Pourquoi Jeffrey Epstein est-il associé à de nombreuses personnalités publiques ?
L’administration américaine a publié une partie des documents concernant l’affaire Jeffrey Epstein, après avoir repoussé l’échéance à plusieurs reprises. Les documents regroupent des millions de mails, photos, vidéos, tickets de caisse et factures, et les personnes ayant interagi avec Epstein ne sont pas nécessairement impliquées dans des réseaux pédocriminels.
Après avoir repoussé à plusieurs reprises l’échéance, malgré les engagements de campagne de Donald Trump, l’administration américaine a finalement rendu publics certains documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein.
Des millions de courriels, photos, vidéos, ainsi que des tickets de caisse ou des factures sont rassemblés dans une base de données accessible sur le site du département de la Justice américain. Cette collection de documents est extrêmement vaste, et il faudra plusieurs mois aux journalistes pour établir des liens significatifs entre les éléments. Pour l’instant, de nombreuses personnes se contentent de rechercher des noms dans la base de données et d’examiner le nombre d’occurrences. Cette méthode s’avère efficace pour une large gamme de personnalités : Mick Jagger, Michael Jackson, Rihanna, mais aussi Bill Clinton, Donald Trump, Jack Lang, Marine Le Pen ou encore le prince Laurent et la princesse de Norvège.
Si tous ces noms apparaissent dans la base de données des dossiers Epstein, cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont tous participé à un trafic sexuel de mineurs. « Toute personne semblant faire partie de l’élite ou de l’establishment, vue aux côtés d’Epstein, est aujourd’hui soupçonnée. Mais bien sûr, 80 % des personnes, voire plus, qui ont croisé Epstein n’ont rien à voir avec ces réseaux pédocriminels ou ces malversations financières », souligne Romuald Sciora.
Le lien entre toutes ces personnalités réside davantage dans les lieux qu’elles ont fréquentés. Elles ont toutes partagé un moment dans la même pièce que Jeffrey Epstein, un personnage omniprésent dans le monde de la jet-set américaine. « Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’Epstein était au cœur du Gotha new-yorkais des années 90, 2000 et une partie des années 2010. Toute personne, plus ou moins connue, a pu le rencontrer. Je n’ai jamais rencontré Epstein, mais si vous vouliez établir un lien entre moi et le milliardaire Ted Turner ou Bill Gates, vous pourriez le faire simplement parce que je travaillais avec l’ONU et que ces personnes ont subventionné certains de mes projets. Vous-même, vous auriez vécu à New York, vous auriez peut-être été photographié avec Epstein. Donc, cela n’implique rien d’incriminant », ajoute Romuald Sciora.
Cependant, certains documents révèlent des liens bien plus problématiques que de simples rencontres, comme c’est le cas pour le prince Andrew d’Angleterre ou pour Jack et Caroline Lang.
Jeffrey Epstein provenait d’un milieu modeste. Sa fortune et son ascension dans le monde de l’élite ont été bâties grâce à des relations nouées avec des familles riches. Décrit comme un séducteur charismatique, il se rapproche de Leslie Wexner, propriétaire des marques Abercrombie & Fitch et Victoria’s Secret, dont il gère la richesse tout en construisant la sienne. Le jeune financier commence aussi à organiser des dîners et des soirées, où il invite un mélange de politiques, d’intellectuels et d’artistes. Progressivement, il devient « un homme de réseau », avec des objectifs clairs : « monter des coûts financiers et élargir ses réseaux, tisser sa toile d’araignée ». Romuald Sciora explique que ce qui a attiré autant de personnalités autour de lui, c’était « ce réseau, les connexions qu’il pouvait offrir. De plus, il était un donateur, un sponsor et un mécène ».
Le directeur de l’observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS décrit Epstein comme un aventurier, désireux de se bâtir une fortune, mais surtout « un homme de pouvoir » : « L’influence lui importait plus que sa fortune. En effet, il a dépensé des centaines de millions pour alimenter et créer ce réseau. Ce qui l’intéressait, c’était de régner sur cette gigantesque toile d’araignée. Et effectivement, il attirait dans cette toile des victimes, mais aussi des personnalités fascinées par son charisme et qui souhaitaient bénéficier de certains de ses contacts ou de son mécénat. Ce n’est pas la première fois qu’un individu de ce type opère à l’international, mais avec l’avènement des réseaux sociaux et d’Internet, c’est la première fois qu’un tel scandale explose. »
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