Belgique

Tadej Pogacar avant Paris-Roubaix : des performances « surhumaines » suscitent des doutes.

Depuis sa première victoire au Tour de France en 2020, Tadej Pogacar a déjà remporté quatre Monuments d’affilée, en visant potentiellement un cinquième en gagnant Paris-Roubaix. Jamais il n’a été positif à l’un des tests antidopage, malgré les soupçons entourant son entourage et ses performances.


Depuis sa première victoire au Tour de France en 2020, les performances de Tadej Pogacar suscitent des interrogations. Lors de la Milan-San Remo, le 21 mars dernier, il a remonté le peloton après une chute, tout en roulant avec un cadre cassé, ce qui semble incroyable. Sa capacité à gagner sur tous les terrains, que ce soit dans les grands tours ou les classiques flandriennes, et dans les sprints comme lors des étapes de montagne, est également remarquable.

Pour Cyril Saugrain, Pogacar est un véritable « phénomène ». Il se rappelle : « Dans ma génération de coureurs [celle des années 1990], on en avait des très talentueux, mais personne n’était capable de gagner le Tour de France, puis courir et potentiellement gagner un Paris-Roubaix. » Si le Slovène triomphe à Paris-Roubaix, il aurait remporté les cinq Monuments du cyclisme à seulement 27 ans. De plus, il réaliserait un exploit historique en remportant ces cinq classiques consécutivement dans une seule saison, un enchaînement jamais réussi auparavant.

Pourtant, Pogacar n’a pas le physique d’un cycliste hyper-affûté. « C’est vrai qu’on n’a pas là non plus un athlète », constate un consultant de la RTBF. « Physiquement, il n’est pas très impressionnant, il est beaucoup moins émacié que d’autres champions, il n’est pas particulièrement musclé… Si on devait représenter celui qui domine le cyclisme mondial, ce ne serait pas sous les traits de Pogacar », ironise Gilles Goetghebuer.

Il semble rarement essoufflé ou fatigué et garde souvent un sourire, une attitude qui le distingue de nombreux autres champions, ce qui lui a valu le surnom de ‘gentil cannibale’ au début de sa carrière.

Dispose-t-il d’une physiologie exceptionnelle ? Se demande un journaliste. « Comme le suggérait l’ancien coureur Greg Van Avermaet : si réellement il n’y a pas de secret, qu’il se fasse ausculter par les meilleurs spécialistes du monde. Peut-être qu’il va révéler une génétique qui débouchera sur des nouveaux médicaments qui sauveront des vies ! »

En remportant le Tour des Flandres le 5 avril, Tadej Pogacar a déjà quatre Monuments à son actif et pourrait atteindre le cinquième en gagnant Paris-Roubaix, un exploit jamais réalisé par un autre coureur cycliste.

Sous le feu des scandales à répétition, le cyclisme a considérablement renforcé ses dispositifs de contrôle antidopage. Pogacar est probablement le coureur le plus contrôlé au monde, n’ayant jamais été positif à l’un de ces tests. Cependant, ces résultats ne suffisent pas à dissiper les soupçons, notamment à cause de son entourage. Son équipe, UAE, est dirigée par Mauro Gianetti, ancien coureur suisse impliqué dans plusieurs affaires de dopage.

Les observateurs s’interrogent également sur la puissance qu’il génère, mesurée en watts. En se basant sur les analyses développées par l’entraîneur Antoine Vayer et l’ingénieur Frédéric Portoleau, il est constaté que Pogacar développe plus de watts que ses adversaires et peut maintenir des niveaux de puissance très élevés pendant de longues périodes, considérées presque comme « inhumaines ».

Comment expliquer cela ? Une physiologie exceptionnelle ou des apports artificiels ? Pour l’instant, on ne peut que spéculer. Gilles Goetghebuer note que le responsable de la performance de l’équipe UAE a déjà confié que sa mission consistait à « bonifier » le passeport sanguin des coureurs pour se situer juste en dessous des seuils admis. « Mais ça veut dire quoi bonifier le passeport sanguin ? À part des microdoses d’EPO ou des techniques illicites, on ne voit pas bien comment y arriver », observe le rédacteur en chef du magazine Sport et Vie. « La réponse la plus probable, c’est qu’UAE est devenue experte pour tirer au maximum tous les paramètres, sans dépasser la ligne rouge. »

Parmi d’autres hypothèses, Gilles Goetghebuer évoque aussi plusieurs produits non détectables, comme l’hémoglobine du ver arénicole, ou les effecteurs allostériques de l’hémoglobine : « des substances qui permettent de libérer plus d’oxygène au niveau de la cellule. Pour l’heure, une seule de ces substances est interdite. On pourrait imaginer que, dans le peloton, certains prennent des produits dopants, mais qui ne sont pas sur la liste des produits prohibés. »

Face à ces hypothèses pour l’instant non corroborées, Cyril Saugrain appelle à la prudence : « On doit rester toujours alerte. Par le passé, des situations ont prouvé qu’une domination aussi forte peut révéler de mauvaises surprises. Aujourd’hui, il n’y a pas de preuves. Mais toutes ces hypothèses ne peuvent pas être occultées, on ne peut pas les balayer d’un revers de main. La science de la triche a toujours plus de moyens et toujours plus d’avance que la science du contrôle, qui est limitée par ses moyens. »

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