Syrie : Damas va-t-elle de nouveau affronter les Kurdes ?
L’armée syrienne a pris le contrôle de villes et installations stratégiques du nord et de l’est de la Syrie, dont le principal champ pétrolifère du pays, délogeant les forces kurdes de ces zones. La minorité kurde, estimée à quelque deux millions de personnes sur 20 millions d’habitants, a souffert de décennies d’oppression en Syrie.
L’armée syrienne a repris le contrôle de villes et d’installations stratégiques dans le nord et l’est de la Syrie, y compris le principal champ pétrolier du pays, éloignant ainsi les forces kurdes de ces zones où Damas cherche à accroître son autorité. Le champ d’al-Omar était sous le contrôle des forces kurdes depuis leur expulsion de l’État Islamique en 2017. Pendant plusieurs années, ce site avait été le site de la plus grande base de la coalition internationale anti-djihadiste dirigée par les États-Unis.
Depuis début janvier, le gouvernement de transition syrien semble vouloir restaurer son contrôle sur plusieurs sites stratégiques. Cependant, en mars 2025, ce gouvernement, dirigé par le président Ahmed al-Sharaa, avait signé un accord historique avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition majoritairement kurde. Cet accord stipulait l’intégration des institutions civiles kurdes et de leurs forces armées dans l’État syrien, incluant la gestion des frontières, des aéroports, ainsi que des champs pétroliers et gaziers sous une administration unifiée.
L’accord prévoyait également la reconnaissance des droits de la population kurde. Hier, le président islamiste a signé un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde : « J’ai l’honneur aujourd’hui de promulguer un décret spécial pour notre peuple kurde qui garantit ses droits et une partie de sa vie privée dans la loi. J’appelle tous ceux qui ont été contraints de quitter leurs terres à revenir en toute sécurité et en paix, sans condition, mais en abandonnant leurs armes », a déclaré Ahmed al-Sharaa à la télévision nationale.
### Un accord jugé trop faible par les Kurdes
Cependant, cet accord est jugé insuffisant par les Kurdes. Cette minorité, notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, a subi des décennies d’oppression en Syrie, où elle est estimée à environ deux millions de personnes sur 20 millions d’habitants. L’administration autonome kurde du nord de la Syrie a qualifié ce « premier pas » par le décret reconnaissant les droits des Kurdes dans le pays d’insatisfaisant par rapport « aux aspirations » du peuple kurde. Les autorités kurdes ont organisé des manifestations en soutien aux FDS dans plusieurs villes kurdes, notamment à Qamichli, la principale ville de la zone autonome kurde.
Les Kurdes ont accusé samedi le gouvernement syrien d’avoir « trahi » l’accord entre les deux parties, notamment en ce qui concerne le retrait des forces kurdes de plusieurs zones dans le nord du pays.
Face à une impasse dans les négociations entre le pouvoir central et les Kurdes, qui jouissaient d’une autonomie de facto depuis plus de 10 ans dans le nord et le nord-est de la Syrie, les forces gouvernementales ont expulsé les combattants kurdes de quartiers d’Alep la semaine dernière. Elles ont ensuite exigé leur retrait d’une zone située entre cette ville et l’Euphrate, plus à l’est.
### Des civils à nouveau obligés de fuir
Des civils fuient depuis vendredi une zone du nord de la Syrie en utilisant des routes secondaires, certains empruntant un pont fragile sur un bras de l’Euphrate, selon des journalistes de l’AFP.
Ils disposaient de quelques heures pour quitter la région, selon un communiqué de l’armée, qui avait utilisé la même méthode à Alep la semaine dernière, demandant aux civils de partir avant de bombarder les quartiers contrôlés par les Kurdes. « Les FDS nous ont empêchés de partir, c’est pour cela que nous sommes sortis par une route agricole et avons traversé le pont », a déclaré Abou Mohammad, un homme de 60 ans accompagné de sa famille, indiquant qu’ils se dirigeaient vers un centre d’accueil établi par les autorités à Alep.
Dans un communiqué publié vendredi, les forces kurdes ont affirmé que l’armée avait bombardé Deir Hafer dans la nuit, « pour faire pression sur les habitants et les forcer à partir ».
### Les États-Unis et l’Europe inquiets
L’offensive de l’armée suscite des inquiétudes au sein des pays occidentaux, dont les États-Unis, qui ont récemment levé des sanctions imposées à Damas sous le régime de Bachar al-Assad. Les Kurdes, dont les FDS ont longtemps été des alliés des États-Unis contre l’État islamique, ont perçu le blocage des négociations comme un manque de soutien véritable de Washington pour défendre leurs positions.
Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a également exhorté les forces syriennes à mettre un terme aux attaques entre Alep et Tabqa, appelant à « une coopération étroite entre les partenaires syriens ». Le président français Emmanuel Macron et le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, ont appelé à « la désescalade immédiate » en Syrie lors d’un entretien téléphonique ce samedi.

