Belgique

Retour du moteur diesel en Europe : pragmatisme économique face aux inquiétudes environnementales.

Stellantis a officialisé la réintroduction de motorisations diesel sur plusieurs modèles en Europe, notamment la Peugeot 308, la DS N°4 et l’Opel Astra. En Europe, le diesel ne représente plus qu’environ 8 à 9 % des ventes de voitures neuves, mais il demeure ultra-dominant sur le marché des utilitaires légers et constitue encore près de la moitié du parc roulant en France.


Alors que l’interdiction des moteurs thermiques semblait actée pour 2035, plusieurs signes récents indiquent que la transition vers un modèle entièrement électrique ne se déroule pas comme prévu. Le groupe Stellantis, deuxième plus grand constructeur automobile en Europe, a annoncé la réintroduction de moteurs diesel pour plusieurs modèles en Europe. D’autres constructeurs tels que Ford, Volvo et General Motors ont également changé de cap concernant l’électrique en relançant la production thermique. Parallèlement, l’Union européenne a assoupli son calendrier climatique, offrant plus de flexibilité aux fabricants.

Le diesel, qui a longtemps été critiqué, est-il donc en train de retrouver sa place sur le marché ?

### Stellantis relance ses modèles diesel : un virage stratégique assumé

Après avoir annoncé près de 22 milliards d’euros de charges visant à ralentir ses ambitions électriques, Stellantis opère un repositionnement industriel. Le groupe réintroduit des versions diesel pour plusieurs modèles compacts, tels que la Peugeot 308, la DS N°4 et l’Opel Astra. Dans le secteur des utilitaires, le retour du diesel est encore plus marqué avec la réintroduction sur le Citroën Berlingo, le Peugeot Rifter et l’Opel Combo.

Le nouveau directeur général, Antonio Filosa, justifie cette décision par une volonté de « remettre les clients au cœur de l’action ». Il est estimé que le groupe a surestimé le rythme d’adoption du véhicule électrique, surtout chez les professionnels et les gros rouleurs, qui restent attachés à l’autonomie et à la rentabilité du diesel.

En Europe, ce carburant ne représente plus qu’environ 8 à 9 % des ventes de voitures neuves. Cependant, il est extrêmement dominant sur le marché des utilitaires légers et constitue encore près de la moitié du parc roulant en France.

### Un cadre européen plus flexible

Ce retour du diesel s’inscrit dans un contexte législatif européen récemment modifié. Le Parlement européen a adopté un mécanisme de flexibilité qui permet aux constructeurs de répartir leurs objectifs d’émissions de CO² entre 2025 et 2027.

### Pourquoi le diesel séduit encore

Pour Joël Van Vijver, commercial pour une entreprise européenne de bâtiments industriels, qui parcourt presque 100 000 km par an, l’autonomie du véhicule électrique lui fait « perdre beaucoup de temps en recharge ». Il reste donc attaché au moteur diesel et réalise, avec ses voitures amorties en quatre ans, environ 400 000 km : « Quand on voit le prix à la pompe, comparé à l’essence ou à l’électrique, c’est plus cher, mais on consomme moins et on a beaucoup plus d’autonomie. De plus, un véhicule diesel a cet avantage de faire beaucoup plus de kilomètres qu’un autre. »

Le diesel conserve effectivement l’avantage d’un plus grand kilométrage par rapport à un moteur essence. Malgré la chute de ses immatriculations, il possède plusieurs atouts :
– Une autonomie supérieure pour les longs trajets
– Une consommation maîtrisée
– Une longévité moteur appréciée
– Une forte demande sur le marché de l’occasion.

Les nouvelles générations de moteurs modernes respectent les normes Euro 6 et anticipent l’Euro 7 grâce à des systèmes de dépollution avancés (SCR, filtres à particules, double injection d’AdBlue). De nouveaux carburants comme le Diesel HVO 100 (diesel de synthèse sans carburant fossile), issu d’huiles usagées ou de graisses recyclées, promettent jusqu’à 90 % de réduction des émissions de CO₂ sur le cycle de vie, bien que ces carburants restent encore marginaux et coûteux.

### « Tergiverser, c’est garder du retard » : l’alerte de Francesco Contino

Pour Francesco Contino, professeur à l’UCLouvain et spécialiste de la transition énergétique, ce retour du diesel soulève des préoccupations majeures. « La contrainte forte, c’est qu’on doit sortir des combustibles fossiles le plus vite possible », souligne-t-il. Selon lui, le débat est mal orienté : la transition énergétique ne se limite pas à changer de motorisation tout en conservant les mêmes habitudes. « On s’imagine qu’on va remplacer le diesel par l’électrique et continuer comme avant. Mais comme avant, ça ne fonctionnera pas. »

Il insiste aussi sur la nécessité de repenser en profondeur la mobilité : « sobriété, frugalité, partage de véhicules, développement du train et des transports collectifs ». Pour lui, la modernité ne réside pas dans une simple substitution technologique, mais dans une transformation des usages. Concernant les moteurs diesel modernes, il reconnaît leurs performances environnementales face aux particules et oxydes d’azote, mais regrette leur dépendance aux carburants fossiles. Les carburants synthétiques pourraient être une alternative, mais leur approvisionnement n’est pas encore suffisamment développé et leur coût est élevé. Il met en garde contre un éventuel ralentissement européen sous prétexte de compétitivité en rappelant que « la Chine n’est pas en avance par magie. Elle a pris des décisions. Si on tergiverse, on garde du retard. »

### Un équilibre fragile entre industrie et climat

Les constructeurs européens sont en compétition directe avec les manufacturers chinois, qui contrôlent le marché de l’électrique. Dans le même temps, l’Europe conserve une expertise dans le domaine du diesel. Cette situation révèle une tension profonde entre la nécessité de préserver l’emploi industriel et le respect des limites climatiques.

Francesco Contino évoque le risque de privilégier la protection à court terme de l’industrie au détriment des impératifs environnementaux : « On met des choses au-dessus de la stabilité de notre climat. Et ça, c’est extrêmement inquiétant. » L’industrie automobile européenne doit faire un choix critique : continuer d’amortir des plateformes thermiques performantes ou accélérer sa transition vers l’électrique et les nouvelles mobilités.

### Le diesel : rebond conjoncturel ou sursis stratégique ?

Le retour du diesel ne signifie pas pour autant un abandon de l’électrique. Stellantis prévoit toujours le lancement d’une trentaine de nouveaux modèles électrifiés d’ici 2026. Toutefois, ce retour du diesel traduit un rééquilibrage pragmatique face à une demande jugée insuffisante.

À court terme, le diesel répond à des besoins économiques et pratiques pour certains usagers. À long terme, son avenir dépendra :
– Du maintien ou non des flexibilités européennes
– Du développement des carburants alternatifs
– De la compétitivité des véhicules électriques abordables
– De l’évolution des usages de mobilité.

Une chose est certaine : la transition ne sera ni linéaire ni uniquement technologique. Elle impliquera des décisions politiques, industrielles et sociétales.

Le diesel revient timidement sur la scène automobile, mais pour combien de temps ?