Belgique

Un jour, une carte : la Chine, l’Iran et la flotte fantôme

Le détroit d’Ormuz est fermé depuis ce week-end, entraînant une hausse des prix à la pompe. Entre 6000 et 9000 pétroliers sont en route autour de la Terre, dont un sur cinq est clandestin.


On le sait, le détroit d’Ormuz est fermé depuis ce week-end, et cela entraîne une hausse des prix à la pompe et à la chaudière qui menace nos finances. Néanmoins, l’arrivée de l’été pourrait apporter un peu de réconfort dans cette période de « fureur épique ».

En principe, le pétrole et le gaz venant d’Iran sont sous embargo, donc non commercialisables sur le marché international. Pourtant, ils pourraient venir à manquer, entraînant une flambée des prix. Comment expliquer cela ?

C’est assez simple : le détroit d’Ormuz est un point de passage pour d’autres ressources pétrolières et gazières, notamment celles du Koweït, de l’Irak, du Bahreïn et du Qatar, représentant environ 20 % de l’énergie fossile mondiale. Cependant, une partie importante de cette énergie provient aussi d’Iran, avec près de la moitié de son commerce dirigé vers la Chine et l’Inde. Cela se poursuit à travers une multitude de pétroliers qui, agissant comme des pirates, transportent des cargaisons en pleine mer et échangent discrètement.

Ces navires se transforment en fantômes, coupant leurs signaux de transbordement pour essayer de disparaître. Ils sont nombreux, sous pavillon de complaisance et gérés par des sociétés écrans. Selon certaines sources, en prévision de la guerre et d’un éventuel blocage des approvisionnements, plusieurs de ces pétroliers ont été remplis à ras bord, devenant de véritables plateformes de stockage dirigées vers la Chine.

On parle de 58 millions de barils de brut voguant en mer ce mois de février, soit dix fois plus que l’année précédente. Certains ont donc bien anticipé les conflits en cours, engrangeant des bénéfices considérables. Des pays, dont la Chine en particulier, ont besoin de cette énergie pour soutenir leur production industrielle.

En retour, comme l’indique le département d’État américain, les ventes de ce pétrole clandestin financent principalement l’armée iranienne et les Gardiens de la Révolution pour réprimer la population.

Il ne s’agit pas de quelques dizaines de navires : entre 6 000 et 9 000 pétroliers font le tour de la planète, un sur cinq étant clandestin. Entre 1 500 et 2 000 sont enregistrés sous des pavillons de complaisance, lorsqu’ils sont encore immatriculés, d’après les chiffres d’un cabinet spécialisé, relayés par le journal Le Monde. Les saisies réalisées par les autorités belgo-françaises ne devraient pas changer la donne, au-delà de leur valeur symbolique et géopolitique.

Concernant les relations entre la Chine et l’Iran, Pékin considère ces nations comme des alliées et entretient une forme d’entente cordiale, sans envisager une intervention militaire pour soutenir le régime islamique en difficulté.

Cependant, la Chine fournit des équipements et des missiles balistiques. Avant l’intervention des armées américaine et israélienne, l’agence Reuters révélait que la Chine et l’Iran avaient l’intention de conclure un accord pour la livraison de missiles supersoniques à Téhéran, augmentant ainsi la difficulté d’une intervention israélo-américaine.

Dans les circonstances actuelles, il paraît peu probable que ces missiles soient livrés. Jusqu’à présent, la Chine s’est limitée à condamner la mort de Khamenei et les atteintes au droit international, sans aller plus loin. On rapporte également que, malgré leur alliance, les dirigeants iraniens n’écouteraient guère les appels chinois à ne pas développer davantage leur capacité nucléaire.

Ainsi, même les ententes cordiales semblent rencontrer des obstacles en matière d’écoute.