Belgique

Tous les partis démocratiques ont accepté l’invitation des collectifs citoyens.

Tous les chefs de file présents à l’entrée de ce bâtiment bruxellois s’accordent sur le fait qu' »on ne peut plus continuer comme ça ». La réunion à laquelle tous les partis, sauf le Vlaams Belang, ont assisté s’est terminée vers 13h.


« On ne peut plus continuer comme ça. » Tous les leaders qui se sont exprimés devant les journalistes à l’entrée de ce bâtiment bruxellois partagent ce constat. D’autres viendront-ils ? C’est l’objectif des deux associations citoyennes, Respect Brussels et We Are Brussels, qui les ont invités ce dimanche matin dans ce lieu longtemps tenu secret.

Pour la première fois depuis 602 jours, tous les partis, à l’exception du Vlaams Belang, sont présents, y compris ceux qui avaient été parfois écartés ces derniers mois : N-VA, PTB, Team Fouad Ahidar et le MR, qui n’était pas impliqué dans les négociations menées par Yvan Verougstraete jusqu’à la mi-janvier. « On a été invité et on va s’écouter, se parler, c’est cela qu’il faut faire, a confié à la RTBF Cieltje Van Achter (N-VA) à l’entrée. Qu’on soit tous (sauf le Vlaams Belang, NDLR) autour de la table ? Je crois que cela n’a jamais été le cas, ni même avec des majorités possibles des deux côtés. J’espère qu’après 600 jours, on pourra laisser les vétos de côté et respecter la démocratie, et le vote des citoyens. » « Nous sommes là pour être constructifs, comme on l’a été depuis le début. » a affirmé Fouad Ahidar. « Cela fait 19 mois de perdus, les Bruxellois en ont marre. On a toujours dit qu’on voulait être autour de la table et si on l’avait fait depuis le début, on ne serait pas dans la situation actuelle. »

Son parti a été l’objet, ces derniers mois, de véto du MR ou du PTB. « J’espère que cette réunion où nous sommes tous là permettra de faire sauter ces vétos. On a entendu récemment qu’une majorité de partenaires potentiels seraient disponibles pour travailler avec nous, à part Défi qui avait encore certaines réticences, mais je pense que cela pourrait aider. L’urgence c’est le budget, il faut redémarrer l’économie. Les asbl sont en train d’étouffer. On fait des économies linéaires, ça suffit ! On n’a pas été élus pour ça. »

Cependant, le MR ne semble pas avoir complètement abandonné son véto concernant Fouad Ahidar. « On ne peut pas considérer que tous les partis qui sont autour de cette table sont les mêmes, » a rappelé Georges-Louis Bouchez (MR). « Une exclusion à l’égard de la N-VA qui est le parti du Premier ministre n’est pas la même chose qu’une exclusion du PTB. On a encore le droit de ne pas vouloir gouverner avec l’extrême gauche ou avec Fouad Ahidar qui, à tout le moins, a trompé le jeu électoral, en allant se mettre dans le système électoral flamand avec des candidats francophones. »

Il convient de rappeler que par le passé, Fouad Ahidar a été élu sur les listes du parti socialiste flamand sp.a. « Je l’ai toujours dit : sans l’extrême droite, sans l’extrême gauche, » a-t-il résumé. « Et la team Fouad Ahidar ? Elle ne s’est jamais présentée avec un programme bien clair pour Bruxelles donc qu’on soit bien clair, on doit travailler avec les partis démocratiques, qui sont dans le jeu traditionnel aux différents niveaux de pouvoir et donc on va voir ce qui est possible entre nous. Mais au-delà des problèmes de personne, il y a aussi des problèmes de fond, c’est pour ça que je dis que l’accord ne va satisfaire personne mais reste nécessaire. »

Ans Persoons pour le parti Vooruit a souhaité ne pas s’étendre. « Toutes les initiatives sont bienvenues, il faut sortir de cette crise et le fait qu’on soit tous là, c’est déjà un bon signe. » Faut-il supprimer les exclusives grâce à la présence de tout le monde ? « Je l’espère parce qu’on ne peut pas continuer comme ça. » Ceux qui en ont assez ? « Je les comprends. »

**Un budget pour un budget ou pour un gouvernement ?**

Olivier Maingain, bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert et fondateur du parti Lib-res, a souligné l’urgence de former un budget. « Je crois qu’il est temps que ceux qui ont le sens des responsabilités assument ce qui leur incombe. Commençons par un budget pour 2026, le Parlement pourrait s’en saisir sans problème. Cela permettra à chacun d’exprimer en toute clarté quelles sont ses priorités. Se parler n’est pas une tâche insurmontable pour des gens qui devraient avoir des objectifs communs. »

« L’urgence, c’est le budget, » a soutenu Georges-Louis Bouchez. « Il faut envoyer des signaux aux agences de notation pour éviter une dégradation de la note et une augmentation des taux d’intérêt. Mais en fait, quand on fait un budget, on décide de toutes les politiques. Faire un budget et ne pas avoir de gouvernement, ça n’a pas de sens parce que c’est le gouvernement qui doit le mettre en œuvre. » Il avance un timing. « La prochaine étape, c’est de former un gouvernement dans les quinze jours à trois semaines et j’espère que la journée d’aujourd’hui permettra de renouer les liens. »

Pour Fouad Ahidar, les décisions demeurent entre les mains d’Yvan Verougstraete, dont la mission de formation a échoué mi-janvier. « Je pense qu’il faudrait demander à Yvan Verougstraete de continuer sa mission, et s’il ne le peut pas, demandons comme aujourd’hui à la société civile d’être le formateur, ce sera peut-être moins clivant. Vous voyez bien que ce n’est qu’une question d’ego ici. »

Elke Van den Brandt (Groen) a refusé de faire des commentaires à l’entrée. « On nous avait dit qu’il n’y aurait pas de presse pour ne pas perturber le processus, donc par respect pour les organisateurs, je ne ferai pas de commentaire. »

Nos équipes n’ont pas vu les représentants du PS, des Engagés, du CD&V, de Défi, de l’Open Vld, d’Ecolo et du PTB à l’entrée, mais il nous a été confirmé qu’ils étaient bien présents. La réunion s’est clôturée vers 13h.

Ce vendredi soir, les collectifs citoyens Respect Brussels et We Are Brussels avaient réuni plusieurs centaines de personnes pour dénoncer l’absence de gouvernement après 600 jours et les conséquences pour les habitants de la région. Les organisateurs ont annoncé que d’autres initiatives citoyennes, sociales et culturelles seront présentées dans les prochains jours pour tenter de sortir Bruxelles de l’impasse politique.