Belgique

SNCB, 100 ans au cœur de la Belgique – Épisode 2 : 1926-1990, du réseau le plus dense à la grande vitesse

La Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) a été créée par la loi du 23 juillet 1926 pour une durée de 75 ans. Entre 1941 et 1944, le réseau belge a été utilisé pour déporter travailleurs requis, prisonniers politiques, juifs et Roms vers l’Allemagne et les « camps de l’Est ».

1926‑1950 – Modernisation, guerre et reconstruction

Ce deuxième épisode débute après la Première Guerre mondiale. En Belgique, le réseau ferroviaire est fortement endommagé et le pays traverse une crise majeure, incitant les autorités à entreprendre une reconstruction complète. Pour alléger les finances publiques et moderniser le rail, le gouvernement a créé la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) par la loi du 23 juillet 1926, lui confiant l’exploitation du réseau pour une durée de 75 ans.

En transformant les chemins de fer en entreprise autonome avec des actions, l’État peut injecter de nouveaux capitaux : trente millions de titres sont émis pour un montant total de onze milliards de francs, dont environ cinq milliards souscrits par des particuliers. Cette autonomie vise également à alléger une administration considérée comme trop lourde, freinant l’innovation et la prise de décision.

Dès sa création, la SNCB se signale par un statut social avancé pour son personnel, incluant la création d’une commission paritaire nationale aux larges compétences et une représentation syndicale au sein du Conseil d’administration. Cependant, l’entreprise hérite également d’un parc de voitures en bois en très mauvais état, souvent anciennes, éclairées au gaz et dangereuses : en cas de collision, les compartiments se disloquent facilement et les vitres en simple verre augmentent les risques pour les voyageurs. Il est donc nécessaire de remplacer et de moderniser le matériel roulant ainsi que le réseau ferroviaire.

Locomotive à vapeur 1926 Het Veulentje au train à vapeur Maldegem-Eeklo, association ferroviaire patrimoniale, à l’ancienne gare SNCB de Maldegem. © Getty
Le premier train électrique de Belgique a été inauguré par la princesse Astrid le 2 décembre 1931 à Bruxelles. © 2013 Gamma-Keystone

Nous approchons de la veille de la Seconde Guerre mondiale, et la mise en service de la puissante locomotive à vapeur de type 12, dite  » Atlantic « , illustre les ambitions techniques de la SNCB : en 1939, elle relie Bruxelles à Ostende en 57 minutes, avec une vitesse moyenne de 121 km/h et des pointes à 165 km/h. Même si la traction à vapeur est alors à son apogée, la nouvelle doctrine impose l’électrification du réseau et l’émergence de locomotives diesel, un chapitre de cette histoire qui mérite d’être exploré.

Locomotive express profilée, Belgique. Train de voyageurs express 4-6-2 à moteur quatre cylindres des Chemins de fer nationaux belges. Son apparence rappelle celle du « Cock o’ the North » britannique. Années 1930 © Getty

L’électrification du réseau

Loading…La première ligne électrique belge est inaugurée le 5 mai 1935 entre Bruxelles‑Nord et Anvers‑Central, sur 44 km. La SNCB cherche alors à adapter son réseau, encore largement à vapeur, aux nouveaux besoins de mobilité et à la concurrence de l’automobile et de la route.

La vapeur implique une consommation massive de charbon, un rendement énergétique faible, une maintenance lourde des locomotives et des installations (dépôts, châteaux d’eau, sablières) et un personnel nombreux. Les locomotives à vapeur sont moins performantes à l’accélération, ce qui pénalise les dessertes qui sont denses avec arrêts fréquents, notamment autour de Bruxelles et dans les grands axes industriels.

Loading…Les premiers autorails apparaissent sur le réseau belge dès 1930, lorsque la jeune SNCB décide d’expérimenter des rames légères à moteur, d’abord à vapeur puis très vite au diesel. Entre 1930 et 1939, une soixantaine d’autorails d’une vingtaine de types différents sont ainsi mis en service, les séries 600 et 65x étant parmi les premiers véritables autorails diesel de la flotte.

Polyvalents, ces engins légers sont affectés en priorité aux relations régionales sur des lignes secondaires, où ils remplacent avantageusement les lourds trains à vapeur pour les dessertes omnibus peu fréquentées. Leur faible masse et leur motorisation leur permettent de bonnes performances en rampe et des accélérations plus vives, ce qui en fait des outils efficaces sur des profils accidentés et pour des services à arrêts fréquents.

En revanche, le confort reste très sommaire : une grande partie de ces autorails ne comporte qu’une seule voiture, souvent limitée à la troisième classe, avec aménagements réduits et, le plus souvent, sans compartiment à bagages ni toilettes, tout ayant été «  sacrifié à la simplicité et à la légèreté  » pour réduire les coûts.

