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Un jour, une carte : l’Iran laïque oublié, révolution citoyenne étouffée.

La dynastie des Pahlavi se présente comme l’héritière naturelle du trône iranien. En 1953, Mohammad Mossadegh est renversé lors d’une opération secrète menée par la CIA avec l’appui britannique, nommée Ajax.


Dans le débat d’actualité, la dynastie des Pahlavi émerge fréquemment. Elle se profile comme l’héritière légitime du trône iranien, une monarchie fascinante par sa modernité apparente. Néanmoins, cette famille a surtout évolué en fonction des rapports de force internationaux.

Le grand-père était fasciné par l’Allemagne nazie, tandis que le père, quant à lui, s’est solidement aligné avec les puissances occidentales, soutenu par une police politique redoutée. Aujourd’hui, le fils, figure de l’opposition en exil, suscite une nostalgie monarchique parmi certains manifestants.

Cependant, la situation actuelle révèle autre chose : une volonté de trouver une solution ni religieuse, ni monarchique.

### Le Moyen-Orient des indépendances

Après la Seconde Guerre mondiale, le Moyen-Orient se transforme en terrain d’affrontement. Les Britanniques et les Français y maintiennent une domination prépondérante. Les États-Unis s’y installent comme arbitres intéressés, tandis que les Soviétiques observent, prêts à avancer leurs pions.

Dans les années 1950, de nombreuses indépendances surgissent, rarement dans la paix, souvent dans la violence, toujours liées à une question centrale : qui détient le contrôle des richesses, notamment du pétrole, cette « huile de pierre » devenue vitale pour les économies industrielles ?

L’Iran est au centre de cette lutte.

### Mossadegh, l’homme qui dérange

En 1951, Mohammad Mossadegh arrive au pouvoir. Laïc, nationaliste, et farouchement indépendant, il désire nationaliser le pétrole iranien, qui est alors exploité par des compagnies étrangères.

Son idée est simple mais explosive : que les ressources du pays servent enfin la population. Sécurité sociale, justice sociale, souveraineté économique. Cette vision évoque l’Europe d’après-guerre, mais inquiète Londres et Washington.

Mossadegh devient une icône internationale. En 1951, le Times le déclare personnalité de l’année, un honneur rare. Cependant, cette accolade ne sera pas de longue durée.

### Le pétrole avant le peuple

Sa chute est rapide. En 1953, il est renversé lors d’une opération secrète orchestrée par la CIA, en collaboration avec le Royaume-Uni. Le nom de code : Ajax.

Le Shah, Mohammad Reza Pahlavi, reprend le contrôle. La monarchie est restaurée, renforcée, et le pétrole change une fois de plus de mains. Le rêve laïque iranien s’évapore.

### Une matrice pour tout le Moyen-Orient

L’expérience de Mossadegh laisse des séquelles. Elle inspire d’autres dirigeants nationalistes comme Gamal Abdel Nasser, Muammar Kadhafi, Yasser Arafat, ainsi que plus tard Saddam Hussein ou Bashar al-Assad.

Ce nationalisme arabe et moyen-oriental, souvent en commençant par l’émancipation, finit par conduire à la répression, au culte de la personnalité et à la violence d’État.

### Une leçon toujours actuelle

La situation de l’Iran des années 1950 souligne une réalité fondamentale : la question n’était pas religieuse, mais politique et économique. Ce n’est pas l’islam politique qui a renversé Mossadegh, mais la lutte pour le pétrole et la crainte de perdre le contrôle.

Aujourd’hui encore, les Iraniens revendiquent le droit de se déterminer eux-mêmes. L’histoire, une fois de plus, semble prendre des détours, mais une constante persiste : là où le pétrole coule, les superpuissances ne sont jamais loin, tout comme elles restent éloignées des aspirations citoyennes.