Belgique

Traite des êtres humains : Myria insiste sur l’aide psychologique aux victimes

La traite des êtres humains peut entraîner des conséquences psychologiques lourdes, notamment la dépression, l’anxiété et le stress post-traumatique, affectant la capacité des victimes à participer à une procédure judiciaire. Selon Ikrame Ouardani, policière à la cellule d’accueil EVA de la police Bruxelles Capitale Ixelles, les victimes « ont un sentiment d’insécurité, parce qu’elles sont réellement en insécurité ».


Dépression, anxiété, stress post-traumatique, dépendances : les répercussions psychologiques de la traite des êtres humains peuvent être lourdes et durables. Elles peuvent également entraver la capacité des victimes à participer à une procédure judiciaire. Ikrame Ouardani, policière au sein de la cellule d’accueil EVA (Emergency Victim Assistance) de la police Bruxelles Capitale Ixelles, en fait l’expérience quotidiennement en auditionnant régulièrement des victimes. Elle explique : « Souvent elles sont détruites. Elles ont un sentiment d’insécurité, parce qu’elles sont réellement en insécurité. » Les victimes peuvent avoir été exploitées dans un restaurant en tant que plongeurs, sur un chantier, ou encore dans des situations d’exploitation sexuelle au sein de réseaux de prostitution.

Afin d’éviter une double victimisation lors des auditions, Ikrame Ouardani et ses collègues ont été formés pour mieux accompagner les victimes : « On va prendre le temps chez nous de laisser les victimes parler à leur rythme. Elles disent plus de choses dans ces conditions, et ça leur permet aussi de reprendre le contrôle de la situation, or les victimes sont souvent dépossédées de ce contrôle. »

### Accepter les incohérences

Permettre la présence d’une personne de confiance lors des auditions, faire des pauses lorsque c’est nécessaire, accepter les incohérences dans les récits sont autant de gestes qui font une différence, selon la policière : « C’est compliqué d’être cohérent du début à la fin. C’est notre rôle d’aider la victime à mettre de l’ordre dans son récit. Et s’il y a des choses qui ne sortent pas, ce n’est pas grave. Ce qui compte c’est au minimum qu’elle dépose son histoire. »

Pour Patricia Lecocq, experte auprès de Myria, ces pratiques sont commendables, mais elle appelle à des actions supplémentaires : former davantage tous les acteurs et adapter encore les protections légales. « Il y a par exemple un délai de réflexion qui existe pour les victimes de traite afin de leur permettre d’avoir le temps de se rétablir et de décider si elles veulent ou non collaborer avec la justice. Myria suggère d’étendre ce délai, qui est de 45 jours actuellement, à 3 mois dans certains cas. »

Bien que le profil des victimes soit varié, le Centre fédéral Migration note que de plus en plus de victimes sont de nationalité belge, notamment des mineurs.

Dans le même temps, l’agence européenne de police Europol met en garde contre la violence croissante des réseaux de trafic d’êtres humains et souligne que les criminels recourent de plus en plus aux outils en ligne pour recruter et exploiter leurs victimes.