Sécuriser les lieux festifs : « La prévention ne sauve pas des vies »
Les circonstances du drame survenu en Suisse, qui a entraîné des dizaines de victimes, ne sont pas encore totalement élucidées. En Belgique, les bars et restaurants doivent renouveler une attestation de sécurité tous les 5 ans, ce qui requiert un contrôle.
Les circonstances du drame survenu en Suisse, qui a causé de nombreuses victimes, demeurent encore obscures. Les images disponibles montrent un embrasement du plafond qui a rapidement dégénéré. L’enquête actuelle devrait permettre de mieux comprendre cette situation.
Les questions posées à Anne Wibin, l’officière en charge de la prévention aux Pompiers de Bruxelles, portent sur la réglementation en Belgique. Quelles sont les principales lignes directrices concernant la prévention dans les espaces festifs ?
En Belgique, les bars et les restaurants doivent renouveler leur attestation de sécurité tous les 5 ans, ce qui nécessite un contrôle. En cas de changement d’exploitant, cette attestation doit également être mise à jour pour ouvrir l’établissement au public.
Concrètement, « le service d’incendie vérifie si tout est en ordre dans les restaurants et les bars », explique Anne Wibin.
Les chemins d’évacuation doivent être dégagés et proportionnés à la fréquentation du lieu. « À partir de 100 personnes, il faut deux chemins d’évacuation, et ils doivent rester dégagés. Au-delà de 500 personnes, il faut trois sorties, et cela se poursuit », souligne-t-elle. Il ne doit pas y avoir plus de 30 mètres à parcourir pour atteindre une issue.
La taille des issues est également un point de contrôle : « S’il y a 80 personnes, il faut une porte de 80 cm de large ; au-delà, il faut une porte plus large ou une deuxième issue ». Cette exigence est encore plus stricte pour les évacuations dans les sous-sols, car moins de personnes peuvent évacuer par la même ouverture en utilisant des escaliers.
Un autre aspect crucial concerne les matériaux utilisés pour l’aménagement et la décoration.
Certains matériaux favorisent fortement l’incendie et sa propagation. « Tout ce qui est à base de produits pétroliers et qui dégage une fumée toxique », précise Anne Wibin. Cette fumée est inflammable et peut provoquer une explosion violente. « À partir d’un certain seuil de température, cette fumée peut s’embraser instantanément, provoquant une explosion et enflammant tout ce qu’elle touche ».
Par exemple, le goudron génère des gouttes inflammables. « Ainsi, le plafond s’enflamme, et en plus, une goutte enflammée peut tomber au sol et incendier le plancher ».
Certains matériaux dangereux sont interdits dans la plupart des constructions intérieures en Belgique, conformément à la législation européenne. Tout ce qui est en contact avec l’air doit être incombustible, notamment pour les éléments horizontaux comme les plafonds, et dans une certaine mesure pour les éléments verticaux.
Dès lors, les tissus au plafond sont totalement prohibés.
L’isolation acoustique doit être protégée par des matériaux tels que des plaques de plâtre. Des plaques spécialement conçues pour l’insonorisation des plafonds et qui ne sont pas combustibles sont également disponibles.
Les rideaux verticaux doivent être ignifugés, y compris dans les théâtres, tout comme les tapis, les fauteuils, et leur revêtement, à l’exception d’un simple petit rideau isolant une porte d’entrée. Il convient également de faire preuve de précaution lors de l’utilisation de murs végétalisés.
Les normes de sécurité s’appliquent à tous les lieux accessibles au public, y compris les restaurants, bars, discothèques ainsi que les salles de spectacle et musées.
Il est à noter que la réglementation a été renforcée quant à l’utilisation du bois « car de nombreux bars ou restaurants privilégiaient le bois du sol au plafond ». Certaines exceptions existent pour des établissements à dimension patrimoniale, accompagnées de compensations telles que des issues de secours supplémentaires ou des boutons d’alerte.
Concernant l’utilisation des feux de Bengale, ces dispositifs produisant de vives étincelles sont autorisés, tout comme les bougies, tant que « la coque intérieure du lieu est normalement incombustible », en respectant les mesures de sécurité. Toutefois, il ne faut pas « augmenter le risque d’incendie de manière excessive », précise l’officière de prévention.
Il est aussi obligatoire d’installer des poubelles métalliques accessibles au public, fumeurs ou non, pour y jeter les mégots de cigarettes ou autres bougies mal éteintes.
Anne Wibin rappelle l’importance pour les gérants d’établissements Horeca de s’assurer qu’ils disposent d’une attestation de sécurité à jour, ainsi que de contrôles réguliers sur le chauffage et l’électricité.
La responsable recommande également de contrôler le matériel de lutte contre l’incendie (extincteurs, éclairage de sécurité…) et de garantir le dégagement des voies d’évacuation (par exemple, éviter que des fûts bloquent le passage). L’ouverture des issues de secours doit être vérifiée lorsque l’établissement est ouvert au public, « car cela est souvent négligé ».
Il est essentiel de prêter attention à la décoration temporaire afin qu’elle ne crée pas un risque d’incendie supérieur à celui d’une décoration habituelle, ce qui demeure un point critique.
Au fil de cinq ans, des modifications peuvent survenir dans l’espace. Une transformation nécessitera une nouvelle attestation, mais même de petits changements nécessitent vigilance.
« On ne sait pas ce que les gens font, quelles contraintes ils rencontrent. Les voisins au-dessus peuvent être dérangés et des gérants rapidement mettre en place des installations pour le bon voisinage », conclut-elle.
Dans le contexte actuel, « nous sommes submergés par les contrôles et les inspections », commente-t-elle.
Face aux demandes, les équipes de pompiers ne peuvent pas toujours se déplacer autant qu’elles le souhaiteraient. « Nous sommes très occupés par les dossiers, submergés de contrôles. Il faut imaginer que tous les établissements publics doivent être inspectés tous les cinq ans, ce qui représente une immense charge de travail pour notre service d’incendie dans la région de Bruxelles Capitale. »
Le contrôle des installations temporaires reste un aspect particulièrement complexe à gérer, mais la disponibilité est réelle, par téléphone (tous les jours ouvrables, de 9h à 11h30, au 02 208 84 30) ou par e-mail. Des visioconférences peuvent être organisées et des photos peuvent être envoyées, car « la prévention sauve réellement des vies ».
Pour le Nouvel An, un service « event » spécifique est mis en place pour garantir plus de disponibilité à cette occasion et permettre des célébrations en toute sécurité.
Les équipes de Homegrade peuvent aussi être contactées pour la région de Bruxelles Capitale pour des questions de sécurité, sauf du 24 décembre au 3 janvier. Il est donc préférable de planifier à l’avance.

