Quand le sport ne s’adapte pas à la morphologie féminine : « Changer l’équipement, pas le corps »
Alexandra Tondeur, triathlète belge, souligne que « le matériel n’est généralement pas conçu pour la morphologie féminine » dans les sports d’endurance. Une étude publiée dans le British Medical Journal montre que les chaussures de running sont historiquement développées à partir d’un moule basé sur l’anatomie masculine, puis redimensionnées pour les modèles féminins.
« On s’adapte à du matériel pensé pour les hommes », résume la triathlète belge Alexandra Tondeur. Dans les disciplines d’endurance, où l’équipement est crucial pour le confort et la performance, il est souvent constaté que le matériel n’est pas conçu pour la morphologie féminine.
« Je fais 180 kilomètres à vélo. On se rend vite compte que les selles ne sont pas pensées pour la morphologie féminine mais pour la morphologie masculine. Or le bassin d’une femme et celui d’un homme ne sont pas les mêmes », explique-t-elle.
Elle souligne que cette problématique touche de nombreux équipements sportifs. « Les selles, les cuissards, les chaussures… Beaucoup d’équipements sont pensés pour les hommes. On a l’impression que les femmes doivent se greffer au matériel existant, même quand il s’agit de très haute performance. »
En tant qu’entraîneuse, elle observe la même réalité chez les sportives qu’elle accompagne. « Certaines ne trouvent tout simplement pas le matériel adapté à leur morphologie. » L’exemple du vélo est particulièrement significatif. « Des athlètes de petite taille, par exemple, ne trouvent pas de vélo de grande marque simplement parce qu’il n’existe pas dans leur taille. »
Au-delà du confort, des conséquences physiques peuvent en résulter. « Une selle non adaptée peut provoquer des douleurs. Des chaussures inadaptées peuvent entraîner des problèmes de dos, de hanches ou de tendon d’Achille. »
### Les produits masculins « déclinés » pour les femmes
Ces observations rejoignent les conclusions d’une étude récente parue dans le British Medical Journal, consacrée aux besoins des coureuses en matière de chaussures de running. Les participantes y expliquent devoir souvent s’adapter à l’équipement disponible plutôt que de trouver un produit réellement conçu pour elles.
Le confort, la prévention des blessures et la performance apparaissent comme les critères principaux dans le choix de chaussures. Plusieurs coureuses évoquent le besoin d’une boîte à orteils plus large, d’un talon mieux ajusté et d’un amorti plus important.
« On réduit simplement un produit masculin et on le décline en version dite ‘féminine' », déclare Alexandra Tondeur, triathlète belge.
Les chercheurs de cette étude rappellent que les chaussures de running sont généralement conçues à partir d’un moule tridimensionnel du pied, appelé « last », historiquement basé sur l’anatomie masculine, puis redimensionné pour les modèles féminins.
### Un équipement inadapté dans de nombreux sports
Comme l’a souligné Alexandra Tondeur, ce décalage ne se limite pas au running. Dans le cyclisme, les vélos destinés aux femmes ont longtemps été de simples versions plus petites de modèles masculins. Bien que certaines marques repensent désormais leurs selles pour mieux correspondre à la morphologie féminine, ces évolutions restent encore limitées.
Ce constat est également valable dans d’autres disciplines. Quelques équipements commencent à intégrer les différences morphologiques, notamment en randonnée ou en ski, mais ces adaptations ne sont pas encore généralisées.
« Dans beaucoup de disciplines, les hommes restent majoritaires », indique Alexandra Tondeur.
Elle relate que la situation s’explique aussi par l’histoire du sport. « Dans beaucoup de disciplines, les hommes restent majoritaires et les marques produisent ce qui se vend le plus. » Cependant, cette logique peut perpétuer le problème. « Je ne suis pas experte en la matière, mais ce que je constate sur le terrain, c’est que le matériel haut de gamme est souvent pensé pour les hommes, comme si les femmes avaient un niveau moyen par défaut. »
### Concevoir à partir du corps féminin
Face à ce constat, certaines entreprises tentent de modifier la logique de conception. Céline Champonnet, fondatrice de la marque française Wilma, spécialisée dans les vêtements de cyclisme et de course à pied, en est un exemple.
Après un parcours dans le textile, elle découvre le vélo en 2018 et réalise l’écart entre les besoins des sportives et l’offre existante. « Je me suis vite rendu compte que ce sport était très masculin, tant au niveau de l’accessibilité que des équipements. »
La marque a d’abord développé une peau de chamois adaptée à la morphologie féminine. « En cyclisme, on ne porte pas de sous-vêtements sous le cuissard. Pour les femmes et les filles en période de règles, cela peut devenir très compliqué. Certaines renoncent à rouler. »
Wilma a alors développé une solution intégrant une technologie menstruelle et une mousse ajustée aux points d’appui féminins. « On part du corps des femmes, de leur morphologie, de leur physiologie et de leur pratique sportive, et ensuite on construit le produit autour de ça », explique Céline.
Elle mentionne également des témoignages significatifs dans le monde du cyclisme. Lors d’une conférence, la para-cycliste française Marie Patouillet évoquait encore souffrir de douleurs dues à une selle mal adaptée, plusieurs mois après le début de sa pratique. « Cela montre que ces questions sont bien réelles », ajoute Céline. « Il faut changer le vêtement, pas le corps des femmes. »
### Un enjeu d’accès au sport
Pour Alexandra Tondeur, cette question dépasse largement le simple équipement. « Pendant longtemps, les femmes ne pouvaient même pas courir le marathon. On a donc déjà beaucoup évolué. » Elle estime que le matériel reste un facteur clé pour encourager les femmes à pratiquer un sport. « Si les équipements ne sont pas adaptés, certaines femmes arrêtent. À l’inverse, un matériel adapté peut donner envie de continuer. »
« Ma revendication, en tant que femme, c’est que ma différence soit prise en compte et que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin », conclut-elle, citant Simone Veil : « ma revendication, en tant que femme, c’est que ma différence soit prise en compte et que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin. »
L’étude sur les chaussures de running met en lumière le décalage entre les besoins exprimés par les sportives et la manière dont les produits ont été historiquement développés. Il en ressort que l’enjeu est désormais de concevoir des équipements qui tiennent réellement compte de la morphologie féminine, afin d’offrir aux sportives des conditions d’exécution adaptées à leur corps.
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