Rêver et imaginer : explorer les limites de la créativité.
Le 22 mars 2016 est une date que nous ne pourrons jamais oublier. Les jeunes hommes et les jeunes femmes qui ont rejoint Daech avant 2016 ont cherché du sens.
Dix ans après, il est inutile de rappeler à quiconque l’horreur du 22 mars 2016, une date que nous ne pourrons jamais oublier. De même, nous ne pourrons pas oublier celles et ceux qui en ont le plus souffert.
Chacun vit son deuil à sa manière. Nous avons tous tenté d’avancer dans notre chagrin, un terme complexe qui évoque la perte d’un proche, la douleur personnelle et collective, ainsi que la fin de l’innocence. Une question reste fondamentale : comment en sommes-nous arrivés à ce point où le meurtre est devenu un acte militant au sein de notre société ?
De nombreux experts de divers domaines ont tenté d’apporter des réponses à cette question. Plutôt que de synthétiser les raisons et les mécanismes, d’autres ont déjà réalisé ce travail essentiel. Ce qui nous anime aujourd’hui, c’est l’avenir et, plus encore, celles et ceux qui vont le façonner : les jeunes. Ils représentent notre futur.
Notre responsabilité est immense. Que recherchaient les jeunes qui ont rejoint Daech avant 2016 ? Un seul mot : du sens. Il ne s’agit pas de justifier des actes horribles. Bien que le passé semble clos, seul l’avenir nous ouvre des perspectives qui incitent à agir dès maintenant. Mais notre société actuelle offre-t-elle vraiment aux jeunes de tous âges, de tous genres et de toutes origines la possibilité de trouver du sens à leur vie aujourd’hui et à leur avenir ?
Il n’existe pas de réponse toute faite. Chaque individu est unique, les contextes varient considérablement, tout comme les aléas de la vie et les relations, sans oublier le degré de vulnérabilité de chacun. Il convient également de prendre en compte que notre monde est en crise, que les certitudes s’effritent, que les peurs grandissent et que l’avenir suscite des inquiétudes.
Ce constat ne reflète-t-il pas d’abord celui de notre génération, qui s’est longtemps crue à l’abri des événements d’une telle ampleur ? Le 22 mars et d’autres événements similaires à travers le monde ont été des signes d’alerte révélant une vulnérabilité enfouie, alors que d’autres régions vivaient ce cauchemar presque quotidiennement.
Ne supposons pas que les jeunes de 2026 partagent notre état d’esprit. Ils n’ont pas notre passé et leur futur sera différent du nôtre. Ne limitons pas leur liberté de pensée ! Leur force réside dans leur tendance à chercher des solutions ensemble, lorsque souvent nous comptons sur nos seules ressources. Transmettre nos angoisses serait le pire service à leur rendre. Gardons à l’esprit qu’ils sont sûrement plus conscients que nous des défis actuels. Sommes-nous pour autant démunis, incapables d’agir ?
Certes non ! Cependant, nous devons changer notre approche. N’hésitons pas à évoquer deux verbes que certains jugeraient surréalistes aujourd’hui : rêver et imaginer. Le dictionnaire les relie : « Rêver, c’est laisser aller sa pensée, son imagination ». Cela signifie ouvrir un champ de possibilités, alors que la dureté du quotidien nous incite à nous enfermer. Un être humain qui ne parvient plus à imaginer ne meurt pas immédiatement, mais quelque chose en lui est déjà mort, car il ne croit plus en l’avenir. Que dire d’une société où l’imagination a disparu ? D’une société qui peine à laisser de la place aux jeunes et à leur offrir un futur, déléguant cette tâche à la frustration inévitable du « moi » idéal jamais atteint, projeté sur les réseaux sociaux ?
À quinze ou vingt ans, nul besoin des « vieux » pour rêver. Accordons-leur notre confiance, et alors nous reprendrons tous le chemin des rêves et de l’imagination. C’est en avançant ensemble, et non chacun de son côté, que nous pouvons (ré)amorcer ce mouvement vital. En ouvrant des portes là où nous vivons à celles et ceux que nous rencontrons, nous pourrons contribuer à la reconstruction du monde. Pour se réaliser, les rêves doivent être portés par plusieurs générations. N’est-ce pas cela qui a fait défaut il y a dix ans et dont nous avons tous un besoin vital aujourd’hui ?

