une première pour le gouvernement depuis le début de cette crise sanitaire. « C’est la première fois en un an que les autorités peuvent affirmer avec conviction que nous apercevons le bout du tunnel », écrit le quotidien financier. Nos confrères soulignent que le Premier ministre n’a pas pris le risque de s’avancer davantage sur le plan de déconfinement. « De cette façon, il évite les disputes qui pourront surgir sur le sujet, mais c’est un exercice auquel le gouvernement devrait se prêter dans quelques semaines (…), pour que le redémarrage ne se fasse pas de façon chaotique », constate le média flamand.