Projet Lama : missions réduites, risque de catastrophe socio-sanitaire à Bruxelles
Une vingtaine de personnes ont pris place dans un campement de fortune installé près de la gare du midi à Bruxelles. Depuis le 1er janvier 2026, le Projet Lama a perdu 2 de ses 4 équipes mobiles, laissant l’association avec seulement 10 employés au lieu de 30.
Une vingtaine de personnes vivent dans un campement de fortune situé près de la gare du Midi à Bruxelles. La situation est déplorable. Les tentes sont en mauvais état, entourées de déchets, et l’odeur est insupportable. Eric Ancion, travailleur social du Projet Lama, explique : « Vous vous trouvez sur un site qui va être évacué la semaine prochaine. C’est un site qu’on connaît depuis déjà un moment. Nous avons identifié plusieurs personnes avec diverses problématiques de santé mentale et de consommation. »
À notre arrivée, une femme dénudée crie, visiblement sous l’influence de substances. Geneviève Gonry, également du Projet Lama, s’approche d’elle et explique : « Elle a décompensé psychiquement. Nous avons essayé de communiquer avec elle, mais c’était très difficile, surtout avec les hommes. Elle a voulu mettre fin à la conversation. » La femme évoque une agression et demande comment survivre et trouver de la nourriture. Geneviève Gonry ajoute : « Elle dort dans la rue. L’objectif est de trouver un réseau pour l’accompagner, mais dans ces conditions, c’est extrêmement compliqué. »
Un passant exprime son indignation : « Je suis choqué par la situation dans laquelle on laisse ces gens. J’habite juste en face, et ce n’est pas agréable de voir cela en bas de chez soi. On ne se sent plus en sécurité. » Ce sentiment est partagé par Geneviève Gonry, Eric Ancion, et Sadibou Diop, tous trois travailleurs pour le Projet Lama. Récemment, ils ont lancé un appel à l’aide via une carte blanche, soulignant qu’en l’absence d’un gouvernement en place, la Région ne peut pas renouveler le financement de certaines associations comme la leur. « L’absence de budget régional pour la deuxième année consécutive menace directement notre survie », expliquent-ils. Ils soulignent que cela aura des conséquences concrètes, notamment l’arrêt du travail des équipes mobiles du Projet Lama. Sans mesures urgentes, des centaines de personnes se retrouveront sans soins ni accompagnement à partir du 1er janvier 2026.
Depuis le 1er janvier 2026, le Projet Lama a perdu deux de ses quatre équipes mobiles. Celles-ci interviennent auprès des personnes en errance, en souffrance d’addictions et de problèmes de santé mentale. Plus de 10 000 personnes sont actuellement sans logement et errent dans les rues des 19 communes bruxelloises. Le Projet Lama agit dans chacune d’elles, mais évoque une vingtième commune, celle des personnes précaires en grande vulnérabilité. Alors que l’association comptait 30 employés, il n’en reste plus que 10 aujourd’hui, sans médecin. Geneviève Gonry précise : « Nous avions pour mission d’accompagner les personnes dans la rue, dans des centres d’hébergement d’urgence, des squats. Mais depuis le 1er janvier, faute de gouvernement, ces accompagnements s’arrêtent. Cela les laisse complètement à l’abandon avec une dégradation de leur santé mentale. Les équipes restantes ne peuvent pas assurer le même suivi. » Pourtant, le travail continue ; certains anciens employés poursuivent leur soutien.
Eric Ancion, toujours en poste, se prépare à se rendre au campement. La majorité des occupants semblent dépendants. « Je vais intervenir pour fournir du matériel stérile afin d’éviter la réutilisation de matériel et la transmission de maladies. » Des cas de tuberculose réapparaissent, ainsi que des infections cutanées. Il déclare : « L’état du camp est pitoyable. En matière de santé publique, c’est très compliqué. Il faut éviter que la consommation entraîne d’autres problèmes de santé liés à la propreté des lieux. C’est pourquoi nous leur fournissons du matériel. »
Les identités des personnes au camp sont variées, incluant des migrants et des Belges. Eric Ancion souligne la difficulté d’établir des liens solides, en raison du turnover élevé. « Le camp est adjacent à la gare, ce qui entraîne de nombreux va-et-vient. Les personnes ne sont pas toujours les mêmes, ce qui rend notre travail d’accompagnement complexe.”
À proximité, sous un pont, d’autres sans-abris s’installent au sol. Les passants les ignorent, souvent méfiants. Les travailleurs sociaux notent que la violence est fréquente dans cette zone, et que les plus jeunes en sont souvent les cibles. Sadibou Diop, qui a travaillé avec des mineurs étrangers non accompagnés, explique : « Nos activités se sont arrêtées par manque de subsides. Il n’y a plus d’équipe, ni de suivi spécialisé pour ces jeunes, en raison de l’absence de gouvernement à Bruxelles. »
Sadibou et son équipe assuraient une permanence au centre pour Ména à Forest, géré par le Samusocial. Il souligne que ces jeunes, sans encadrement, deviennent vulnérables face aux trafiquants. « Une de leurs vulnérabilités est liée à la traite des êtres humains. Avant, nous étions un paravent contre cela. Maintenant, les jeunes risquent d’être entraînés dans des réseaux criminels. » Il ajoute que, même s’il est important d’offrir un hébergement, un suivi et des activités sont indispensables pour les protéger.
Enfin, des conséquences sanitaires préoccupantes sont à prévoir. « Ce manque de prise en charge aura des incidences sur la santé publique et financiers », affirme Sadibou. « Il y a une recrudescence de maladies comme la tuberculose, et les problèmes de santé mentale deviennent de plus en plus compliqués à gérer. »

