Sammy Mahdi, président du CD&V, ne souhaite pas un réveil européen
Le président du CD&V a rencontré l’ambassadeur des États-Unis il y a quelques mois et a décrit « un fonctionnement qui n’est pas politique, mais qui voit tout comme un deal ». Sammy Mahdi a affirmé que « plusieurs notes américaines » montrent une volonté de « renforcer les pouvoirs de l’extrême droite en Europe ».

« Un fonctionnement qui voit tout comme un deal »
D’emblée, le ton est donné : « Il se passe qu’on a un président des États-Unis qui est un peu étrange, et son ambassadeur également, dans sa manière de fonctionner et de comprendre la diplomatie. »
Le président du CD&V explique avoir rencontré l’ambassadeur il y a quelques mois. Il décrit « un fonctionnement qui n’est pas politique, mais qui voit tout comme un deal. »
« L’ambassadeur trouve qu’il doit se mêler, même d’enquêtes judiciaires qui ont lieu en ce moment. » Pour lui, la ligne rouge est claire : la séparation des pouvoirs et la souveraineté judiciaire belge ne se négocient pas.
« On sera fort en tant qu’Européens ou on va perdre en tant qu’Européens »
Mais l’essentiel de son message dépasse l’incident. Ce que Sammy Mahdi remet en cause, c’est l’idée d’une amitié naturelle et indéfectible avec Washington : « Les États-Unis n’ont jamais pensé dans l’intérêt de l’Europe. Ils ont toujours pensé dans l’intérêt des États-Unis et c’est leur droit. Et on doit faire de même. »
Il évoque les guerres en Afghanistan et en Irak, les tensions au Moyen-Orient, les taxes sur les produits européens. À ses yeux, l’Europe a trop longtemps cru que les États-Unis « ne vont jamais nous lâcher. »
Dans l’intérêt américain, c’est une bonne chose d’avoir une Europe déstabilisée.
Sa conclusion est sans détour : « On sera fort en tant qu’Européens ou on va perdre en tant qu’Européens. »
Dans le contexte du retour de Donald Trump au centre du jeu politique américain, il affirme que « plusieurs notes américaines » montrent une volonté de « renforcer les pouvoirs de l’extrême droite en Europe », estimant que « dans l’intérêt américain, c’est une bonne chose d’avoir une Europe qui est déstabilisée. »
Le dossier Freilich, test pour la majorité
Un autre sujet sensible abordé : le rôle du député N-VA Michael Freilich, qui a évoqué le dossier des circoncisions rituelles lors d’une mission parlementaire à Washington. Sammy Mahdi ne cache pas son malaise : « Un député fédéral qui représente 11 millions de citoyens belges ne va pas essayer de changer la loi en Belgique […] en allant faire du lobbying aux États-Unis. »
Plus qu’un désaccord ponctuel, il y voit une question de principe démocratique : « Cette démocratie doit avoir lieu ici en Belgique et pas en allant en faire du lobbying aux États-Unis. » Il appelle à « une bonne discussion » au sein de l’Arizona, la majorité fédérale, pour s’assurer que « tout le monde soit bien sur la même ligne. »
Bruxelles et le fédéral : même exigence de responsabilité
Interrogé sur le nouveau gouvernement bruxellois, mis en place après 613 jours de crise, le président du CD&V assume la participation de son parti, malgré l’absence de ministre et de secrétaire d’État. Pour lui, il ne s’agit pas de figuration : « On fait partie de la solution. »
Il souligne les défis urgents : budget, sécurité, crise du logement, trafic de drogue. Et pose une exigence symbolique forte : la maîtrise des deux langues par les responsables politiques. « Je trouve qu’un ministre-président doit pouvoir représenter les deux. […] C’est un minimum de respect qu’on doit avoir. »
Je trouve que chaque ministre fédéral devrait pouvoir parler les deux langues.
– Sammy Mahdi
Il repose également cette exigence au niveau fédéral, où la Cour des comptes critique le manque de clarté de certaines projections budgétaires. Concernant la réforme du chômage, Sammy Mahdi reconnaît l’incertitude : « Personne n’a la baguette magique pour voir dans le futur. » Mais il maintient le cap : remettre davantage de personnes au travail pour préserver la sécurité sociale.
De Washington à Bruxelles, Sammy Mahdi appelle à « se réveiller » et à cesser toute dépendance politique. Pour lui, l’incident diplomatique n’est qu’un signal d’alarme. L’enjeu, affirme-t-il, est bien plus large : la capacité de l’Europe à exister par elle-même.

