Belgique

Réforme des allocations chômage : les CPAS vont devoir faire plus avec moins

Depuis janvier 2026, David Weytsman, président du CPAS de Bruxelles, indique que « sur un territoire comme ici, on a 8000 personnes concernées par la réforme, 1000 pour la première vague. » Sandrine Xhauflaire, conseillère à l’UVCW, explique qu’il y a moins de 10% de refus lorsque les exclus des allocations chômage viennent demander leurs droits.


Depuis janvier 2026, ce sont les exclus de la première vague qui se présentent chez David Weytsman, président du CPAS de Bruxelles. « Sur un territoire comme ici, on a 8000 personnes concernées par la réforme, 1000 pour la première vague. On avait estimé que 420 personnes devaient arriver au CPAS en janvier-février, et là on est à 250. Ça veut dire que les gens étaient bien informés, arrivent petit à petit ». Cette vague concerne uniquement les chômeurs de plus de vingt ans et les bénéficiaires des allocations d’insertion ouvertes au plus tard le 1er janvier 2025.

« Il y a pas mal d’exclus des allocations d’insertion qui viennent moins, et il y a moins de 10% de refus quand les exclus des allocations chômage viennent demander leurs droits », explique Sandrine Xhauflaire, conseillère à la Fédération des CPAS de l’Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW). « C’est très inférieur à ce qu’on a habituellement. Les campagnes de communication ont fonctionné, les personnes qui n’y ont pas droit ne se présentent pas. » Cependant, pour Benjamin Scandella, président du CPAS de Farciennes et membre du PS, « ça va parce qu’on n’a pas attendu les moyens complémentaires promis par le gouvernement fédéral pour prendre les devants, s’organiser, informer ».

La crainte concerne surtout les prochaines vagues, qui toucheront les personnes âgées de plus de vingt ans et comptant moins de huit ans de chômage, progressivement en mars et avril. « On craint pour la suite : tous ceux qui n’ont pas eu leur allocation dans les derniers jours, qui n’ont pas bien compris qu’ils étaient exclus, vont s’en rendre compte, et puis les deuxième et troisième vagues, où il n’y a plus que des exclus du chômage, vont venir massivement dans les CPAS », s’inquiète Sandrine Xhauflaire de l’UVCW.

Les rapports officiels prévoyaient à 30% la part d’exclus du chômage se tournant vers les CPAS. Un taux qui varie selon les territoires et les profils, souligne David Weytsman, membre du MR et défenseur de la réforme. Mais pour la conseillère de la Fédération des CPAS, en Wallonie, « la tendance serait autour des 50% », au-delà des prévisions, mais aussi au-delà des budgets prévus par l’État : « Nous estimons qu’un milliard d’euros sera à charge des CPAS pour l’ensemble de la législature et pour tous les CPAS belges, aides déduites. Car les compensations financières vont couvrir une partie des allocations versées, mais rien d’autre. Le personnel, les locaux, l’insertion professionnelle… rien ne sera pris en charge ». Et ce chiffre d’un milliard a été calculé si un tiers des exclus viennent effectivement demander de l’aide. « Si on est en fait plutôt autour de 50%, ce sera au-delà du milliard ».

Un poids financier pour les communes et les établissements d’action sociale, qui découvrent au fil des semaines les nouvelles règles de financement, témoigne Romain, directeur général du CPAS de Neufchâteau : « On nous a présenté des taux de remboursement majorés [pourcentage du RIS remboursé au CPAS par l’État, ndlr.] pour les exclus du chômage, mais il n’y en a pas pour les exclus des allocations d’insertion. On a appris récemment que pour les personnes qui retrouvent une activité pendant une courte durée, un CDD, et reviennent ensuite vers une allocation du CPAS, on ne bénéficiera pas du taux majoré. Est-ce qu’il y a vraiment une volonté de remise à l’emploi, ou ce ne sont que des variables d’ajustement ? » interroge-t-il.

David Weytsman souligne également que, si la situation de son CPAS à Bruxelles ne souffre pas financièrement pour l’instant, « ça peut devenir compliqué si on n’est pas rapidement efficaces, car les mécanismes de financement sanctionnent les CPAS qui ne parviennent pas à remettre les gens à l’emploi ».

La conseillère de l’UVCW abonde : « Il doit y avoir dans un premier temps tout un travail d’insertion sociale, de stabilisation, de remobilisation ». Seulement, la question du financement pourrait encore une fois entraver le bon fonctionnement des CPAS. « Là-dessus, non seulement on n’a pas de moyens du tout, mais on a eu des coupes de subventions. Certains services qui font de l’insertion socio-professionnelle ont été déformés pour renforcer les services de première ligne, c’est-à-dire l’accueil à la personne. On va nous demander de faire plus avec moins », conclut-elle.

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