Toxicité des casques audio : « La sécurité ne doit pas être négligée »
L’étude examine 81 modèles de casques audio ou écouteurs, qui ont été analysés à partir de 180 échantillons de plastiques, durs ou souples. Selon les résultats, 42% des écouteurs et casques audio examinés reçoivent un feu vert, 44% reçoivent un feu rouge et 14% un feu orange.
L’étude analyse 81 modèles de casques audio et écouteurs, en se basant sur 180 échantillons de plastiques, qu’ils soient durs ou souples.
Karolina Brabcova, experte en toxicologie pour l’ONG tchèque Arnika, qui a réalisé l’étude, explique : « On s’intéresse aux produits populaires du quotidien, qui se portent près de la peau. Beaucoup de gens utilisent des écouteurs plusieurs heures par jour. Certains composants sont alors susceptibles de migrer dans la peau. »
Les experts se concentrent sur les perturbateurs endocriniens et les additifs dangereux pour la santé, comme les retardateurs de flamme bromés (BFR), les retardateurs de flamme organophosphorés (OPFR), les paraffines chlorées, les phtalates et les bisphénols, notamment le bisphénol A.
Elle précise : « Ce sont des groupes de produits chimiques pour lesquels on parle d’une suppression progressive dans la législation européenne. On en parle depuis des années, et une partie d’entre eux sont déjà réglementés, dans une certaine mesure. »
L’étude révèle que 42% des écouteurs et casques audio examinés obtiennent un feu vert, 44% un feu rouge et 14% un feu orange. Un feu rouge ne signifie pas toujours que le produit est non conforme à la réglementation. En général, ce classement est attribué en raison de la présence de multiples substances dangereuses, chacune étant sous le seuil réglementaire isolément. Des marques haut de gamme peuvent aussi avoir des feux rouges, ne garantissant pas une sécurité accrue.
Le feu vert témoigne d’une conformité à des normes de protection plus strictes, telles que celles des écolabels comme OEKOTEX 100 ou Ange Bleu. « Différents seuils d’évaluation sont appliqués en fonction de la fonction et du potentiel d’exposition des différents composants du produit », ajoute l’étude. Le feu orange indique une conformité réglementaire avec des valeurs dépassant les seuils pour obtenir un feu vert.
L’étude distingue les parties des produits en contact direct avec la peau, comme les coussinets et embouts intra-auriculaires, des autres composants, comme les bandeaux et câbles. Pour la note finale, une attention particulière est portée aux parties en contact avec la peau. Il est stipulé : « Si un composant est classé rouge, le produit entier reçoit une note rouge, indépendamment des performances des autres composants. »
Ce classement a conduit certaines enseignes à retirer des produits, bien que Mediamarkt souligne que l’enquête se base « sur des critères qui ne correspondent pas entièrement aux cadres officiels fixés par l’Union européenne. » D’autres enseignes, comme Hema ou Action, ont engagé des discussions avec leurs fournisseurs.
Au-delà du classement global, les données montrent que la dose de substances toxiques est généralement plus faible dans les parties en contact direct avec la peau. L’étude souligne une disparité dans la sécurité chimique, indiquant que les fabricants privilégient cette sécurité pour les pièces en plastique souple proches de la peau, alors que d’autres composants contiennent souvent des niveaux préoccupants de substances nocives. « Cette pratique crée un ‘héritage toxique’ dans les matériaux, constituant un obstacle majeur au recyclage et à la réutilisation sûrs », note l’étude.
Certaines catégories de consommateurs sont plus vulnérables aux effets toxiques, notamment les enfants, les adolescents et les femmes enceintes. Les produits pour enfants se révèlent plus sûrs que ceux destinés aux jeunes adultes.
Karolina Brabcova met en avant que le bisphénol A a été détecté dans tous les produits et dans 177 des 180 échantillons, à des taux variables, avec d’autres bisphénols détectés dans 137 échantillons. « On pensait que le plastique souple poserait plus de problèmes, mais les usines font déjà attention et utilisent des matériaux plus sûrs », explique-t-elle. Les fabricants peuvent encore utiliser des substances proches au sein d’une même famille chimique, chacune répondant à des normes réglementaires différentes, ce qui appelle à une régulation plus large.
L’étude évoque aussi « l’effet cocktail », signalant que des produits contenant plusieurs substances, même à faibles taux, peuvent influer sur la santé à long terme. L’experte souligne que les écouteurs en eux-mêmes ne posent pas de danger immédiat pour la santé, mais qu’il existe une exposition généralisée à des produits toxiques, que ce soit via les écouteurs ou d’autres biens. La question de la santé collective est un sujet qui mérite d’être examiné à travers des projets de biomonitoring.
Gulyas Emese, présidente de l’association de consommateurs ayant coordonné l’étude, exprime : « Dans un monde de plus en plus complexe, les citoyens aspirent à une vie plus simple. Nous ne devrions pas être tenus de procéder à une analyse chimique à chaque achat d’écouteurs. »
Le règlement européen REACH, établi en 2006, fixe des normes d’utilisation de substances dangereuses. Bien qu’une révision ait été annoncée en octobre 2020, celle-ci a été reportée à 2026, subissant de fortes pressions des acteurs industriels.

