Propriétaire, louer via une Agence immobilière sociale : « De nombreux avantages compensent la différence de loyer »
Dans la région de Bruxelles-Capitale, le chiffre des ménages sur liste d’attente pour un logement social est de 59.096 fin 2025. Environ 20.000 ménages sont actuellement sur liste d’attente d’Agences immobilières sociales à Bruxelles, tandis que 22.000 ménages le sont en Wallonie.
Dans la région de Bruxelles-Capitale, la liste d’attente pour un logement social atteindra 59.096 personnes d’ici fin 2025, tandis que plus de 905.000 Belges détiennent plusieurs propriétés, selon le SPF Finances, un chiffre record. Ce contraste entre multipropriétaires et demandeurs de logement soulève la question de la création de liens entre ces deux catégories. Une des solutions pourrait venir des Agences immobilières sociales (AIS), qui proposent des logements privés accessibles aux personnes en difficulté économique.
Frédéric Thiry, propriétaire d’un appartement de deux chambres à Schaerbeek, a décidé d’offrir son bien par le biais d’une AIS. L’appartement, d’environ 65 mètres carrés, était auparavant son atelier. « Je suis dessinateur, illustrateur et cet appartement était mon atelier. Mais à un moment, pour des questions personnelles, mon atelier s’est déplacé. Cet appartement s’est donc libéré. Je savais que le jour où cela arriverait, je passerais par une agence immobilière sociale », explique-t-il.
C’est ainsi que Mathilde Maillard, artiste, a pu emménager avec son fils Olaf, 10 ans. « Ça fait tout juste un an que je suis ici. J’étais sur les listes d’attente pour un logement social, mais je n’avais pas beaucoup d’espoir et je n’avais pas les moyens d’acheter. C’est finalement l’asbl Angela D. qui a un partenariat avec l’AIS de Schaerbeek qui m’a permis de m’installer ici », indique-t-elle.
Lors de ce reportage, Frédéric et Mathilde se rencontrent, mais généralement, les propriétaires et locataires des AIS ne se côtoient pas. C’est l’agence qui gère tout, depuis les visites initiales jusqu’à la mise en conformité du bien après le bail (hors usure locative).
La plupart des offres pour des appartements similaires à Bruxelles dépassent les 1.000 euros charges comprises, un prix prohibitif pour Mathilde. Grâce à l’appartement de Frédéric, elle a trouvé un logement qui répond mieux à ses besoins.
Frédéric souligne la tranquillité d’esprit que lui procure l’AIS, qui se charge des contacts avec les locataires. « Je suis content qu’un intermédiaire ait fait ce choix à ma place sur base de critères précis », commente-t-il.
Audrey Somers, de l’Agence immobilière sociale de Schaerbeek, clarifie : « C’est l’AIS qui fait le lien, qui fait le pivot entre le propriétaire et le locataire. Au niveau du contrat de bail, l’AIS est la locataire du propriétaire et le locataire du bien est le sous-locataire de l’AIS. » Ainsi, il y a deux contrats de bail à Bruxelles : un entre Frédéric et l’AIS, et un autre entre l’AIS et Mathilde. En Wallonie, les AIS signent un mandat de gestion qui a le même résultat.
Frédéric bénéficie de la garantie de percevoir ses loyers chaque mois, même si son bien devient inoccupé ou si Mathilde a des difficultés à le payer. Dans ce cas, l’AIS assistait Mathilde pour trouver des solutions. Les AIS visitent leurs locataires au moins une fois par an, avec une fréquence accrue en cas de problèmes.
Un autre avantage pour Frédéric est que l’AIS gère les contrats de bail et s’occupe des petites réparations et de l’entretien. Mathilde a un contact direct en cas de problèmes dans son appartement.
Concernant la durée du contrat de bail, elle est flexible. À Bruxelles, elle est d’au moins 3 ans et s’étend généralement sur 9 ans. Si Frédéric devait changer de projet, il peut résilier le contrat en respectant un préavis de 6 mois. L’AIS doit en conséquence proposer un autre bien à Mathilde.
Les propriétaires passent par une AIS bénéficient également d’aides financières pour les travaux de rénovation ou de construction. À Bruxelles, par exemple, le taux de TVA est réduit à 12 % pour les constructions neuves si le propriétaire passe par une AIS durant au moins 15 ans. En Wallonie, le Fonds du Logement accorde des prêts à 0 % et des subventions pour les rénovations, sous la même condition.
Ces avantages attirent des propriétaires variés, des particuliers comme Frédéric aux sociétés possédant un important parc immobilier. Les AIS gèrent ainsi plus de 8.000 logements à Bruxelles et près de 10.000 en Wallonie.
Mathilde conclut : « Je trouve que c’est une solution apaisante par rapport aux relations propriétaires-locataires. On a tendance à opposer ces deux statuts. À titre personnel, j’ai déjà vécu des relations complexes avec des propriétaires, donc ça peut être inquiétant pour les uns comme pour les autres. Les AIS permettent d’apaiser les relations grâce à une tierce entité. » Malgré ces solutions, environ 20.000 ménages sont en attente d’une AIS à Bruxelles et 22.000 en Wallonie.

