Sommet européen à Alden Biesen : Rebooster l’économie face à la Chine et Trump.
Les dirigeants de l’Union européenne se réuniront au château d’Alden Biesen dans la province flamande du Limbourg pour discuter de la nécessité de réformer le marché unique européen. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de nouveau statut juridique pour les entreprises, « EU Inc », visant à réduire leurs contraintes administratives.
Les responsables de l’Union européenne se réuniront au château d’Alden Biesen, situé dans la province flamande du Limbourg. Ce lieu, ancienne commanderie teutonique, qui était à la fois un monastère et une forteresse militaire, héberge désormais des conférences dans ses salles baroques entièrement restaurées.
Cette rencontre informelle, qualifiée de « retraite », se distingue des sommets habituels de Bruxelles et vise à aborder l’urgence de réformer le marché unique européen. Ce marché, qui compte 450 millions de consommateurs, est devenu la pierre angulaire de la construction européenne au fil des décennies.
Cependant, ce moteur économique est aujourd’hui menacé par des défis externes, notamment de la part de la Chine, qui contrôle les ressources rares essentielles à l’industrie mondiale, et inonde l’Europe de ses petits colis, contribuant à un excédent commercial croissant. De plus, les États-Unis, depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, ont multiplié les menaces, notamment en considérant l’annexion du Groenland, en imposant des droits de douane et en s’attaquant aux règles numériques et environnementales de l’UE.
Avec la part de l’UE dans le PIB mondial tombée sous les 15%, ce constat préoccupant est largement partagé en Europe, comme l’indique un rapport choc présenté il y a 18 mois par l’ancien président de la BCE, Mario Draghi.
« Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres ? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance ? », a déclaré l’économiste italien en février, lors de ses échanges avec les dirigeants européens à Alden Biesen.
La puissance économique est essentielle pour l’UE afin de financer son histoire de réarmement, de négocier des accords commerciaux favorables et d’éviter d’être marginalisée sur la scène internationale.
Les discussions prévues jeudi ne visent pas à trouver de nouvelles solutions, déjà largement identifiées, mais à accélérer leur mise en œuvre.
La Commission européenne a déjà élaboré un vaste programme de réformes pour renforcer la compétitivité du bloc dans tous les domaines.
Un des objectifs est de lever les barrières internes qui freinent l’activité économique, de parfaire « l’union des marchés de capitaux » pour mobiliser l’épargne en faveur des entreprises, et de réduire l’accumulation des réglementations tant européennes que nationales.
Cependant, ce plan ambitieux est partiellement bloqué dans les procédures législatives de l’UE. Mercredi, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a appelé les eurodéputés à faire avancer les discussions.
Elle a également annoncé que la Commission présenterait en mars un projet de statut juridique pour les entreprises, « EU Inc », qui allégerait leurs contraintes administratives. De plus, elle a évoqué la possibilité de « coopérations renforcées » pour appliquer certaines réformes, limitant celles-ci aux États volontaires si des accords à 27 s’avèrent trop compliqués.
Tous les pays ne partagent pas la même vision sur les mesures à mettre en œuvre.
Lors d’un sommet de l’industrie européenne à Anvers, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont tous deux souligné la nécessité de réformer l’Europe sans attendre.
Cependant, alors que Macron a fermement défendu le concept de « préférence européenne », une exigence pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, comme les constructeurs automobiles, de se fournir en composants européens, Merz a suggéré que cette solution devrait être réservée « uniquement à des secteurs stratégiques et seulement en dernier recours », sans exclure des pays partenaires.
La Commission a préparé un projet de loi sur ce sujet, qui est attendu pour le 25 février.
De même, l’idée relancée par Macron de recourir à des emprunts communs européens pour financer des investissements dans des secteurs d’avenir a été reçue avec réserve à Berlin. « Il n’est pas acceptable de demander plus d’argent sans engager les réformes », a affirmé une source gouvernementale allemande.
Au sein des Vingt-Sept, « il y a beaucoup de convergences », même s’il existe « des accents politiques ou nationaux qui sont un peu différents », a tempéré un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

