Belgique

Réformes de l’enseignement : les profs en ras-le-bol face à l’absence de concertation.

Un sentiment de malaise plane sur l’école en Fédération Wallonie-Bruxelles, où certains professeurs ont préféré quitter l’enseignement après seulement quelques années ou quelques mois. La fin du modèle de concertation sociale sur l’enseignement a conduit à des ajustements à la marge du Plan d’excellence, sans vision claire de la direction des réformes.


Un sentiment d’inquiétude et d’incertitude règne au sein de l’école en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les réformes successives apparaissent comme imposées, laissant aux enseignants le sentiment que leur travail n’est pas à sa juste valeur. Certains ont choisi de quitter le métier après seulement quelques années ou quelques mois, tandis que d’autres manifestent dans les rues en signe de protestation contre les annonces de leur ministre, Valérie Glatigny. « Il y a une certaine morosité dans l’enseignement, parce qu’il y a beaucoup de flou sur bon nombre de mesures », remarque Marc Sirlereau, observateur de la situation depuis trois décennies.

Pour l’experte en gestion publique, le mécontentement des enseignants provient de « l’absence de concertation sur les mesures ». Il est essentiel de revenir aux origines du Pacte d’excellence : « Il fallait une réforme systémique face aux problèmes d’iniquité, d’inefficacité, de difficultés de parcours. Les changements à faire étaient douloureux, personne ne le conteste, mais l’idée était qu’ils allaient être co-construits avec les acteurs. Depuis 2017, au moins deux fois par mois, la ministre, son cabinet, les syndicats, et les associations de parents se réunissaient dans un comité de concertation pour élaborer ensemble les mesures. Cela n’existe plus aujourd’hui ».

À l’inverse, deux experts en éducation critiquent les ajustements marginaux du Plan d’excellence, où les acteurs de terrain ne sont consultés qu’en fin de processus, sans vision claire des réformes à venir. « Les enseignants de base ne se sont peut-être pas retrouvés suffisamment dans ce qui était décidé, et on leur a rajouté des missions en plus, qu’ils ne comprenaient pas toujours. Un tas d’enseignants se sont impliqués sans très bien savoir où ils allaient, avec du travail en plus, des réunions en plus », déclare Marc Sirlereau.

Cela peut mener à des politiques contradictoires, selon Marie Goransson, chaque changement ayant des répercussions sur l’ensemble du système : « La grande force du pacte, c’est de vouloir tout changer, avec un phasage, un temps long. Quand vous ajoutez des changements qui touchent à un point, vous fragilisez l’ensemble de l’interdépendance ». Par exemple, avec l’augmentation des seuils de réussite au CEB, CE1D et CESS de 50 à 60% : « Il n’y a pas eu d’évaluation pour dire que ça va faire la différence. Mais tous les profs, les directeurs d’école, se rendent compte de l’impact, car en même temps, on leur demande la baisse des redoublements, ça peut être contradictoire ».

Les modifications au tronc commun, prévues pour la rentrée 2026, pourraient engendrer « une rupture avec la philosophie du Pacte d’excellence », signale la professeure à l’ULB, en introduisant des activités orientantes : « Il faut pouvoir faire découvrir plein d’options différentes, mais à tout le monde. Si vous retriez les élèves à partir de la troisième secondaire, vous faites des différences. Les systèmes internationaux le montrent, plus tôt vous triez les élèves, plus cela traduit des différences socio-économiques, et un manque d’équité ».

► Découvrez les réactions des enseignants aux annonces du gouvernement, en écoutant l’intégralité du podcast des Clés dans le player ci-dessus ou sur Auvio.