Trump, Groenland et cartes : la projection Mercator ne fait pas disparaître le fantasme géopolitique.
Trump a déclaré : « J’adore les cartes. Et j’ai toujours dit : ‘Regarde la taille de ça. C’est énorme. Ça devrait faire partie des États‑Unis.' » Le Groenland, qui s’étend sur 2,166 millions de km², paraît aussi vaste que l’Afrique sur les cartes traditionnelles, alors qu’il pourrait y entrer près de quinze fois (30,37 millions de km²).
Dans un article au ton analytique, la revue américaine Foreign Policy explique comment l’intérêt de Trump pour le Groenland est lié à une phrase qu’il répète souvent : « J’adore les cartes. Et j’ai toujours dit : ‘Regarde la taille de ça’. C’est énorme. Ça devrait faire partie des États‑Unis. » Le texte souligne que cette façon de parler du Groenland renvoie d’abord à l’image que donnent les cartes murales classiques, où l’île semble presque rivaliser en taille avec l’Amérique du Nord et même l’Afrique.
Des médias tels que USA Today fournissent des cartes comparatives pour corriger cette perception, montrant que le Groenland, une fois « redéployé » sur un globe ou dans d’autres projections, est en réalité beaucoup plus modeste qu’il n’y paraît, à peine plus grand que le Mexique et bien loin de la taille de l’Afrique.
Ainsi, le Groenland, avec ses 2,166 millions de km², apparaît, sur les cartes traditionnelles, aussi vaste que l’Afrique, alors qu’il pourrait y entrer près de quinze fois (30,37 millions de km²). Ces distorsions, largement diffusées dans les atlas scolaires ou sur Google Maps, alimentent un imaginaire eurocentré qui marginalise l’Afrique, soutiennent plusieurs experts.
Dans une tribune publiée par le média américain Bloomberg, l’auteur écrit que si de nombreux responsables politiques, y compris Trump, envisagent le Groenland comme immense, c’est aussi parce qu’ils ont grandi avec des cartes où l’île semble presque plus volumineuse que l’Afrique, alors qu’elle fait en réalité environ un quatorzième de sa superficie.
Des auteurs de Slate ou du Progressive Policy Institute vont plus loin en considérant ce biais cartographique comme un révélateur d’un rapport très visuel et intuitif au monde chez Trump. Ils dépeignent un président qui raisonne en termes de « gros bloc sur la carte » à ajouter au territoire américain, plutôt qu’en fonction de données précises sur la population, l’économie ou les contraintes climatiques du Groenland.
Pour ces auteurs, cet épisode illustre une problématique plus large : comment des outils techniques anciens, comme la projection de Mercator, continuent d’influencer l’imaginaire géopolitique contemporain, en valorisant symboliquement le Nord global et en rendant certains territoires plus « désirables » parce qu’ils paraissent énormes sur le planisphère.
La revue The Atlantic résume bien le problème en affirmant : « Certaines obsessions de Trump sont extrêmement dangereuses, et aucune ne l’est probablement plus que sa détermination à s’emparer du Groenland, pays danois allié des États-Unis depuis plus de deux siècles. Peut-être parce qu’il ne comprend pas comment la projection de Mercator déforme les proportions sur une carte, le président considère le Groenland comme ‘immense’ et estime qu’il doit faire partie des États-Unis. Si Trump met à exécution sa menace récurrente d’utiliser la force pour conquérir l’île, il ne se contentera pas de détruire la plus importante alliance américaine ; il pourrait déclencher une série d’événements susceptibles de mener à une catastrophe mondiale, voire à la Troisième Guerre mondiale. »