Loading…dans la mise en œuvre de la « Solution finale ». Les Juifs d’Allemagne et des territoires occupés comme la Belgique y étaient transférés par train vers les camps d’extermination situés en Pologne. Les autorités nazies tentaient de masquer leurs intentions meurtrières en parlant de « repeuplement à l’Est » et en prétendant qu’il s’agissait de camps de travail forcé. En réalité, à partir de 1942, pour la majorité des Juifs, la déportation équivalait à un voyage sans retour vers les camps de mise à mort.
1940 : Vue de la place de la ville sur la gare du Nord et deux hôtels de luxe à droite, à Bruxelles, en Belgique. © Getty Images – Hulton Archive

À partir de 1941, en Belgique, le régime nazi commence à ne plus fournir de conducteurs : les machinistes belges sont alors chargés de conduire tous les convois, y compris les trains militaires allemands. Intégré de force dans la logistique du Reich, le rail belge est utilisé pour les déportations de Juifs et de Roms depuis la Belgique et le nord de la France.

Entre 1941 et 1944, le réseau belge est mobilisé pour la déportation de travailleurs requis, de prisonniers politiques, de Juifs et de Roms vers l’Allemagne et les « camps de l’Est« .

Dans l’Histoire, on retient notamment le récit du 20e convoi, reposant sur des témoignages divergents mais surtout sur un rapport d’accident de la SNCB exhumé en 2023. Ce convoi part de Malines à 22h40, s’arrête près d’un faux signal rouge, où le conducteur aperçoit un homme près des voies, puis une fusillade éclate avec l’escorte allemande. Des résistants tentent d’ouvrir les wagons.

Cour intérieure de la Caserne Dossin, le lieu d’où plus de la moitié de la population juive d’Anvers fut embarqué dans des trains vers la mort. © Capture d’écran

Les évadés reçoivent de l’argent du Comité de Défense des Juifs pour faciliter leur fuite, et malgré la reprise de la marche, du train d’autres détenus – regroupés pour certains dans un « wagon de la résistance » grâce à une liste falsifiée – forcent les portes et sautent du train en marche.

Le type de wagons utilisé pour la déportation des juifs, Tziganes, Homosexuels, résistants et ennemis politiques des Nazis. © Caserne Dossin

Au total, 236 Juifs s’échappent, mais 90 sont repris et 26 sont abattus, la pleine lune facilitant aux gardes allemands la visibilité pour tirer sur les fugitifs. Plus tard, un autre conducteur affirme avoir roulé plus lentement et profité de signaux sabotés menant à de nouveaux arrêts, avant que le train ne continue sa route vers Herbesthal, où le personnel belge est vraisemblablement remplacé par du personnel allemand.

En 2012, Jannie Haek, l’administrateur-délégué de la SNCB Holding, a reconnu, lors d’une cérémonie à Malines à la Kazerne Dossin, devenue depuis Mémorial, Musée et Centre de documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme, le rôle joué par les Chemins de fer belges dans la déportation comme « une page noire de l’histoire de la société ».  Lors de son discours, il a également rappelé la « position ambiguë des chemins de fer », tout en soulignant en même temps « le courage déployé par les cheminots résistants ». 

Loading…Le 4 octobre 1952, le roi Baudouin inaugure la Jonction Nord-Midi, dotée de six voies. Ce chaînon vital du réseau belge démontre immédiatement son utilité et reste encore aujourd’hui indispensable.

La Jonction Nord-Midi possède néanmoins une longue histoire. Dès 1837, la Ville de Bruxelles avait constitué une commission chargée d’étudier la faisabilité de sa construction. Entre 1895 et 1901, trois commissions ont examiné la future jonction Nord‑Midi, et c’est finalement le projet de l’ingénieur des Chemins de fer de l’État, Frédéric Bruneel, qui a été retenu dans ses grandes lignes.

Les procédures d’expropriation ont cependant traîné en longueur, si bien que les travaux ne débutent qu’en 1911, avec une achèvement prévu pour 1915. En résumé, deux guerres plus tard, le projet d’infrastructure majeur qui a transformé Bruxelles voit enfin le jour.

Loading… La formule train + vélo est lancée en 1975. Cette innovation s’inscrit dans une série de mesures visant à moderniser l’image du rail belge et à l’adapter à de nouvelles pratiques de mobilité de loisirs et de tourisme intérieur.

Plus concrètement, le concept «  train + vélo  » encadre et facilite le transport des bicyclettes dans les trains, via un supplément dédié et des voitures adaptées, notamment sur les trajets vers des régions touristiques comme la côte ou les Ardennes. Cela prolonge une logique déjà en place à la SNCB, qui cherche à rendre le train plus attractif pour les week-ends et les vacances, en complément du transport domicile-travail.

1979 une nouveauté à la SNCB qui rompt avec ses traditions, c’est l’arrivée des contrôleuses

Loading…Train World – Musée de la SNCB : histoire des chemins de fer belges, matériel historique, chronologie et expositions temporaires.
​SPF Mobilité et Transports – Dossiers sur l’histoire du transport ferroviaire en Belgique et la loi de 1834.

Mediarail.be – “SNCB 1926–1980” : évolution de l’entreprise publique, réformes et grandes étapes du rail belge.
​RTBF Archives – Sélection de reportages et documentaires consacrés aux trains et aux 75 ans de la SNCB.
​SNCB / SNCB International – Blog et contenus éditoriaux : anecdotes, histoires surprenantes et culture ferroviaire.