Un jour, une carte : le détroit d’Ormuz, essentiel aux pétroliers
Cet article a été initialement publié le 24 juin 2025 et a été remis en avant suite à l’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. Le détroit d’Ormuz est long de 212 kilomètres, avec une largeur minimale de 55 kilomètres, et permet une circulation plus facile, bien que la profondeur des eaux et les îles rocailleuses limitent le passage.
Cet article a été initialement publié le 24 juin 2025. Il vient d’être remis en avant suite à l’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran.
Le détroit d’Ormuz mesure environ 212 kilomètres de long, ce qui correspond presque à la distance entre Arlon et Ostende. Sa largeur minimale est de 55 kilomètres. En comparaison, la Manche s’étend sur 32 km entre Calais et Douvres, tandis que le détroit de Gibraltar fait 14 km de large. Ainsi, le détroit d’Ormuz devrait théoriquement faciliter la circulation maritime. Cependant, un facteur souvent oublié est la profondeur des eaux. À Gibraltar, la profondeur atteint 1000 mètres, permettant le passage de n’importe quel navire. Sous la Manche, la profondeur varie entre 30 et 170 mètres, rendant la navigation plus délicate.
La profondeur du détroit d’Ormuz est similaire, mais il est parsemé de nombreuses îles et affleurements rocheux qui restreignent le passage. Sur les 55 km de largeur, seulement deux couloirs de navigation existent, chacun mesurant 3,5 km. L’un de ces passages monte vers le golfe Persique pour charger principalement du pétrole, tandis que l’autre descend pour approvisionner les pays asiatiques, notamment l’Inde, le Japon, la Corée et la Chine. En résumé, 7 km de largeur permettent d’acheminer 20 à 25 % du pétrole mondial et un tiers du gaz naturel liquéfié, selon l’agence internationale de l’énergie atomique. Celui qui contrôle cette région possède donc une clé importante de l’économie mondiale.
Cette zone, surnommée « la côte des pirates » par les Britanniques au 19e siècle, a été colonisée jusque dans les années 1960-1970, période à laquelle plusieurs pays voisins, dont le Koweït, ont acquis leur indépendance. Par la suite, les États-Unis ont renforcé leurs liens avec l’Arabie Saoudite et d’autres monarchies pétrolières, en mettant en place un accord de « protection américaine contre le pétrole saoudien », qui a duré jusqu’à la révolution islamique iranienne de 1979. À ce moment, le nouveau régime des mollahs a pris le contrôle de trois petites îles, Abou Moussa, la grande Tomb et la petite Tomb, placées à l’entrée du détroit d’Ormuz, avec des gardiens de la révolution iraniens y déployés.
Dans cette zone, il n’y a pas d’eaux internationales. Chaque pays ayant une façade maritime sur le détroit détient une zone de mer territoriale de plus de 21 km, ce qui limite la possibilité d’un couloir de libre circulation maritime.
L’Iran a une influence particulière sur ces deux étroits passages navigables. Bien que le pays menace occasionnellement, le prix du pétrole augmente déjà. La possibilité de verrouiller ces voies existe, et des attaques par des rebelles, des pirates ou des mercenaires se produisent régulièrement, provoquant des frissons sur les marchés.
Cependant, la réalité est complexe, et de nombreux analystes doutent de la viabilité de telles menaces. L’Iran a besoin des revenus pétroliers et gaziers pour maintenir son régime autoritaire. De plus, le pays dépend même de l’aide discrète de la Chine, qui dépend à son tour de ce pétrole.
« Qui commande la mer, commande le commerce, qui commande le commerce commande la richesse du monde et par conséquent le monde lui-même », affirmait l’explorateur anglais Raleigh au XVIe siècle. Cette assertion demeure valable aujourd’hui, bien que, dans le contexte de la mondialisation, ceux qui détiennent le plus de pouvoir sont souvent ceux qui alimentent les conteneurs à bord des navires. Cette dynamique a été particulièrement visible pendant la période du Covid, où la domination chinoise s’est révélée majeure.

