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Rencontre Trump – Netanyahou : l’avenir de la ligne jaune à Gaza incertain ?

La trêve en vigueur depuis octobre 2025 dans la bande de Gaza est au centre des discussions entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou. Plus de 400 personnes ont été tuées par l’armée israélienne depuis le 10 octobre 2025, selon le ministère de la santé de la bande de Gaza.


C’est le sort de la trêve en vigueur depuis octobre 2025 dans la bande de Gaza qui se joue lors de cette nouvelle rencontre entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou.

Présenté comme un succès majeur de la première année du mandat de Donald Trump, le plan de paix américain semble embourbé dans sa première phase.

Pour rappel, cette étape prévoyait :

– un cessez-le-feu
– un échange des otages israéliens en vie et des dépouilles des personnes décédées contre 2000 prisonniers palestiniens
– le retour d’une aide humanitaire complète
– le retrait israélien partiel jusqu’à une ligne jaune qui sépare la bande de Gaza en deux.

Plus de deux mois après l’arrêt des hostilités, le bilan est toutefois mitigé. La violence a diminué mais les deux parties s’accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu. Selon le ministère de la santé de la bande de Gaza, administrée par le Hamas, l’armée israélienne a tué plus de 400 personnes depuis le 10 octobre 2025.

Le risque que le passage à la deuxième phase s’embourbe est bien réel, malgré la volonté américaine d’obtenir de nouvelles avancées.

### La ligne jaune : une division temporaire de la bande de Gaza ou une nouvelle frontière ?

Le retrait de l’armée israélienne de la bande de Gaza devait être progressif : une ligne jaune était censée être une limite provisoire, le temps que tous les otages soient rendus à Israël. Or, le Hamas estime ne pas avoir pu localiser la dépouille d’un dernier otage. Et Israël fait de sa restitution une condition pour passer à la phase suivante du plan de paix.

Résultat : l’armée israélienne occupe toujours une moitié du territoire, à l’est de la ligne jaune.

### Violences autour de la « ligne jaune »

En attendant cette phase deux du plan de paix, les violences se poursuivent notamment autour de la « ligne jaune ». C’est le cas à Khan Younès où les bombardements sont quotidiens. « Ces frappes ont pour objectif de chasser les habitants, leur faire peur et les contraindre à se déplacer vers l’ouest », dénonçait le 23 décembre le maire de cette localité traversée par cette ligne jaune.

Il faut dire que cette « ligne jaune » est marquée par des blocs de béton peints en jaune mais cette « frontière » n’est pas toujours claire pour les familles de déplacés qui vivent à proximité. Comme le rapporte RFI, deux enfants de huit et dix ans ont ainsi été tués par une frappe de drone israélien fin novembre.

« Au moins 93 personnes qui ont tenté de franchir la ligne jaune ont été tuées », dénonçait Amnesty international fin novembre.

### Un territoire divisé en deux

Certains experts craignent que cette frontière ne divise durablement la bande de Gaza en deux parties : à l’ouest, du côté de la mer, un territoire peu fertile où doivent s’entasser plus de deux millions d’habitants. À l’est, un territoire qui deviendrait inhabitable.

Selon des témoignages d’habitants de Gaza, l’armée israélienne procède à une destruction systématique des bâtiments dans la zone qu’elle occupe. Côté israélien, on précise que l’accord de cessez-le-feu prévoit de détruire toutes les infrastructures terroristes sur l’ensemble de Gaza. L’armée explique démanteler le réseau de tunnels dans le secteur qu’elle contrôle, tout en pourchassant les combattants du Hamas.

### Un renforcement de la présence militaire qui interroge

Selon le collectif de chercheurs, d’architectes et de journalistes Forensic Architecture qui observe la situation dans la bande de Gaza grâce aux données satellitaires, l’armée israélienne serait loin de préparer son retrait de la bande de Gaza.

En plus des 48 avant-postes militaires déjà présents, « nous avons recensé 13 nouveaux avant-postes militaires depuis le cessez-le-feu. Ils sont principalement situés le long de la ‘ligne jaune’, à l’est de Khan Younis, et près de la frontière de Gaza ».

« Ces avant-postes sont reliés à un réseau routier qui a été créé, étendu ou approprié par l’armée israélienne », détaille encore Forensic Architecture.

« À Jabalia, près de la ligne jaune, un campement de tentes densément peuplé a été démantelé et Israël a démoli les bâtiments environnants. À leur place, Israël a tracé une route, construit des talus et érigé des structures sur le nouvel avant-poste ».

Plusieurs médias, dont Le Soir, estiment que l’armée israélienne serait passée en deux mois du contrôle de 53 à 58 % du territoire de la bande de Gaza.

### Le démantèlement du Hamas reste incertain

L’impatience de Donald Trump à accélérer le passage à la deuxième phase du plan de paix débloquera-t-elle la situation ?

La phase deux prévoit : la neutralisation des capacités militaires du Hamas, le déploiement d’une force internationale de stabilisation et la montée en puissance d’une police palestinienne.

La phase trois lance le chantier de la reconstruction, avec la création d’un organe de gouvernance et une équipe de technocrates palestiniens, sous supervision internationale.

D’après le média américain Axios, Washington voudrait annoncer le plus rapidement possible ce gouvernement palestinien de technocrates comme autorité de transition pour Gaza. Selon la même source, Donald Trump souhaite réunir un nouveau « comité de la paix » en charge de superviser ce gouvernement transitoire lors du forum de Davos en janvier en Suisse.

Mais au préalable, il reste la question de la « neutralisation » du Hamas. Le chef de la branche terroriste palestinienne a déclaré début décembre être prêt à déposer les armes entre les mains d’une autorité palestinienne qui dirigerait la bande de Gaza. Mais il a aussi refusé le déploiement d’une force internationale dont la mission serait de désarmer le Hamas.

Bref, l’avenir de ce plan de paix reste à ce stade incertain. Si la trêve tient tant bien que mal, le retrait de l’armée israélienne au-delà de la ligne jaune actuelle n’est pas encore à l’ordre du jour.