Pourquoi Nemmouche et Bendrer sont liés indissolublement dans le crime

Belgique Pour Me François Koning, Mehdi Nemmouche ne s’est pas procuré que des armes à Marseille. Il s’y est aussi financé.

Elle est, des quatre victimes de la tuerie au Musée juif, celle dont on a le moins parlé. Dominique Sabrier, la réceptionniste bénévole âgée de 66 ans, est la seule à avoir vu toute la scène. Les époux Riva, tués quasiment à bout touchant d’une balle dans la nuque, ont été surpris par le tueur. Alexandre Strens a été atteint au front par une balle alors qu’il s’avançait vers l’entrée.

Dominique Sabrier a tout vu. Le tireur l’a littéralement achevée avec un tir de Kalachnikov alors qu’elle semble tenter d’actionner l’alarme. « Elle s’est vu assassiner par un terroriste. Elle a eu tout le temps de se voir mourir, tuée par un assassin déterminé », a plaidé mardi Me François Koning, l’avocat de la fille et du frère de Dominique Sabrier.

Me Koning s’est exprimé pendant près de six heures, pour appeler les jurés à « rendre justice aux victimes qui ont été assassinées ».

Il a rendu hommage aux trois douaniers, « envoyés par le ciel et la providence », qui ont mis un terme à la fuite vers Marseille de Mehdi Nemmouche et « sans qui on aurait été confronté à d’autres personnes pleurant leurs frères et leurs sœurs ».

Mais l’avocat est allé bien plus loin que le rôle traditionnel dévolu à un avocat de partie civile. Il a passé au crible tous les éléments qui, à ses yeux, prouvent la culpabilité de Mehdi Nemmouche et de Nacer Bendrer. Il a particulièrement insisté sur les éléments qui démontent les arguments avancés par la défense du premier accusé.

Le binôme Nemmouche-Bendrer

L’avocat en est convaincu, il ne faut pas séparer les deux accusés. Il en tient pour preuve la célérité avec laquelle Nacer Bendrer répond aux sollicitations de celui qu’il avait connu à la prison de Salon-de-Provence, où ils avaient été signalés en 2010 comme faisant partie du même pôle prosélyte radicalisé.

Le 9 avril 2014, à 21 h, Nemmouche contacte Mounir Attallah, qui avait été détenu avec eux à Salon-de-Provence. Attallah est un ami d’enfance de Bendrer. Il peut donc donner son numéro de téléphone. Trois minutes plus tard, relève Me Koning, Nemmouche contacte Bendrer.

Par sa copine, ce dernier se fait acheter à 23 h un ticket de TGV pour Bruxelles. Il emprunte le train le lendemain. Il rentrera à Marseille le 12 avril. Son téléphone, qui avait été coupé au moment de son départ, sera fort opportunément rallumé à son retour, rapporte Me Koning.

Le 25 avril 2014, Mehdi Nemmouche vient à Marseille. Selon Attallah, il était, rapporte Me Koning, porteur d’un grand sac vide. Pour l’avocat, c’est clair : c’est là qu’il a rangé la kalachnikov fournie par Nacer Bendrer. Mais l’avocat va plus loin.

Nemmouche rentre à Bruxelles le 29 avril. Le lendemain, il achète son ordinateur et les chaussures Calvin Klein qu’il porte le jour de son arrestation, ainsi que la caméra qui sera retrouvée à Marseille, toujours collée sur une de ses vestes.

Pour l’avocat, il est donc clair que Mehdi Nemmouche a reçu de l’argent à Marseille. À partir de ce moment, note Me François Koning, Mehdi Nemmouche « entre en mission ». Il se prépare à frapper.

Après la tuerie, il rentre à son appartement à Molenbeek. « À peine rentré, il veut voir les images de son œuvre ». Me Koning en tient pour preuve le fait que les experts informatiques ont pu établir que la caméra avait été reliée à l’ordinateur resté à Molenbeek trente minutes après la tuerie.

Mais il n’y a pas d’images. La caméra n’a pas fonctionné, comme le dira la voix qui revendiquera l’attaque sur le fichier vidéo retrouvé en possession de Nemmouche. « Vous devez imaginer son état d’esprit quand il voit que la caméra n’a pas fonctionné. C’est le drame. L’artiste n’a pas la preuve qu’il est l’auteur de l’œuvre », ironise Me Koning.

Or, relève l’avocat, la vidéosurveillance du Musée juif montre le tireur avec une caméra collée sur la veste à hauteur de la poitrine. Sur cet habit, où est toujours fixée la caméra lorsqu’on le saisit à Marseille, il n’y a qu’un ADN : celui de Nemmouche. C’est donc lui qui a tenté de la coupler à son ordinateur : « Voilà la preuve finale de sa culpabilité », conclut Me Koning. 

J. La.