Un détroit d’Ormuz « miné » et soumis à un « péage ».
Le 25 mars dernier, la revue maritime Lloyd’s List a révélé que les Gardiens de la révolution avaient imposé de facto une forme de « péage » dans le détroit d’Ormuz, obligeant les navires à soumettre une documentation complète et à accepter un passage escorté. Ce jeudi, les Gardiens de la révolution ont annoncé que le détroit d’Ormuz serait « miné », ce qui implique que les navires devront emprunter des routes alternatives pour le trafic dans cette zone.
Le 25 mars dernier, alors que l’idée d’un cessez-le-feu semblait encore lointaine, la revue maritime Lloyd’s List a révélé que les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la république islamique, avaient instauré de facto un « péage » dans le détroit d’Ormuz, obligent les navires à soumettre une documentation complète, à obtenir des codes d’autorisation et à accepter un passage escorté par les Gardiens de la Révolution à travers un couloir unique et contrôlé.
Ce jeudi, les Gardiens de la Révolution ont annoncé que le détroit d’Ormuz serait « miné », rendant son traversée dangereuse sans suivre un itinéraire proposé par l’Iran. « Afin d’être protégés de possibles collisions avec des mines, en coordination avec la marine des Gardiens de la Révolution, jusqu’à nouvel ordre, les navires devront prendre des routes alternatives pour le trafic dans le détroit d’Ormuz », a déclaré la communication officielle du régime iranien diffusée par les médias d’État.
Mercredi, Hamid Hosseini a donné des détails au journal économique britannique Financial Times, confirmant que l’Iran souhaitait facturer un droit de passage à « tout pétrolier » souhaitant emprunter le détroit d’Ormuz et « évaluer chaque navire ». Il a précisé que chaque bateau devait envoyer un courriel aux autorités pour indiquer sa cargaison et s’acquitter d’un droit de passage à régler en cryptomonnaie. « Le tarif est de 1 dollar par baril de pétrole, ajoutant que les pétroliers vides peuvent passer librement », a-t-il précisé.
Pourquoi cette transaction doit-elle être effectuée en cryptomonnaie ? Pour contourner les sanctions, selon Nicolas Gros-Verheyde, rédacteur en chef de B2, le quotidien de l’Europe géopolitique et spécialiste des questions de défense et de sécurité. « Avec l’interdiction du dollar, l’interdiction de financer et d’apporter des ressources économiques également en euros, vous prenez les monnaies qui sont disponibles », explique-t-il.
Les supertankers qui traversent le détroit d’Ormuz transportent souvent jusqu’à 2 millions de barils de brut, voire plus. Une « taxe » de 1 dollar par baril transporté pourrait donc rapporter environ 2 millions de dollars au régime iranien par navire de cette taille.
Un montant élevé, mais sans commune mesure avec le commerce mondial de marchandises. « Quand vous avez une cargaison de plusieurs dizaines de millions d’euros à bord, plus un navire, plus des marins, vous n’allez pas prendre le risque de passer », explique Nicolas Gros-Verheyde. « D’autant que les Gardiens de la Révolution ne sont pas des tendres. Et quand ils émettent une menace, ils sont capables de la mettre à exécution, soit par un tir d’avertissement, soit carrément par un abordage, comme ils l’ont déjà fait dans le passé. Toutes les marines marchandes connaissent ces faits. »
Étant donné que c’est une zone de conflit, d’autres facteurs incitent les professionnels à payer. « Les assurances ne couvrent pas, sauf à des prix exorbitants », poursuit Nicolas Gros-Verheyde.
En ce qui concerne le contrôle du détroit d’Ormuz par l’Iran pour des raisons de sécurité, « la CNUDM permet à l’État côtier de suspendre temporairement, sans discrimination, le droit de passage inoffensif des navires étrangers dans sa mer territoriale uniquement lorsque cette mesure est indispensable à sa sécurité. En revanche, une telle faculté n’existe pas dans un détroit international : ni le passage inoffensif ni le passage en transit ne peuvent y être suspendus », résume Niki Aloupi dans son article pour le Club des Juristes publié dans les Echos.
Ainsi, « l’Iran n’a absolument pas le droit de suspendre de fait la navigation dans le détroit en menaçant de le miner ou d’attaquer les navires qui le franchiraient sans son autorisation, ce qui introduit un régime de discrimination entre les pavillons », explique Jean-Paul Pancracio, professeur émérite à l’Université de Poitiers et spécialiste du droit de la mer dans une interview accordée à Ouest-France.
Cependant, le détroit d’Ormuz reste essentiellement contrôlé par l’Iran à l’heure actuelle. « Grâce ou à cause de l’intervention militaire des États-Unis, ce qui était auparavant une liberté de circulation admise par tous ne l’est plus. L’Iran a atteint son but de guerre, qui est de contrôler le détroit d’Ormuz », conclut Nicolas Gros-Verheyde.

