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Un an de « Liberation Day » : droits de douane, facture et fracture

Ce 2 avril 2025, Trump promettait la renaissance de l’industrie américaine, mais un an plus tard, ce qui frappe, c’est à quel point presque aucun de ces arguments ne résiste aux chiffres. Le secteur manufacturier a perdu 100.000 postes depuis l’arrivée de Trump, pendant que le reste de l’économie en créait 300.000 selon The Economist.


Ce 2 avril 2025, Trump annonçait la renaissance de l’industrie américaine, promettant le retour des usines, la création d’emplois, la baisse des prix et la correction des déficits. En un an, il apparaît que presque aucun de ces arguments ne se vérifie à la lumière des chiffres.

Premièrement, la facture est à la charge des Américains. Selon plusieurs études, dont une du Kiel Institute et une autre de la Banque centrale de New York, plus de 90% du coût des tarifs douaniers a été supporté par les importateurs et les consommateurs américains. En d’autres termes, les entreprises et les ménages ont absorbé ce coût. Une hausse de 10% des droits de douane entraîne une augmentation de 9,5% des prix finaux aux États-Unis. Cela signifie que presque toute l’augmentation est répercutée sur les acheteurs américains, qu’ils soient entreprises ou consommateurs. Le secteur de l’électroménager, de l’électronique, des meubles, des vêtements et des matières premières industrielles est affecté : cette guerre tarifaire s’est transformée en une véritable taxe.

En ce qui concerne la promesse d’emplois retrouvés, le secteur manufacturier a en réalité perdu 100 000 postes depuis l’arrivée de Trump, alors que le reste de l’économie a créé 300 000 emplois, selon The Economist.

### Et les droits de douane vers l’État américain ?

Les droits de douane ont généré des revenus pour l’État, mais très inférieurs aux attentes. On estime qu’ils rapporteront entre 260 et 288 milliards de dollars en 2025. Bien que ce montant soit considérable en valeur absolue, il est insuffisant pour constituer une base durable des finances publiques américaines.

Seconde promesse : réduire le déficit commercial. Là encore, la réalité contredit les prévisions. Le déficit américain n’a quasiment pas diminué. D’après des chiffres récents, il reste autour de 900 milliards de dollars, avec une baisse presque imperceptible. Dans d’autres estimations, il a même atteint un niveau record.

### Reconfiguration des échanges commerciaux : le commerce mondial tourne sans les États-Unis

L’année de guerre tarifaire a aussi révélé une importante leçon : le commerce mondial ne s’est pas écroulé mais s’est redéfini. Un rapport récent de McKinsey indique que, malgré les barrières américaines, le commerce mondial a continué de progresser plus vite que l’économie mondiale. Les échanges entre les États-Unis et la Chine ont chuté d’environ 30%, compensés par une hausse des échanges avec le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie, l’Inde et Taïwan. La Chine, loin de disparaître, a su s’adapter.

Alors que Washington tentait de refermer la mondialisation, le reste du monde a amorcé une réorganisation sans les États-Unis. Les pays établissent des liens, signent des accords et diversifient leurs marchés, faisant face à une pression américaine d’un côté et à une concurrence chinoise de l’autre. La Chine multiplie ainsi les accords commerciaux avec l’Inde, le Mercosur et l’Australie pour se prémunir contre l’imprévisibilité.

Cette fracture est donc manifeste. Donald Trump n’a pas fait tomber le commerce mondial, et cet éloignement a été marqué par un tournant judiciaire inattendu. En février, la Cour suprême américaine a statué que Trump avait outrepassé ses pouvoirs. Les droits de douane ont été suspendus… avant qu’il n’en institue de nouveaux par un autre texte : en février, Donald Trump a augmenté sa surtaxe mondiale de 10 à 15% après l’annulation par la Cour suprême de ses droits de douane « réciproques ».

Un an plus tard, cette « libération » a surtout révélé un aspect : les doutes sur la fiabilité des États-Unis comme partenaire commercial. La facture est mesurable, mais la fracture elle, n’a pas de prix.