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Un jour, une carte : l’Iran pourrait-il attaquer Bruxelles ?

Le samedi 21 mars, deux missiles iraniens ont été tirés en direction de l’océan indien vers les Chagos, un archipel qui abrite la base américano-britannique de Diego Garcia. Les tirs de ce week-end ont échoué : un missile a été intercepté et l’autre est tombé en mer avant d’atteindre sa cible.


Tout débute avec un événement très précis survenu le samedi 21 mars. Deux missiles iraniens ont été tirés en direction de l’océan Indien, visant l’archipel des Chagos, qui abrite la base américano-britannique de Diego Garcia.

À première vue, cela pourrait sembler sans lien avec l’Europe. Toutefois, ce qui a frappé les observateurs n’est pas la cible, mais la distance. Les missiles, probablement du type Khorramshahr-4, auraient parcouru 4000 kilomètres ! C’est un véritable choc : jusqu’à présent, la portée maximale de l’arsenal iranien était estimée à 2000 ou 2500 kilomètres. En d’autres termes : « loin, mais pas jusqu’à nous ». Cependant, 4000 kilomètres, c’est presque la distance qui sépare l’Iran des grandes capitales européennes.

Sur le papier, Bruxelles, Paris ou Berlin seraient donc dans le champ de tir. C’est précisément ce que prétend Israël depuis des mois : selon son armée, les capitales européennes se trouvent désormais dans le rayon potentiel de Téhéran.

Néanmoins, dans la réalité, la situation est plus complexe. D’abord, parce que les tirs de ce week-end ont échoué : un missile a été intercepté et l’autre est tombé en mer avant d’atteindre sa cible. Ensuite, plusieurs éléments suggèrent que ces missiles étaient allégés, peut-être même dépourvus de véritable charge explosive. Cela leur aurait permis d’atteindre une plus grande distance, mais d’infliger beaucoup moins de dégâts comparé à des armes de guerre pleinement opérationnelles.

On serait donc face à une démonstration de force plutôt qu’à une véritable attaque, avec un message clair de l’Iran : « Nous pouvons frapper loin ». Un avertissement destiné aux États-Unis, mais aussi à leurs alliés, y compris les Européens.

Quant à la question de savoir si l’Iran pourrait vraiment viser l’Europe, les experts estiment que cela est très peu probable. L’Iran ne dispose pas de la capacité opérationnelle pour mener des frappes efficaces sur le continent et surtout, il n’en a aucun intérêt. Stratégiquement, cette option serait suicidaire, entraînant une riposte massive avec des conséquences militaires et économiques considérables. La priorité de Téhéran reste régionale : Israël, les bases américaines et le Golfe. Il n’existe donc pas de menace immédiate sur Bruxelles.

Récemment, plusieurs dirigeants européens ont réaffirmé que cette guerre n’est pas la leur. Cependant, l’Europe n’est pas complètement exclue du conflit. Bien qu’elle ne soit pas une cible directe, elle en fait partie. D’une part, elle en subit déjà le coût : augmentation des prix du carburant et tensions économiques. D’autre part, la guerre moderne ne se limite pas aux missiles. Elle implique également des drones lancés depuis des cargos, des cyberattaques et des opérations d’influence. Celles-ci, bien que moins visibles, peuvent parfois s’avérer plus efficaces.

En attendant, Téhéran a démenti avoir attaqué la base de Diego Garcia. Le ministre iranien des Affaires étrangères a qualifié, dans la nuit de lundi à mardi sur X, cela de « désinformation », en provenance notamment d’Israël.

Finalement, ce démenti était presque attendu. Car, au-delà des conflits armés, cette guerre est également une guerre de communication. L’objectif n’est pas seulement de détruire, mais aussi d’influencer et de semer le doute. Et dans ce type de guerre, les Européens sont déjà impliqués.

Donc, non, ce n’est pas notre guerre au sens classique. Toutefois, l’événement du 21 mars marque un tournant subtil : un moment où l’Europe cesse d’être un simple spectateur protégé par la distance. En matière de géopolitique, ce que l’on commence à ressentir peut souvent avoir autant d’importance que ce qui est réellement réalisable.