Twitter célèbre ses 20 ans : du hashtag à l’info et désinformation.
Twitter a enregistré une baisse de 8,8% de son nombre d’utilisateurs actifs mensuels en Belgique au second semestre 2025, passant à 1.691.159 utilisateurs à la fin décembre 2025. Environ 15% des utilisateurs actifs en Europe ont également été perdus durant la même période, pour atteindre 64,77 millions d’usagers mensuels.
Dès ses débuts, Twitter a révolutionné la communication en ligne. « C’était la première fois que les citoyens pouvaient interpeller directement les responsables politiques en temps réel », souligne Damien van Achter, professeur à l’IHECS et expert en numérique. « À l’époque, nous n’avons pas encore Internet en permanence dans notre poche comme aujourd’hui. »
La plateforme permet également de publier instantanément des photos, vidéos ou témoignages depuis le terrain. « Pouvoir partager immédiatement ce que l’on voit ou ce que l’on vit était totalement nouveau », ajoute l’expert.
### La naissance des hashtags
Bien que les hashtags soient aujourd’hui omniprésents sur les réseaux sociaux, leur émergence au milieu des années 2000 n’était pas évidente. En 2007, l’idée d’utiliser le symbole « # » pour regrouper des conversations n’était pas encore bien acceptée.
C’est cette année-là qu’un utilisateur de Twitter, Chris Messina, propose d’introduire ce système de classification. S’inspirant de pratiques déjà en cours dans certains outils de communication, il suggère d’utiliser le mot-dièse pour structurer les discussions sur des thèmes spécifiques, avec le premier exemple avancé étant #barcamp, une référence à des rencontres informelles populaires dans l’industrie informatique.
Cependant, sa proposition ne suscite pas d’enthousiasme immédiat. Chris Messina fait le déplacement dans les bureaux de Twitter à San Francisco pour défendre son idée simple.
Mais son argument ne convainc pas. Derrière son bureau, Biz Stone, cofondateur et directeur artistique de Twitter, accorde peu d’attention à la démonstration. Dans un billet ultérieur sur son blog, il admet avoir accueilli la suggestion avec distance : l’idée lui paraît intéressante, mais l’urgence est ailleurs. « C’était indéniablement une proposition élégante mais je devais vraiment me replonger dans mon travail. Je suis retourné à mon écran d’ordinateur pour aider à relancer Twitter qui avait planté, le remerciant d’un sarcastique oui oui, on va faire ça », écrivait alors Biz Stone sur son blog.
Il faut attendre presque quatre ans, en 2011, pour que Twitter, face à l’utilisation croissante du symbole par sa communauté, officialise la pratique. La plateforme intègre alors le hashtag à son architecture, le transformant en un outil central pour l’organisation des conversations en ligne.
De nos jours, le mot-dièse s’est généralisé et a permis de dénoncer divers phénomènes sociaux et de libérer la parole. On pense notamment au #metoo, #balancetonbar ou encore #blacklivesmatter suite à la mort de George Floyd, tué lors d’une interpellation policière aux États-Unis.
### Quand Twitter devient une source d’information mondiale
Au fil des ans, Twitter s’impose aussi comme un outil d’information en temps réel. De nombreux événements majeurs sont relayés instantanément par des témoins présents sur place.
Le printemps arabe, l’amerrissage d’un avion dans l’Hudson en 2009, les manifestations « Nuit Debout » en France… ce ne sont que quelques exemples d’événements relayés massivement sur Twitter durant les deux dernières décennies. « Ce sont des gens qui étaient sur place qui ont pris des photos, des vidéos et qui les ont partagées immédiatement sur Twitter. C’est ainsi que le monde a été au courant, parfois bien avant les médias. On prend conscience ainsi de l’ampleur que les réseaux sociaux vont prendre pour les années à venir à ce moment-là. Tout le monde devient un peu acteur de l’actualité », se souvient Damien van Achter, tout en ajoutant que cela ne garantit pas la véracité des images et vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. « Tout le monde peut dire n’importe quoi. La valeur de l’information diffusée sur Twitter tient à son instantanéité. Ce qu’on a gagné en rapidité, on l’a probablement perdu en profondeur », conclut-il.
### Une plateforme aujourd’hui critiquée pour la désinformation
Depuis son acquisition en octobre 2022 par Elon Musk, le réseau social X, anciennement Twitter, est au centre de nombreuses controverses. Le milliardaire a rapidement engagé une restructuration radicale de l’entreprise, marquée par des licenciements massifs touchant notamment les équipes dédiées à la modération des contenus et à la lutte contre la désinformation. Ces décisions ont suscité des inquiétudes quant à la capacité de la plateforme à limiter la propagation de discours haineux ou de fausses informations. Plusieurs études et organisations ont observé une augmentation de ces contenus depuis les changements de politique interne.
X a aussi été critiqué pour certaines décisions concernant les médias. En décembre 2022, plusieurs journalistes américains ont vu leurs comptes suspendus temporairement après avoir publié des informations sur Elon Musk, provoquant ainsi un tollé dans le monde médiatique et relançant le débat sur la liberté de la presse sur les réseaux sociaux.
Les relations avec les autorités de régulation se sont tendues, notamment en Europe. La Commission européenne surveille de près la plateforme dans le cadre du Digital Services Act, qui impose aux grandes plateformes numériques de mieux lutter contre les contenus illégaux et la désinformation.
D’autres critiques concernent la transparence des algorithmes et certaines pratiques publicitaires. Des enquêtes journalistiques ont révélé que la plateforme avait permis à des annonceurs de cibler des utilisateurs selon des critères sensibles tels que les opinions politiques ou la religion, bien que cela soit interdit par la législation européenne.
Ces polémiques ont ravivé les débats sur le rôle de X dans l’espace public numérique et sur la responsabilité des grandes plateformes dans la régulation de l’information en ligne.
### L’inexorable érosion du nombre d’utilisateurs
Le réseau social X a enregistré une diminution de son nombre d’utilisateurs actifs mensuels en Belgique au second semestre 2025.
Selon des données compilées par l’expert des réseaux sociaux Xavier Degraux, à partir des déclarations de transparence imposées par le Digital Services Act, la plateforme comptait 1.691.159 utilisateurs actifs mensuels en Belgique à la fin décembre 2025, soit 162.505 de moins qu’à la fin juin, représentant une baisse de 8,8%.
À l’échelle européenne, X aurait ainsi perdu environ 15% de ses utilisateurs actifs pendant le second semestre 2025, pour se fixer à 64,77 millions d’usagers mensuels.
Pour Xavier Degraux, cette érosion s’inscrit dans une tendance observée depuis le rachat de Twitter par Elon Musk fin 2022. « De nombreux leaders d’opinion quittent la plateforme, moins en phase avec les positions du milliardaire », explique-t-il. Il observe également une baisse de l’engagement sur la plateforme. « Il y a moins de débats, moins de discussions », souligne-t-il, notant que ces échanges se déplacent progressivement vers les messageries privées.
Ce qui l’inquiète, c’est la diminution drastique du nombre de modérateurs. « X indique désormais employer 1.059 modérateurs dans le monde, soit… 54% de moins qu’en novembre 2023. Moins de contrôle pour une audience qui fuit. Le cocktail est toxique pour n’importe quelle direction communication soucieuse de sa ‘Brand Safety' », conclut Xavier Degraux dans un post partagé sur LinkedIn, un autre réseau social.

