Belgique

Rencontre USA-Belgique : rappel des « rôles et limites » de l’ambassadeur

Bill White a rencontré Théodora Gentzis, Présidente du comité de direction des Affaires étrangères, et a affirmé que « la réunion avait été très cordiale ». Selon le député Groen Meyrem Almaci, « un député qui mobilise des acteurs étrangers pour influencer notre système judiciaire affaiblit la souveraineté de ce pays. »


Convoqué par Maxime Prévot, Bill White a rencontré Théodora Gentzis, Présidente du comité de direction des Affaires étrangères. À son arrivée au ministère, l’ambassadeur américain était accompagné d’une photo des trois rabbins poursuivis par le parquet d’Anvers, des hommes « persécutés alors qu’ils exercent leurs droits à pratiquer leur religion », selon ses propres termes. Trente minutes plus tard, il a fait quelques déclarations à la presse, précisant que « la réunion avait été très cordiale ». Il a également déclaré qu’il ne considérait pas la Belgique comme antisémite, mais qu’il observait une augmentation des actes antisémites en Belgique, comme dans le reste du monde, et qu’il devait se concentrer sur la situation en Belgique.

Du côté belge, les Affaires étrangères ont indiqué dans un communiqué que Théodora Gentzis avait « rappelé à l’Ambassadeur le cadre prescrit par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui détermine le rôle et les limites des fonctions d’un ambassadeur accrédité dans un pays. » Le communiqué souligne que « les attaques personnelles contre un membre du gouvernement belge et toute ingérence dans les affaires intérieures de la Belgique constituent une violation de ces règles diplomatiques essentielles. »

Cependant, Bill White semble n’avoir entendu qu’une partie de ce message, car il a affirmé à la sortie de l’entretien qu’il « adorerait voir la loi concernant la circoncision changer en Belgique », rappelant que cette pratique est autorisée sans supervision médicale aux États-Unis et qu’il « ferait la même chose ici ».

### Une enquête contre 3 mohels

L’affaire débute en septembre 2024, lorsque le parquet d’Anvers effectue des perquisitions chez trois mohels, des circonciseurs juifs soupçonnés de réaliser des circoncisions sans intervention médicale. La circoncision masculine consiste en l’ablation partielle ou totale du prépuce du pénis. Dans certaines religions, comme le judaïsme, cette procédure, connue sous le nom de brit milah, est obligatoire au huitième jour suivant la naissance. En Belgique, selon une loi de 2013, cette circoncision non médicale est légale, mais doit être effectuée sous le contrôle d’un médecin. Certains mohels n’ayant pas les compétences médicales nécessaires, le rabbin anversois Moshe Friedman a déjà porté plainte contre certains circonciseurs, affirmant que des circoncisions étaient réalisées à Anvers « par des abatteurs rituels d’animaux, qui n’ont aucun diplôme médical ». Bill White a critiqué Moshe Friedman, le qualifiant de « rabbin sans synagogue, qui aurait rencontré le président iranien ».

Alors que l’enquête est toujours en cours, l’affaire revient dans l’actualité ce lundi après un commentaire de Bill White sur X. L’ambassadeur appelle à mettre « fin immédiatement aux poursuites ridicules et antisémites » contre les trois mohels, affirmant qu’ils exécutent des actes pour lesquels « ils sont formés depuis des milliers d’années ». Il n’épargne pas non plus le ministre de la Santé, Franck Vandenbroucke (Vooruit), l’accusant de recourir à des « tactiques sournoises » en attendant que l’affaire soit close. À l’issue de sa rencontre avec les Affaires étrangères, Bill White a minimisé son différend avec le ministre : « Frank est quelqu’un de bien. Il a été désagréable lors de notre première rencontre, mais nous allons devenir amis. »

### Groen demande une enquête déontologique

Par ailleurs, la pression exercée par l’ambassadeur américain ne semble pas être un hasard. Selon le quotidien flamand Het Laatste Nieuws, le député de la N-VA, Michael Freilich, ardent défenseur de la communauté juive, s’est rendu à Washington pour faire pression sur l’administration Trump, précisant : « Je n’ai pas demandé de pression, mais un soutien pour notre demande de réglementation. »

Le parti d’opposition écologiste Groen a demandé ce mardi l’ouverture d’une enquête auprès de la commission fédérale de déontologie concernant le député fédéral Michael Freilich. La députée Groen, Meyrem Almaci, a affirmé qu' »un député qui mobilise des acteurs étrangers pour influencer notre système judiciaire affaiblit la souveraineté de ce pays. »

Sammy Mahdi a également exprimé ses inquiétudes sur Instagram : « Imaginez un député du PS d’origine musulmane faisant du lobbying au Maroc ou au Qatar pour influencer une affaire judiciaire en Belgique. La situation est alarmante, et à juste titre. C’est totalement inadmissible […] Quiconque défend les intérêts belges ne va pas demander à la clique de Trump d’influencer notre législation. Nous faisons encore nos propres lois. »