Saule : partage et confidences sur les oubliés et invisibles
En 2012, l’artiste a révélé son succès avec Dusty Men, un album produit par Charlie Winston, avec qui il collabore depuis 2009. Son nouvel album, dévoilé en janvier 2023, balance entre des morceaux lumineux et mélancoliques, et inclut le titre « Danser au milieu des ombres ».
Révélé en 2012 avec Dusty Men, en collaboration avec Charlie Winston, l’artiste évoque un succès presque inattendu : « Charlie produisait mon disque, c’est-à-dire qu’il faisait les arrangements et le son sur l’album. On se connaissait depuis longtemps, depuis 2009 ! Donc, en 2012, je lui demande de produire mon album mais on a dû arrêter l’enregistrement en cours de route car il devait partir en tournée. Et pendant ce temps-là, je comprends que j’ai envie de me faire plaisir et d’avoir sa voix sur le disque finalement. Et ça a marché ! C’était d’ailleurs même un morceau bonus à la base. »
Cela a permis de poser les bases d’une carrière où les émotions guident les choix et où le choix des mots captive au-delà des frontières : « Ce n’est pas tant le fait d’être chanteur mais bien le fait d’être belge qui plaît. En fait, les Français aiment bien les Belges parce qu’il y a un côté – en tout cas artistique – assez libre. C’est vrai qu’on est fait d’un mélange de plein de genres musicaux. On est à la frontière entre plein de pays et surtout, on a beaucoup d’autodérision. » Il s’exprime ainsi sur son identité d’artiste belge sur la grande scène musicale française.
Une liberté artistique revendiquée qui ancre durablement le Montois dans le paysage musical francophone. Sur scène comme en studio, Saule cultive cette liberté et l’exprime, jouant avec ses émotions pour en révéler toute la palette, lumineuse comme ombragée.
Son nouvel album, sorti en janvier dernier, repose sur cet équilibre : « C’est un disque en deux couleurs. », déclare-t-il, « Il y a quelque chose de très lumineux mais aussi des morceaux plus mélancoliques […] Je pense que la clé de cet album réside dans le morceau ‘Danser au milieu des ombres’ où je dis qu’en fait, on peut aussi faire un pied de nez aux malheurs qu’on a dans une vie et danser au milieu des ombres. Cette chanson en particulier est un peu le balancier dans l’album qui fait partir un peu plus la chose du côté lumineux je pense. »
L’auteur-compositeur n’hésite pas à se dévoiler davantage. Avec « Une demi-vie », il traite frontalement du divorce et de ses impacts : « Je me suis vraiment posé la question de savoir si je devais la mettre sur ce disque d’ailleurs. Dans les ateliers d’écriture que je donne, j’explique souvent qu’au plus une chanson sera personnelle, au plus elle sera universelle. Parce que les gens peuvent se reconnaître dans ce morceau. Donc oui, là où je parle de divorce, où j’aborde le fait qu’on comprend qu’on n’aura nos enfants que la moitié du temps. C’est une thématique que je trouvais importante et je me suis dit que finalement, elle pouvait peut-être faire du bien à d’autres personnes. »
Un travail qu’il teste d’abord auprès de ses proches, « mes enfants sont des directeurs artistiques très cruels », sourit-il, lors d’écoutes familiales, loin des studios et souvent en voiture… « Le meilleur endroit pour écouter des chansons », conclut-il.
De ces ateliers évoqués, donnés dans le cadre du programme « Artistes en résidences », il tire uniquement du positif : « C’est quelque chose de génial, toutes les premières candides de l’université peuvent venir assister à 30 heures de cours que donne un artiste. Dans ma classe, j’avais des biologistes mais aussi des étudiants en droit. C’est juste génial comme expérience. Et ce qui a été incroyable de la part de l’université a été de se mettre entièrement à ma disposition dans le sens où je leur ai dit que j’étais incapable de me mettre dans un auditoire par exemple. On s’est donc retrouvé trois jours enfermés dans un gîte entouré d’instruments pour composer un spectacle qu’on a fini par présenter en live. J’ai trouvé ça génial qu’une université se mette autant au service d’un artiste. »
Cela a permis de renforcer des liens tout en en créant d’autres. L’humain se trouve au cœur de son processus créatif. Notre intervieweuse, Françoise Baré, souligne cela en se souvenant du premier album du chanteur et de son titre phare, Madame pipi. Des morceaux tournés vers l’humain, mais jamais politiques.
« Je ne pense pas que mes chansons soient politiques. Je dirais qu’elles sont surtout des portraits de vies. Madame pipi en est un très bel exemple. Souvent, je suis attiré vers les oubliés, les invisibles. J’aime bien porter mon regard sur tout ça. Cette dame par exemple, que j’ai rencontrée un soir, avait le portrait de ses enfants entre deux rouleaux de papier toilettes et j’ai trouvé ça tellement touchant… Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que des centaines de personnes passent devant elle toute la journée sans trop le comprendre alors que c’est une dame avec son existence, avec ses rêves, toutes ces choses qui nous traversent tous la tête. »
Une attention et un engagement qui se manifestent également à travers une surprise du jour : un morceau qu’il a écrit et composé pour l’association « Au-delà des nuages », qui aide les parents en deuil périnatal. « On dit toujours que des enfants qui perdent leurs parents, on appelle ça des orphelins. Mais des parents qui perdent leurs enfants, il n’existe pas de mots pour ça tellement c’est quelque chose d’innommable. En fait, un mot existe… C’est ‘parange’. Et quand j’ai découvert que ce mot existait, j’ai voulu faire une chanson pour toutes ces personnes qui ont perdu un enfant trop tôt. Cette chanson, je l’avais de base écrite sans but. J’ai tout de suite su que j’avais envie qu’elle serve à cette association. »
Cette nouvelle édition de Culture en Prime se termine ainsi, non sans vous laisser quelques recommandations de lectures, de visionnages et d’écoutes pour le week-end, proposées par Françoise Baré.
En attendant le retour de votre émission culturelle préférée, en direct de la foire du Livre de Bruxelles la semaine prochaine, rendez-vous sur La Une et en streaming sur RTBF Auvio.

