Trump surpris par la riposte iranienne : note de 2010 ignorée.
L’institut auteur de cette note de 6 pages est le United States Institute of Peace (USIP), créé par le Congrès américain en 1984. En cas de conflit, l’Iran pourrait menacer de le fermer, coupant temporairement jusqu’à 30% de l’approvisionnement pétrolier mondial.
L’institut évoqué dans cet article, auteur d’une note de six pages, est le United States Institute of Peace (USIP), fondé par le Congrès américain en 1984 en tant qu’organisme indépendant et non partisan visant à promouvoir la prévention et la résolution des conflits.
Ironie de l’histoire, à la fin de 2025, l’administration Trump a fait ajouter le nom « Donald J. Trump » sur le bâtiment et la signalétique, dans un contexte de bataille juridique concernant le contrôle de l’institution. Donald Trump a ainsi rebaptisé l’institut pour s’approprier symboliquement cette institution liée à la paix et mettre en avant son image de “dealmaker” (faiseur d’accords) et de faiseur de paix, alors qu’il se vante d’avoir résolu de nombreux conflits à l’échelle mondiale depuis son arrivée au pouvoir. Cette nouvelle dénomination de l’Institut fait l’objet de procédures judiciaires aux États-Unis.
Le texte semble presque « prophétique » à certains égards, alors que le conflit entre dans son deuxième mois, et rappelle que l’Iran « a opté pour un modèle de guerre d’attrition fondé sur la dissuasion », visant à « augmenter les risques et les coûts pour l’adversaire » plutôt qu’à rechercher un affrontement frontal qu’il sait difficile à gagner.
En d’autres termes, Téhéran ne raisonne pas comme une armée à la recherche d’une victoire rapide, mais comme un acteur désirant prolonger la crise, multiplier les effets indirects et rendre l’escalade politiquement et économiquement insoutenable.
### Un conflit pensé comme court
C’est sans doute ici que se situe l’erreur d’appréciation des Occidentaux. Du côté américain et israélien, plusieurs signaux ont laissé penser qu’une campagne militaire limitée suffirait à neutraliser la menace iranienne en quelques jours. Pourtant, le document de 2010 indiquait déjà l’inverse : l’Iran a élaboré sa doctrine précisément « pour survivre à un adversaire technologiquement supérieur, encaisser les premières frappes, disperser ses moyens et prolonger la confrontation ».
Le texte met également en avant un point essentiel : la guerre asymétrique iranienne repose sur des capacités « de niche » qui exploitent les atouts du pays — la masse, la profondeur stratégique, l’acceptation des pertes — ainsi que les vulnérabilités de ses adversaires, jugés dépendants de la technologie, des bases régionales et réticents à supporter un coût humain élevé.
Cette analyse éclaire la situation actuelle : une opération conçue comme courte peut rapidement se transformer en un conflit d’usure, avec des répercussions régionales et mondiales. L’enlisement du conflit au Moyen-Orient coûte cher au président américain, qui doit se préparer aux élections législatives de mi-mandat en novembre 2026. « L’entrée en guerre est sans doute la décision la plus importante de son mandat, car c’est peut-être celle qui risquerait de le faire tomber définitivement dans l’opinion américaine », estime Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS.
### Le détroit d’Ormuz, levier central pour les Iraniens
L’intervention a été lancée sur une lecture simpliste : frapper l’Iran avant qu’il n’obtienne l’arme nucléaire. Cependant, en essayant de prévenir une menace hypothétique, Washington et Tel-Aviv ont sous-estimé une menace bien réelle : la capacité iranienne à faire payer le prix fort, notamment via le détroit d’Ormuz.
Sans arme atomique, Téhéran dispose déjà d’une arme de dissuasion redoutable : la capacité de bloquer ou de perturber un passage vital pour le pétrole mondial. Le conflit a ainsi évolué d’une guerre préventive contre le nucléaire à une crise autour du pouvoir de nuisance de l’Iran. Le document de l’Institut de la paix précise que l’Iran a « développé une stratégie pour refuser aux marines hostiles l’accès au golfe Persique » en se concentrant sur ce point de passage maritime « stratégiquement sensible ». Il est également mentionné que ce goulet n’a que 29 milles marins (46,7 kilomètres) de largeur à son point le plus étroit.
De plus, il avertit qu’en cas de conflit, l’Iran pourrait menacer de le fermer, coupant temporairement jusqu’à 30 % de l’approvisionnement pétrolier mondial. Même si une fermeture totale serait coûteuse pour Téhéran, la simple perturbation du trafic maritime constitue déjà, selon le texte, « un outil efficace » pour exercer une pression sur les voisins et intimider les adversaires. En d’autres termes, négliger Ormuz, c’est ignorer l’une des cartes les plus puissantes de Téhéran.
En résumé, le détroit d’Ormuz n’est pas simplement un canal entre deux mers : c’est un point d’étranglement clé du commerce mondial de l’énergie, dont la sécurité et la liberté de navigation sont considérées comme essentielles à la stabilité des marchés énergétiques mondiaux.
### Cela fait des années que les Iraniens se préparent à la guerre
Cette logique s’inscrit dans l’ensemble de la doctrine iranienne décrite dans le texte : utilisation de la géographie, profondeur stratégique, défense passive, camouflage, dispersion et guerre d’usure. Le document indique également que les forces iraniennes ont tiré des enseignements des opérations américaines en Irak, en Afghanistan et dans les Balkans pour adapter leur posture militaire.
Il ne s’agit donc pas d’une improvisation récente, mais d’une doctrine patiemment élaborée depuis la guerre Iran-Irak. Ce point est crucial car il montre que l’Iran ne découvre pas la guerre en 2026 : il s’y prépare depuis des décennies.
Le texte souligne également la transformation du CGRI, réorganisé en 31 commandements distincts pour renforcer la cohésion locale et compliquer toute tentative de neutraliser le commandement iranien. Une fois de plus, cette approche privilégie la résilience plutôt qu’une bataille éclair. Les multiples revirements de Donald Trump concernant les raisons et les objectifs de ce conflit rendent peu clairs les scénarios possibles du côté américain. Un état d’esprit qui ne semble pas être celui du régime iranien aujourd’hui, selon Jonathan Piron, expert en Moyen-Orient et chercheur associé au Grip.
Les hésitations américaines ont convaincu la République islamique « qu’elle possède les leviers pour provoquer l’enlisement des Américains. Elle était au départ dans une logique de survie. Aujourd’hui, elle croit pouvoir gagner contre les Américains, provoquer leur départ de la région et reconfigurer le Golfe à son avantage ».
À Washington, cette guerre contre l’Iran révèle un pouvoir fortement concentré autour de Donald Trump, avec des conseillers tentant de l’alerter sur les risques d’escalade, sans que ces avertissements semblent influencer la décision finale. Plusieurs médias évoquent un président qui change de justification au fil des jours, tandis que des responsables militaires et politiques expriment en privé d’importants risques stratégiques, économiques et diplomatiques.
Cela constitue sans doute une preuve du succès de la mise en œuvre actuelle de cette doctrine de guerre iranienne, minutieusement réfléchie et préparée, et facilement accessible sur internet.

