Sophie Pirson, mère d’une victime des attentats de Bruxelles : « La peur, ce n’est pas l’oubli »
Aujourd’hui, les livres de Sophie Pirson incarnent son besoin vital de ne pas laisser l’humanité s’effacer, d’aller au-delà du désastre, malgré les traces indélébiles que cet attentat a laissé dans sa famille. Dix ans après les attentats du 22 mars 2016, ce témoignage révèle le parcours d’une mère qui a transformé sa douleur en écriture, cherchant un chemin entre la haine et le pardon.

Après avoir recueilli les témoignages de la magistrate Laurence Massart et d’un juré anonyme, la journaliste Malika Attar présente maintenant le récit d’une mère de victime. Aujourd’hui, les livres de Sophie Pirson reflètent son besoin essentiel de préserver l’humanité, d’aller au-delà du désastre, malgré les séquelles indélébiles laissées par cet attentat au sein de sa famille. Son dernier ouvrage, intitulé « Quatre saisons plus une », se présente comme un journal de bord du procès des attentats de Bruxelles.
Dix ans après les attentats du 22 mars 2016, ce témoignage met en lumière le parcours d’une mère ayant converti sa souffrance en écriture, tentant de trouver un chemin entre la haine et le pardon.
L’appel qui a tout changé
Sophie Pirson se remémore avec précision le 22 mars 2016. L’appel crucial lui parvient vers 9h30 : « J’ai un appel d’un numéro inconnu. J’entends la voix blanche d’une jeune fille. Elle est à Maelbeek, à côté de Léonore. Elle est vivante, mais blessée. » Sophie décrit sa réaction instinctive : « Quand je lui parlais, je me suis rendue compte que je m’asseyais par terre. Parce que je n’arrivais plus à tenir debout. »
Sa fille Léonore était dans le métro, « debout, il y a le poseur de bombe, il y a une personne et puis elle. » Elle a subi de nombreuses blessures : « Elle a de multiples brûlures, de multiples fractures, les doigts de la main arrachés. » Des heures d’attente angoissante s’ensuivent à l’hôpital Sainte-Elisabeth à Uccle : « On est resté quasi la journée dans cette salle d’attente. »
Un espace méconnu entre haine et pardon
Sophie Pirson n’a pas immédiatement considéré sa propre situation comme celle d’une victime : « Je pense que je ne me suis pas considérée comme victime avant d’aller au procès. » C’est en côtoyant d’autres victimes, en rejoignant l’association Life for Brussels, qu’elle a pris conscience : « En fait, oui, aussi, on est des victimes. »
Sa motivation pour assister au procès était singulière : « Beaucoup de personnes m’ont interpellée sur la question du pardon, en disant que, comme je n’avais pas de haine, c’est que je pardonnais. » Elle s’est alors questionnée : « Pour moi, il y a un espace entre la haine et le pardon qui n’est pas nommé, qu’on ne nomme pas, qui est comme un impensé de la langue française. »
Elle définit cet état comme « un état dans lequel on peut être en paix, parfois dans la compassion, parfois dans l’interrogation, mais jamais dans une espèce de réconciliation, mais pas dans la revanche, ni dans un pardon inconditionnel. »
Dix ans après : la peur de l’oubli
Actuellement, Sophie Pirson exprime une préoccupation pour les victimes : « La grande, grande peur de beaucoup de victimes, c’est la peur de l’oubli« . Elle remarque que « le procès n’avait pas eu un intérêt très grand », d’où cette crainte qu’« on les oublie ».
Concernant les enseignements tirés, son bilan est mitigé : « Je pense qu’il n’y a pas grand-chose qui est fait pour la prévention et contre le radicalisme. » Elle observe une société « très clivée au niveau des communautés où c’est difficile de se mélanger. »
Malgré tout, Sophie demeure optimiste. Ces dix années lui ont apporté des éléments positifs : « J’ai écrit des livres, j’ai rencontré des gens, j’ai continué à vivre, j’ai travaillé, j’ai eu des petits-enfants. » Et à propos de sa fille : « Je trouve qu’elle va bien. Moi, je trouve que c’est une femme magnifique », tout en saluant « son courage » face aux épreuves.

