Quatre ans de guerre en Ukraine : trois scénarios pour l’avenir.
La Russie a enregistré « plus de 1.250.000 tués et blessés » parmi ses personnels selon les renseignements britanniques au 24 février 2026. En 2023, l’Otan prédisait dans un rapport que la Russie « sera capable de mener une guerre à grande échelle d’ici la fin de la décennie ».
**1. Recul des forces ukrainiennes : la Russie, en position de force, lance des agressions hybrides sur l’Europe**
Les avancées territoriales de la Russie en Ukraine d’ici 2025 et la volonté de Vladimir Poutine de moderniser son équipement militaire ainsi que de développer les forces nucléaires renforcent la plausibilité de ce scénario pour 2030. L’épuisement des troupes ukrainiennes pourrait également les rendre plus vulnérables.
Une Russie de plus en plus agressive envers l’Ukraine poserait à moyen terme une menace à la sécurité de l’Union européenne. En 2023, l’OTAN prédisait dans un rapport que la Russie serait en mesure de mener une guerre à grande échelle d’ici la fin de la décennie. Parallèlement, plusieurs États européens, en particulier l’Allemagne, intensifient leur réarmement avec l’ambition de figurer parmi les premières armées d’Europe dans les années à venir. Cyrille Bret, spécialiste des questions de défense, estime que l’Europe « ne sera pas prête en quelques années à des combats de haute intensité, parce que les Européens partent de trop bas ».
Toutefois, la menace russe en Europe se manifesterait plutôt par « de la subversion, de l’infiltration, des sabotages en périphérie des conflits », ce qui constituerait une poursuite de la guerre hybride déjà en cours. Selon Cyrille Bret, « c’est là que l’Europe doit investir de manière significative pour sa sécurité, notamment dans la cyberdéfense, la cybersécurité et la défense anti-aérienne, avant de se préparer aux combats de chars ». Avec des investissements adéquats, l’Union européenne devrait être en mesure de répondre aux menaces russes d’ici quatre ans, pense le chercheur.
**2. La Russie obligée de solliciter ses alliés, au risque d’internationaliser le conflit**
L’intensification de l’effort de guerre de la Russie sur le front ukrainien a affaibli l’économie russe, note Aude Merlin, spécialiste du pays : « Le bilan de 2025 est bien moins optimiste que les années précédentes, le taux de croissance a baissé ». Avec 40% des dépenses publiques et 8% du PIB destinés au complexe militaro-industriel, l’économie civile et la main-d’œuvre subissent une pression croissante. Selon les renseignements britanniques, au 24 février 2026, « les pertes de personnel russe, s’élevant à plus de 1.250.000 tués et blessés, ont sapé la qualité des forces russes. La plupart des soldats en service ont reçu une formation minimale, obligeant les commandants russes à recourir à des tactiques basiques pour réaliser des avancées, malgré les taux de pertes élevés associés ».
Dans le même temps, le président russe ambitionne d’augmenter les capacités de l’armée à 1,5 million d’hommes, ce qui l’incite à recourir à « des mercenaires, venus d’Inde ou de Corée du Nord, puisqu’il est essentiel de renouveler en permanence les effectifs, avec entre 30 et 35.000 hommes perdus chaque mois », selon Aude Merlin.
Si la situation devait se détériorer pour la Russie dans les années à venir, elle pourrait « redoubler d’agressivité et mobiliser ses alliés militaires, notamment en Biélorussie, Corée du Nord et Iran, augmentant ainsi le risque d’une régionalisation du conflit ». Le 23 février 2026, Volodymyr Zelensky affirmait sur la chaîne de télévision publique BBC que l’Ukraine prévenait que cette guerre « ne se transforme en une Troisième Guerre mondiale à grande échelle ».
La seule incertitude de cette hypothèse réside dans le rapprochement de la Chine avec son partenaire russe. « La Russie est très dépendante économiquement de la Chine, et le rapport de force est en faveur de cette dernière », constate Aude Merlin. « L’obsession des États-Unis est aussi de maintenir une forme de rivalité entre la Chine et la Russie. Je ne vois pas actuellement de scénario où la Chine s’impliquerait davantage aux côtés de la Russie ».
**3. Une spirale d’affrontements indéfinis, au détriment des populations russe et ukrainienne**
Ce scénario est jugé le plus probable par les deux experts.
« C’est la survie des Ukrainiens en tant que nation qui est en jeu, et cela représente un enjeu existentiel pour la Russie, pour la présidence de Vladimir Poutine, ainsi que pour la place que la Russie tente de reconquérir sur la scène internationale par la force », résume Cyrille Bret, spécialiste des questions de défense et de sécurité. La guerre a une dimension politique pour le président russe, ajoute Aude Merlin : « Pour Vladimir Poutine, l’enjeu est de demeurer au pouvoir. Relancer une guerre est lié à un durcissement de l’autoritarisme, mobilisant la société et renforçant des mesures liberticides pour empêcher que de véritables ambitions citoyennes n’émergent ».
La professeure de sciences politiques observe également un contraste frappant entre « les gesticulations des discussions géopolitiques sur une éventuelle sortie de guerre, et des combattants ukrainiens qui poursuivent leur résistance au quotidien ». Selon elle, l’engagement des troupes sur le terrain persiste au nom des valeurs démocratiques, « pour ne pas vivre sous un modèle autoritaire russe ».
Pour les deux camps, le coût d’un arrêt de la guerre dans les années à venir serait trop élevé, tant sur le plan politique, stratégique que des valeurs que chacun prétend défendre. « Cette guerre indéfinie justifie la répression à l’intérieur de la Russie et affaiblit durablement l’État ukrainien, tant d’un point de vue politique qu’économique, militaire et humanitaire. La logique existentielle des affrontements contraint les populations à subir les conséquences d’une guerre extrêmement prolongée », avertit Cyrille Bret.
► **Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast *Le Monde en direct* ci-dessus.**

