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Un jour, une carte : les guerres ne renvoient plus les avions dans le couloir du Caucase

Depuis l’invasion russe en Ukraine en 2022, les compagnies aériennes occidentales doivent éviter tout le territoire russe, ce qui affecte également les routes vers des destinations comme Shanghaï et Hong Kong. L’espace aérien iranien est fermé depuis le 28 février dernier, et des restrictions sont en place au-dessus de la Syrie et de l’Irak en raison de risques militaires.


Il y a quelques années, un vol reliant Bruxelles à Tokyo traversait toute la Russie, survolant les monts de l’Oural puis toute la Sibérie, empruntant ainsi le chemin le plus direct. Toutefois, depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les compagnies aériennes occidentales doivent contourner l’intégralité du territoire russe. Cette directive concerne également les destinations chinoises comme Shanghai et Hong Kong.

Plus au sud, les avions civils ne peuvent pas survoler l’Ukraine en raison de la guerre, qui a établi une zone d’exclusion aérienne, ce qui nécessite également de dévier la ligne directe vers Bangkok vers le sud. La même situation s’applique pour l’Inde.

Avec le conflit au Moyen-Orient, la navigation dans le ciel se complique encore. L’espace aérien iranien est fermé depuis le 28 février dernier et des restrictions s’appliquent au-dessus de la Syrie et de l’Irak, en raison des risques d’attaques de missiles ou de tirs de systèmes de défense aérienne, sans compter les ripostes militaires imprévisibles.

Enfin, l’espace aérien entourant Israël et le Liban demeure une zone sensible, contraignant périodiquement les compagnies aériennes à modifier leurs itinéraires.

Comment naviguer entre toutes ces zones interdites ?

Il demeure deux options : passer par l’Arabie saoudite ou par le Caucase.

Cependant, cela complique les choses, car l’Arabie saoudite est également impliquée dans le conflit avec l’Iran, tout comme ses voisins le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis. De plus, il faut éviter le Yémen, situé au sud de la péninsule arabique, une zone instable avec la rébellion houthiste.

Il reste alors l’option de passer par la Turquie et le Caucase. Ce couloir aérien serpente au-dessus de la mer Noire, le long de la Géorgie, de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Une fois la mer Caspienne franchie, les avions se dirigent vers l’Asie centrale, soit vers le nord, soit vers le sud, en fonction de leur destination, que ce soit le Japon, la Chine, la Thaïlande ou l’Inde.

Ce couloir aérien du Caucase est donc stratégique. Or, il est particulièrement étroit, mesurant à peine entre 100 et 150 km de large par endroits.

Un couloir risqué

Il faut concentrer dans cet espace des milliers de vols, auparavant répartis sur de nombreuses routes différentes. Cela augmente la congestion et, par conséquent, les risques. De plus, le niveau de risque en Arménie n’est pas négligeable, le pays ayant connu plusieurs affrontements avec l’Azerbaïdjan autour du Haut-Karabakh ces dernières années. De surcroît, des drones iraniens ont pénétré en Azerbaïdjan début mars, dont l’un s’est écrasé sur un terminal d’aéroport dans l’exclave du Nakhitchevan.

Ces trajets plus longs entraînent également des coûts plus élevés, ce qui se traduit par un allongement des temps de vol et une augmentation des prix des billets.

Cela rappelle les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz sur les prix du pétrole et sur l’économie mondiale.

Cela fait maintenant un mois que cette situation perdure, et il reste à observer si ses conséquences seront durables ou s’il ne s’agit que d’une perturbation temporaire.

Quoi qu’il en soit, cela démontre que la géographie du ciel évolue aussi rapidement que la géopolitique terrestre.