Belgique

Réforme des pensions : différences d’impact entre femmes et hommes.

En 2023, la pension légale moyenne d’une femme est inférieure de 387 euros à celle d’un homme, représentant un écart de 17% en faveur des hommes. Selon le cabinet du ministre fédéral des Pensions, Jan Jambon, la réforme n’aura « pas d’impact disproportionné sur les femmes ».


387 euros, c’est l’écart entre la pension légale moyenne d’un homme et d’une femme en 2023, représentant une différence de 17 % en faveur des hommes. Si l’on prend en compte le deuxième pilier, l’écart de la pension complémentaire augmente à 21 %, ce qui correspond en moyenne à 487 euros de moins chaque mois pour les femmes.

La réforme des pensions annoncée par le gouvernement De Wever aura-t-elle un impact sur cet écart ? « Bon nombre de nos réformes visent précisément à poursuivre la tendance actuelle et donc à continuer de combler l’écart entre les genres en matière de constitution de droits à la pension. Nous le faisons en octroyant davantage de poids aux périodes effectivement travaillées dans la constitution de droits à la pension et en encourageant l’allongement de la carrière », répond par e-mail le cabinet du ministre fédéral des Pensions, Jan Jambon (N-VA).

Le nouveau régime de pension a donc pour objectif de « combler l’écart entre les genres » en assurant une égalité entre les sexes et en encourageant les travailleurs à prolonger leur carrière, « ce qui réduit structurellement leur risque de pauvreté », ajoute le cabinet. Cette philosophie a été réaffirmée par le ministre des Pensions, qui a promis que la réforme « n’aura pas d’impact disproportionné sur les femmes » le 21 juillet.

Le Comité d’étude sur le vieillissement, un organe public chargé d’analyser les conséquences sociales et budgétaires du vieillissement, a évalué les effets de la réforme des pensions. Dans son rapport annuel publié en juillet 2025, il a mesuré l’écart entre un scénario intégrant les mesures et un scénario avec mesures inchangées.

Les femmes salariées seront les plus durement touchées par cette réforme dans son ensemble. D’ici 2040, leur pension diminuera en moyenne de 5,6 %, tandis que celle des hommes baissera de 4,3 %. D’ici 2070, cette diminution moyenne sera de 8,3 % pour les femmes salariées, contre 7,9 % pour les hommes salariés.

La limitation temporaire de l’indexation des pension les plus élevées impacte logiquement davantage les hommes, qui sont plus nombreux à recevoir ces grosses pensions. Il en va de même pour la réforme sur les « tantièmes » : les hommes, souvent concernés par ces régimes avantageux, tels que ceux de la police, ressentiront un plus grand effet.

Une légère sous-estimation est à prévoir. Ce pourcentage « est obtenu par addition des effets individuels », explique le Comité d’étude sur le vieillissement. « Il convient toutefois de noter que certains effets individuels n’ont pas pu être évalués, ce qui entraîne une légère sous-estimation de l’impact global. » Cela signifie que les pourcentages avancés pourraient être plus élevés.

Dans le détail des mesures de cette réforme, le malus pension impacte particulièrement les femmes. Parmi les femmes salariées souhaitant prendre une retraite anticipée, une sur deux (49 %) connaître un abattement sur le montant de leur pension. Une fois la réforme appliquée, parmi les hommes salariés qui souhaitent prendre une retraite anticipée, ce pourcentage sera de 22 %, soit un homme sur cinq.

Laurène Thil souligne les « différences structurelles du marché du travail », qui ont un impact sur la pension. Elle identifie plusieurs facteurs expliquant les carrières inégales entre hommes et femmes :

– Le recours au temps partiel.
– Davantage de congés maladie en moyenne que les hommes.
– Des emplois généralement moins bien rémunérés.

Les femmes ayant moins de jours de travail cumulé sont aussi largement celles qui travaillent à temps partiel. En 2024, 40,2 % des femmes salariées sont dans cette situation, contre 12,1 % des hommes salariés, selon l’Office belge de statistique, Statbel.

Le coût d’un enfant sur la carrière des femmes figure parmi les revendications de la CNE. « S’attaquer aux périodes assimilées sans agir sur les causes – manque d’emplois, temps partiels subis, manque de places en milieu d’accueil, absence de services de soutien aux personnes dépendantes – c’est s’en prendre frontalement aux femmes », conclut le syndicat.

Cependant, pour le cabinet Jambon, « à terme, cette réforme réduira l’écart entre les pensions. Actuellement, la constitution des droits à la pension est désavantageuse pour les femmes qui accumulent de nombreuses périodes de non-travail assimilées. Nous n’essayons donc pas de combler le fossé entre les genres en nous résignant à l’inégalité socio-économique actuelle entre les hommes et les femmes, mais bien en fournissant un incitant supplémentaire à une participation accrue au marché du travail, pour hommes et femmes. De ce point de vue, notre réforme des pensions est également un projet émancipateur par excellence. »

Enfin, d’autres éléments cités par la docteure de l’Université de Leuven pointent les congés maladies comme étant une autre raison de l’écart de pension entre hommes et femmes. Bien que la réforme envisage de les intégrer dans les 42 à 44 années nécessaires pour accéder à la pension anticipée, ceux-ci ne sont pas pris en compte dans les 156 jours au-delà desquels le malus s’applique.

Les femmes sont encore plus touchées par les incapacités de travail prolongées. « Les femmes représentent près de 60 % des invalidités toutes causes confondues. Pour les invalidités liées à des dépressions ou à un burn-out, ce pourcentage grimpe à 69 %, » détaille l’Institut national d’assurance maladie-invalidité, l’Inami.

Le Conseil supérieur de l’emploi identifie plusieurs causes sociétales. « La prévalence de problèmes de santé chroniques est plus élevée et la santé perçue est moins bonne chez les femmes, en particulier durant la vie active. Ce fait pourrait également être lié à la charge des responsabilités domestiques assumées dans le foyer. »

Effectivement, il apparaît que lorsque les hommes et les femmes vivent ensemble, ce sont encore les femmes qui consacrent en moyenne le plus de temps aux tâches ménagères (cuisiner, nettoyer, gestion administratif) d’après les chiffres de 2022 de l’Institut européen pour l’égalité des genres. En Belgique, les hommes sont aussi nombreux que les femmes à réaliser ces tâches lorsqu’ils vivent seuls : 71 %. En couple, ce pourcentage descend à 60 %, alors qu’il atteint 80 % chez les femmes. Avec un enfant, l’écart s’élargit encore : seulement 46 % des hommes affirment faire des tâches ménagères quotidiennement, contre 76 % des femmes.

Laurène Thil conclut que « pour avoir des retraites égales, il faudrait dès le départ avoir des carrières plus équitables. Cela inclut la capacité de s’occuper des enfants ou d’être en congé parental. Ce n’est pas quelque chose qui se corrige à l’heure de la retraite, mais qui doit se préparer à l’avance. »