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Sommet européen ce jeudi : l’Union européenne ne doit pas ignorer Donald Trump

Donald Trump a adopté une attitude (un peu) moins menaçante lors du sommet de Davos, qui pourrait réduire la pression sur les Européens. L’instrument anti coercition, adopté en 2023 et jamais utilisé, permettrait de restreindre l’accès d’un pays tiers au marché unique, selon l’économiste Clément Fontan.


Les Européens pourraient se sentir un peu moins sous pression, suite au changement d’attitude de Donald Trump ce mercredi soir à Davos, une attitude moins menaçante qui laisse de côté les droits de douane. Cependant, les pays de l’Union doivent renforcer leur unanimité face aux États-Unis.

*Cet article a été mis à jour le 22 janvier, après le sommet de Davos.*

Paris souhaite activer des mesures fortes. Emmanuel Macron a été le premier à demander une réponse ferme de l’Union européenne. Le Président français soutient l’utilisation de l’instrument anti-coercition, adopté en 2023 pour répondre à des pratiques commerciales jugées abusives. Cet outil, surnommé le bazooka européen, « permettrait de restreindre l’accès d’un pays tiers au marché unique, de limiter ses exportations ou de bloquer sa participation aux marchés publics européens », selon l’économiste Clément Fontan sur la Première.

En d’autres termes, il s’agit d’une mesure économique puissante pour protéger les droits et intérêts européens lorsque la diplomatie échoue. Toutefois, pour mettre en œuvre ce mécanisme, une majorité qualifiée est nécessaire au Conseil. Actuellement, il semble que cela ne soit pas garanti.

L’Italie et l’Allemagne sont plus retenues. À Rome, Giorgia Meloni évoque une erreur de communication, tandis qu’à Berlin, Friedrich Merz craint une spirale protectionniste. « Les droits de douane nuiraient à notre économie, à l’économie européenne et en particulier à l’économie allemande », a-t-il déclaré avant de se rendre à Davos.

La Commission européenne partage cette prudence. « La priorité est le dialogue, pas l’escalade », a rappelé l’un de ses porte-parole, tandis qu’Ursula von der Leyen promettait depuis Davos : « Notre réponse sera ferme, unie et proportionnée. » Ferme, mais pas nécessairement armée.

La division persiste entre les capitales. L’Italie et l’Allemagne temporisent. À Rome, Giorgia Meloni souligne un malentendu transatlantique, tandis qu’à Berlin, Friedrich Merz mise sur le dialogue afin d’éviter les droits de douane. La Commission européenne se montre prudente, insistant sur l’importance du dialogue.

Comme l’a résumé l’ancien Ambassadeur de France Gérard Araud sur France Inter : « Vous avez aujourd’hui 27 pays de l’Union européenne, et vous en avez 6 qui ont été sanctionnés par Donald Trump. Cela signifie que vous demandez à 21 États de sacrifier leurs intérêts au profit des six autres. »

Cela signifie que la solidarité européenne est confrontée à des considérations politiques nationales. « L’Italie n’a aucun intérêt à se lancer dans cette bataille », conclut-il. Les Européens doivent donc convaincre les États non ciblés que l’enjeu dépasse le court terme et touche la crédibilité stratégique de l’Union. Un argument qui peut sembler juste, mais qui n’est pas nécessairement convaincant.

Une option moins radicale mais immédiatement mobilisable reste : l’activation d’un paquet de représailles de 93 milliards d’euros sur les importations américaines. Ce paquet, déjà prêt, cible des secteurs comme Boeing, les voitures américaines, les motos Harley Davidson, le bourbon ou le soja. Élaborée lors de précédentes négociations commerciales, cette liste avait été suspendue pour éviter une guerre ouverte avec les États-Unis. Elle pourrait redevenir l’argument de réponse le plus crédible de l’UE.

La tension politique monte en Europe. À Strasbourg, lors d’un débat sur la souveraineté du Groenland et du Danemark, la colère était palpable. « La coupe est pleine », s’est exclamée l’eurodéputée danoise sociale-démocrate Christel Schaldemose. « Il y a un an, je disais que les États-Unis restaient notre allié le plus proche. Je me suis trompée, l’Europe est notre alliée la plus proche. » Même l’extrême droite s’exprime sur la situation. Pour Jordan Bardella, Président du groupe les Patriotes, « céder créerait un précédent grave », et il appelle à la suspension de l’accord signé l’été dernier.

Le PPE, par la voix de son président Manfred Weber, appelle à la désescalade, mais sans se prononcer en faveur de l’activation du mécanisme anti-coercition. Parallèlement, les eurodéputés ont gelé la ratification de l’accord commercial entre Ursula von der Leyen et Donald Trump, qui instaurait des droits de douane asymétriques défavorables aux exportations européennes.

Antonio Costa se retrouve face à l’épreuve de l’unité. Dans un contexte très tendu, le Premier ministre portugais convoque à Bruxelles un sommet européen de crise. Son objectif : rapprocher des positions difficilement conciliables. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán considère la question comme ne concernant que huit pays, tandis que le Premier ministre tchèque Andrei Babis refuse de témoigner de solidarité envers le Danemark concernant le Groenland. Face à des lignes de fracture entre Paris, Berlin et les autres, le président du Conseil européen se trouve devant une équation complexe. En l’absence d’unité, le bazooka européen risque de rester inactif.