Belgique

SNCB : Sophie Dutordoir qualifie le mouvement de grève d’excessif.

Le préavis de grève déposé par les syndicats pour trois jours, les 5, 10 et 12 février, a été refusé par la direction de la SNCB. Sophie Dutordoir a déclaré que depuis le début de 2025, il y a eu 31 jours de grève, ce qui impacte 900.000 voyageurs transportés quotidiennement.


Le préavis de grève déposé par les syndicats pour trois jours, les 5, 10 et 12 février, a été jugé inacceptable par Sophie Dutordoir, l’administratrice déléguée de la SNCB. La direction des chemins de fer a opposé un refus à cette demande, les syndicats dénonçant une atteinte aux libertés syndicales et décidant de saisir en extrême urgence le Conseil d’État.

Sophie Dutordoir a souligné que depuis le début de 2025, il y a eu « 31 jours de grève », affirmant que cela démontre que « le droit de grève est un droit de base et un droit constitutionnel qu’ils (les syndicats, ndlr) ont bien exercé ».

Elle justifie le refus de ce nouveau préavis en indiquant que « ce qui est en train de se passer pour l’instant est devenu excessif et déraisonnable par rapport aux voyageurs, par rapport aux entreprises, par rapport au gouvernement, par rapport aux 80% de collègues qui ne font pas grève ».

Ces grèves « coûtent cher », a-t-elle expliqué, et impactent « les 900.000 voyageurs que nous transportons tous les jours et qui ont besoin de nous ». Elle estime aussi que ces mouvements sont injustes pour « les 80% » de travailleurs non-grévistes, et « pour le gouvernement », en raison du contrat qui lie la SNCB à l’État belge, de laquelle elle reçoit « 2 milliards l’an pour payer nos salaires, pour payer les investissements ».

Sophie Dutordoir appelle donc les syndicats à « un dialogue constructif ». Le gouvernement a en effet prévu des réformes impactant le rail belge, comme l’arrêt du régime préférentiel de pension des cheminots et la fin des nominations statutaires pour les futurs employés de la SNCB et d’Infrabel. Elle reconnaît que ce sont « des décisions lourdes qui demanderont des changements à tous les collaborateurs », mais souligne qu' »il n’y a pas d’autre solution que de se retrouver autour d’une table » entre la direction et les syndicats.

Elle explique que les syndicats devraient accepter de négocier, car, selon elle, « ces mesures, j’entends comme vous le gouvernement dire qu’il ne va pas les changer ». Le ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, a en effet affirmé que, faute d’accord avec les syndicats, il poursuivra la réforme du statut des cheminots, tout comme le ministre Jan Jambon pour les réformes des pensions.

Sophie Dutordoir est convaincue que « nous devons accompagner ces mesures » et appelle donc les syndicats à la discussion.

La réforme du statut du personnel des chemins de fer, voulue par l’Arizona, prévoit qu’à l’avenir, il n’y ait plus de statutaires à la SNCB et chez Infrabel. Les statutaires actuels termineront leur carrière en restant nommés, tandis que les futurs employés seront et resteront des contractuels.

Le gouvernement justifie cette réforme par la concurrence prévue pour la SNCB en 2032, lorsque d’autres sociétés ferroviaires pourront proposer des services entre les gares belges. Sophie Dutordoir souligne que « toutes les autres entreprises ferroviaires du monde et européennes et avoisinantes emploient déjà des contractuels depuis des décennies », affirmant que ce « régime contractuel permet une plus grande flexibilité, une plus grande agilité » et que les contractuels « sont aussi moins coûteux ».

Elle avertit que si la SNCB maintenait uniquement du personnel statutaire, sa rentabilité serait compromise par une décision gouvernementale qui, « à partir du 1er juin de cette année, fera augmenter les cotisations patronales pour tout nouvel engagement statutaire de 20% à 50% ».

En réponse aux syndicats qui craignent pour la sécurité du rail avec cette évolution vers la contractualisation, Sophie Dutordoir déclare : « Je trouve horrible d’oser associer la sécurité ferroviaire à un statut administratif. Ce n’est pas en étant statutaire ou contractuel que ça change quelque chose au principe même de la sécurité d’exploitation ». Elle insiste sur le fait que la sécurité fait « partie de l’ADN profonde des chemins de fer et de tous les cheminots ».

Cependant, elle se montre préoccupée car les règles que la SNCB et les sociétés concurrentes devront suivre pour transporter des passagers en Belgique lorsque le rail sera libéralisé ne sont pas encore établies. Elle fait remarquer que « l’autorité organisatrice du marché ferroviaire, ici le SPF Mobilité, doit déterminer cela », et qu’elle « tarde à prendre les choses en main ».