Belgique

Trois pommes belges sur quatre ne sont pas bio et contiennent des pesticides.

Chaque année, un citoyen européen consomme en moyenne 15 kilos de pommes. L’ONG PAN Europe a donc testé 59 pommes non bio, achetées dans la grande distribution, dans 12 États membres de l’UE ainsi qu’en Suisse.


« Une pomme par jour vous fait avaler des pesticides pour toujours ! » : tel pourrait être le nouvel adage. À la lumière du dernier rapport du Pesticide Action Network Europe (PAN), il est pertinent de se demander ce que nous consommons en croquant dans l’un des fruits les plus populaires d’Europe. Chaque année, en moyenne, un citoyen européen consomme 15 kilos de pommes.

Cependant, la pomme non bio est un fruit régulièrement traité avec des pesticides, avec 20 à 30 pulvérisations chaque année. L’ONG PAN Europe a testé 59 pommes non bio, achetées dans des grandes surfaces, dans 12 États membres de l’UE ainsi qu’en Suisse. Cela représente de 3 à 5 échantillons par pays (4 pour la Belgique) analysés pour détecter des traces de près de 600 pesticides ou substances actives.

Résultats pour la Belgique ?

– 75 % des pommes (3 sur 4) étaient contaminées, au-dessus des limites de quantification (LOQ, un seuil critique, soit la concentration minimale mesurable avec précision et exactitude).
– 50 % des pommes (2 sur 4) contenaient au moins 3 résidus de pesticides au-dessus des LOQ.
– 50 % des pommes belges (2 sur 4) avaient des résidus de pesticides neurotoxiques au-dessus des LOQ.
– 25 % (1 sur 4) des pommes belges contenaient des résidus de PFAS au-dessus des LOQ.

Que faire alors ? Faut-il arrêter de manger des pommes ?

L’ONG Nature & Progrès ne déconseille pas la consommation de pommes. Elle recommande toutefois de porter une attention particulière à la méthode de culture du fruit. « Les substances problématiques se retrouvent sur et dans la pomme », souligne Martin Dermine, directeur exécutif de PAN Europe, « les produits se retrouvent dans le sol, les nappes phréatiques et peuvent ainsi se retrouver sur les feuilles, les racines et la peau des pommes. »

Deux conseils sont données : privilégier les pommes bio et les éplucher avant consommation.

« Laver les fruits permet déjà de diminuer un peu son exposition, parce que l’on sait qu’il y a davantage de pesticides dans la pelure. Mais ce n’est pas suffisant », précise Céline Bertrand, spécialiste en santé environnementale au sein de la Société Scientifique de Médecine Générale.

Quant à la méthode de rinçage des légumes et fruits avec de l’eau, du vinaigre de cidre ou du bicarbonate, souvent présentée comme efficace contre les pesticides, « pour le bicarbonate, il n’y a pas de preuve et le vinaigre a une action antimicrobienne limitée », a expliqué la virologue française Océanne Sorel sur Instagram.

Quelles alternatives pour l’agriculture ?

L’agriculture conventionnelle intensive a transformé le paysage des vergers ces dernières décennies. Par exemple, les pommiers cultivés actuellement sont généralement des arbres à basse tige (surtout en Flandre), facilitant culture et récolte, mais exposant les pommes aux champignons, étant plus proches du sol.

Un changement de méthode de culture est donc envisageable, mais « il ne faut pas laisser les agriculteurs seuls et il faut les accompagner dans ce changement », insiste Virginie Pissoort de Nature & Progrès. Philippe Jacques du département Agro-Bio tech de Gembloux appelle également à une plus grande diversité des variétés de pommiers dans les vergers.

Étant donné l’impact des pesticides chimiques sur la santé humaine et l’environnement, des alternatives doivent être recherchées. « On peut pulvériser du cuivre et du soufre pour remplacer les pesticides », indique Philippe Jacques, « mais à terme, la Commission européenne veut également s’en débarrasser. »

En ce qui concerne une alternative au fludioxonil, un fongicide utilisé en agriculture conventionnelle, « il existe également des alternatives, notamment via des levures ou des champignons naturels, non dangereux pour la pomme. On peut citer l’aureobasidium », précise encore Philippe Jacques.