Propagande djihadiste en ligne : enquête sur la radicalisation des jeunes
La propagande djihadiste circule sur divers sites web, canaux de conversation comme Telegram, groupes privés ou réseaux sociaux publics tels que Tik Tok. En août 2015, l’État islamique a atteint un pic avec plus de 700 productions numériques à gros budget réalisées sur un mois.
Notre enquête nous plonge dans ce que l’on appelle la « djihadosphère« , un univers virtuel dédié à la diffusion de la propagande djihadiste. Cela englobe des sites web, des canaux de communication tels que Telegram, des groupes privés et des réseaux sociaux publics comme TikTok. Des vidéos et des images sont régulièrement partagées sur ces plateformes.
Douze secondes de danse, douze secondes de propagande djihadiste
La photo ci-dessous représente un exemple de propagation de la propagande djihadiste. Dans le cadre de notre enquête, nous avons choisi de vous la présenter afin de l’analyser ensemble. Il s’agit d’une capture d’écran d’une vidéo de douze secondes, réalisée avec l’intelligence artificielle. Un homme vêtu de noir est en train de danser dans une scène banale, ressemblant à de nombreux contenus que l’on peut trouver sur TikTok, par exemple.
Le protagoniste de cette image est Naveed Akram, l’un des deux terroristes impliqués dans la fusillade de masse sur une plage de Sydney, en Australie, survenue le 14 décembre 2025, le jour de la fête juive Hanoucca. Son visage, photographié lors de cet attentat antisémite, a été utilisé pour créer une animation.
La plateforme n’a pas répondu à notre demande concernant le nombre de profils djihadistes actifs, mais affirme déployer des efforts considérables pour lutter contre la propagande.
« Comme indiqué dans notre dernier rapport de transparence pour la période de juillet à septembre 2025, 99,3% des contenus en infraction sont supprimés de manière proactive. Dans la catégorie ‘organisations et individus violents et haineux’ : 99,1% des contenus ont été supprimés de manière proactive durant cette période » répond TikTok.
La plateforme précise « utiliser une combinaison de technologies et de modération humaine pour identifier, analyser et, si nécessaire, supprimer les contenus ou comptes qui violent les règles de la communauté. Comme mentionné dans notre rapport DSA, environ 112 millions de contenus ont été supprimés pour violation de nos règles communautaires, de juillet à décembre 2025 » ajoute le responsable communication de TikTok.
Je suis étonné que leur combinaison de technologies n’ait pas fonctionné pour supprimer trois profils djihadistes trouvés en cinq minutes
« Depuis plusieurs années, les grandes plateformes numériques, dont Meta, X et TikTok, annoncent prendre de sérieuses mesures contre les contenus violents et terroristes. Pourtant, ces contenus continuent de proliférer. Cela pose évidemment la question de l’efficacité de ces mesures… » constate Thomas Renard, directeur du Centre International de Lutte contre le Terrorisme (ICCT) et chercheur associé à l’Institut Egmont.
Un radicalisme violent public ou caché
Derrière les milliers de contenus publics se cachent des « influenceurs djihadistes ». En s’abonnant à des comptes et en « aimant » certains contenus, on accède à un monde plus clandestin, composé de groupes privés ou de discussions sur Telegram.
Tahar Elhamdaoui, coordinateur pédagogique de l’association Desistance, aide d’anciens détenus à se réinsérer. Certains d’entre eux, qui avaient été radicalisés, lui ont expliqué leur parcours d’embrigadement.
Tahar Elhamdaoui aide des jeunes radicalisés à se réinsérer
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Certaines vidéos du groupe terroriste État islamique, produites entre 2014 et 2017, sont rediffusées telles quelles. D’autres sont modifiées et légèrement ajustées pour inclure des actualités. L’objectif est d’éveiller des réactions telles que la peur, la colère ou le sentiment d’injustice chez les sympathisants radicaux.
Une propagande djihadiste alimentée par des sympathisants
En août 2015, l’État islamique avait atteint un sommet avec plus de 700 productions numériques à fort budget réalisées en un mois. Ce contenu a contribué et continue de contribuer au recrutement en ligne.
Aujourd’hui, il n’existe plus d’organe de propagande officiel de l’État islamique. La diffusion de la propagande est désormais décentralisée, soutenue par des sympathisants qui republient, actualisent et reformatent le contenu.
La plateforme jihadoScope qui analyse la stratégie de communication des groupes extrémistes violents, note qu’il existe aujourd’hui un phénomène d’hybridation entre les contenus djihadistes et la culture populaire, tels que le cinéma, les jeux vidéo, et d’autres contenus ludiques ou humoristiques. Toutes ces productions tendent à normaliser la violence.
Dans ce contexte, l’OCAM, qui évalue l’état de la menace en Belgique, affirme que la radicalisation en ligne parmi les jeunes constitue un défi majeur. 30% des dossiers pour terrorisme et extrémisme ouverts chez nous concernent des mineurs.
