Qu’est-ce que l’inquiétant « syndrome du pare-brise », qu’une application vous permet de mesurer ?

Il y a quelques dizaines d’années, conduire une voiture pendant plusieurs heures, nous assurait de voir notre pare-brise parsemé de taches laissées par des insectes malchanceux. Aujourd’hui, les vitres restent presque immaculées. L’application « Bugs matter » a pour but d’analyser ce phénomène.

Le syndrome du pare-brise

Les insectes disparaissent à une vitesse alarmante. Les entomologistes ont surnommé ce phénomène, « le syndrome du pare-brise ».

Une étude australienne de 2019 explique que les populations d’insectes diminuent huit fois plus rapidement que les autres populations animales. A long terme, ce phénomène aura un terrible impact sur la biodiversité. « Les insectes forment l’un des socles de la chaîne alimentaire des écosystèmes terrestres, pollinisent les cultures et recyclent les nutriments dans les sols », rappelle le journal Le Monde.

60% des oiseaux sont insectivores. En Wallonie, on constate que les oiseaux migrateurs déclinent fortement depuis 1992. En agriculture, 75 à 80% des plantes cultivées dépendent des insectes.

Une application d’observation scientifique

Conçue par des scientifiques britanniques, l’application « Bugs matter » fonctionne sur la base du volontariat.

Les utilisateurs téléchargent l’application sur leur téléphone, et fixent une petite plaque sur le devant de leur véhicule, un éclaboussomètre (splatometer, en anglais). L’application relève toutes les caractéristiques du trajet de l’utilisateur (vitesse moyenne, paysages traversés, type de routes empruntées, heure et date du voyage, météo, etc.). Ensuite, une photo de l’éclaboussomètre prise par le conducteur à la fin de son trajet permet à l’application de compter le nombre d’insectes écrasés au long du voyage.

L’enquête n’a pas marché en continu. En 2004, les données d’1,4 million de kilomètres ont été récoltées, soit 200 000 insectes percutés. En 2019 et 2021, 195 000 kilomètres de routes ont été analysés.

Des résultats inquiétants

Le Kent Wildlife Trust et The Invertebrate Conservation Trust ont publié les résultats de l’enquête vendredi 6 mai. En 2004, un automobiliste percutait 0,15 insecte chaque kilomètre, contre 0,062 en 2021. Ce résultat montre la perte de 60 % des insectes volants entre 2004 et 2021.

Au Royaume-Uni, l’Angleterre est la nation la plus touchée, avec une baisse d’insectes de 65% entre 2004 et 2021. Cette diminution est en adéquation avec les tendances observées dans d’autres pays européens.

En Belgique, « la biomasse d’insectes diminue considérablement », indique Antoine Lebrun, directeur de WWF Belgique. Les insectes sont un aliment essentiel pour les oiseaux. En Wallonie, on constate que les oiseaux insectivores déclinent fortement. On observe la baisse la plus prononcée à Bruxelles, moins 62,4% depuis 1992.