Sofie Merckx (PTB) : « Les gens ne doivent pas payer la guerre »
Le PTB demande un plafonnement du litre de carburant à 1,60 euro et estime que l’Etat engrange environ 74 millions en plus grâce aux rentrées supplémentaires en TVA lorsque le prix de l’essence monte. Sofie Merckx déclare que l’OTAN fait partie du problème et que la Belgique doit réfléchir à son futur au sein de cette alliance.
Baisser le prix des carburants ? Possible selon le PTB
Le Parti du Travail de Belgique (PTB) réclame un plafonnement du prix du litre de carburant à 1,60 euro. « Quand on regarde les pays qui nous entourent, beaucoup de pays prennent des mesures, que ce soit en plafonnant le prix de l’essence ou en diminuant la fiscalité, c’est tout à fait possible« , déclare Sofie Merckx, la cheffe de groupe PTB au Parlement.
Comment le PTB financerait-il cette mesure ? D’abord, il est important de rappeler que le prix d’un litre de carburant inclut le prix de transformation et de distribution du produit pétrolier, la marge du producteur, une cotisation, un montant fixe d’accises et la TVA calculée sur l’ensemble. « Quand le prix de l’essence monte, forcément, il y a des rentrées supplémentaires en TVA qui sont là« , explique la députée PTB. Pour tous les carburants concernés, le PTB estime que « l’Etat engrange environ 74 millions de plus« , selon Sofie Merckx. Ces fonds seraient donc utilisés pour financer la limitation du prix des carburants, d’après le PTB.
Le PTB vise également les bénéfices du secteur pétrolier. « Si vous regardez les cours en bourse des pétroliers, des multinationales du pétrole, ils sont à la hausse, on parle de milliards de surprofits qui sont réalisés. Ce que nous pouvons faire, c’est aller chercher ces surprofits« , souligne la cheffe de groupe PTB.
L’absence de mesures gouvernementales contre la crise énergétique : « inexplicable » pour le PTB
Ce matin, le gouverneur de la Banque Nationale, Pierre Wunsch, a déclaré sur La Première qu’il n’excluait pas des « mesures ciblées », mais a rappelé que l’état des finances belges ne permettait plus « d’absorber le choc », contrairement à ce qu’il a été possible lors de la crise liée à la guerre en Ukraine. Sofie Merckx ne partage pas cet avis. « Si on laisse couler les ménages, les PME, qui sont également en train de sombrer, ceux qui ont besoin de carburant, etc., pour faire fonctionner leurs entreprises, les travailleurs indépendants, à ce moment-là, on fait aussi sombrer notre économie, car la demande interne est également importante pour faire fonctionner notre économie« , réagit la députée.
Du côté du Premier ministre, on met en avant le caractère illusoire des mesures proposées par le PTB. Ainsi, au sein de la bataille qui se livre entre l’opposition et la majorité, le PTB ne fait-il pas des promesses irréalisables ? « Non« , répond la députée PTB. « Beaucoup de pays qui nous entourent prennent des mesures. Il faut m’expliquer ce qui est spécifique à la Belgique qui justifie un gouvernement qui affirme qu’il ne prend pas de mesures« , ajoute-t-elle. « Ce n’est pas aux gens de payer cette guerre« , souligne-t-elle.
En raison de l’incapacité à dégager des budgets pour aider face à la flambée des prix de l’énergie, certains suggèrent d’encourager les citoyens à faire des économies. Réduire la vitesse, diminuer le chauffage, etc. « Les gens font déjà attention« , rétorque Sofie Merckx. « Je ne dis pas qu’on ne peut pas prendre des mesures« , continue la députée. « Mais ce n’est pas aux gens de payer tout« , ajoute-t-elle. Elle critique également la libéralisation de l’énergie. « On devait avoir une énergie moins chère, elle est devenue plus chère« , déclare-t-elle. Elle dénonce aussi les retards accumulés dans les investissements prévus dans le secteur des énergies renouvelables, comme l’île énergétique Princesse Elisabeth.
Détroit d’Ormuz, Otan : quelle position pour la Belgique, selon le PTB ?
La Belgique devrait-elle, le cas échéant, participer à des opérations de défense dans le détroit d’Ormuz ? « Non, surtout pas« , répond Sofie Merckx. « Cette guerre n’a rien à voir avec la démocratie ni les droits humains en Iran. C’est une guerre pour le pétrole et pour le gaz« , estime-t-elle. La députée appelle à « suivre l’exemple espagnol« , l’Espagne ayant par exemple interdit le survol de son territoire aux avions militaires américains.
Concernant les Américains et l’OTAN, il est rappelé que le président Trump a déjà menacé de retirer les États-Unis de l’OTAN. La Belgique héberge d’importantes installations de l’OTAN. Que devrait donc faire notre pays ? « Il fait des années qu’on dit que c’est l’impérialisme américain qui est le premier problème pour la sécurité dans le monde, car ils veulent dominer le monde« , répond Sofie Merckx. Les Américains au sein de l’OTAN ne sont-ils pas des alliés dans la protection de l’Europe ? « L’OTAN, c’est une alliance pour aider les États-Unis dans leur domination du monde. Et donc, oui, avec l’Europe, nous devons nous poser la question« , rétorque Sofie Merckx. « Je ne dis pas qu’il faut sortir de l’OTAN du jour au lendemain, mais nous devons réfléchir au sein de l’Europe au futur de cette alliance« , ajoute-t-elle. « Nous pensons que nous devons quitter l’OTAN, que l’OTAN fait partie du problème et pas de la solution« , conclut-elle.
Pour la députée PTB, l’Europe doit se réorganiser, mais « ne pas devenir un OTAN bis« . Il s’agit selon elle de « s’ouvrir au monde entier » et d’établir des alliances. « Cela peut être avec l’Inde ou tout autre pays émergent« , précise-t-elle. « Je ne dis pas que ça doit être avec la Russie. La Russie fait la guerre contre l’Ukraine aujourd’hui. Nous, ce n’est pas un allié, pas du tout« , conclut-elle.

