Belgique

Peter Magyar : de fidèle de Viktor Orban à père au foyer.

Peter Magyar, le chef du parti Tisza, a réussi à s’affirmer comme un opposant crédible au Premier ministre hongrois Viktor Orban, en promettant un changement total et en jurant de démanteler « brique par brique » le système politique mis en place par ce dernier. En 2024, il se vantait d’être considéré comme « l’éternelle opposition » au sein du Fidesz, le parti au pouvoir, et a rapidement attiré des dizaines de milliers de personnes lors de son premier rassemblement.


En à peine deux ans, Peter Magyar, leader du parti Tisza, a réussi à se positionner en tant qu’**opposant crédible au Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban**, qui est resté au pouvoir pendant 16 ans.

Habile communicant, tant sur les réseaux sociaux que sur le terrain, ce conservateur de 45 ans a promis un changement radical, s’engageant à démanteler « **brique par brique** » le système politique instauré par M. Orban, avec qui il avait pourtant eu des liens étroits jusqu’à récemment.

En 2022, il saluait encore un discours de Viktor Orban, assis au premier rang aux côtés de Judit Varga, alors son épouse et ministre de la Justice. Toutefois, Magyar n’hésitait pas à critiquer la galaxie Orban.

« **Ils m’appelaient ‘l’éternelle opposition’ au sein du Fidesz** », le parti au pouvoir, se vantait-il auprès de l’AFP en 2024, peu après son entrée sur la scène politique.

Son statut d’**ancien initié** a contribué à son ascension rapide, estime Andrzej Sadecki, analyste au Centre d’études de l’Est (OSW) à Varsovie.

« **Il semble plus convaincant aux yeux de certains anciens électeurs du Fidesz lorsqu’il dénonce un système corrompu de l’intérieur** », ajoute l’expert, soulignant que « **d’une certaine manière, Magyar, c’est Orban il y a 20 ans, sans tout le bagage, la corruption et les erreurs commises au pouvoir** ».

Né le 16 mars 1981 dans une famille conservatrice influente, Peter Magyar s’intéresse à la politique dès son plus jeune âge.

Pendant ses années universitaires, où il étudie le droit, il se lie d’amitié avec Gergely Gulyas — l’actuel chef de cabinet d’Orban — et rencontre sa future épouse, avec qui il a eu trois enfants.

Après avoir exercé comme avocat, il devient père au foyer à Bruxelles lorsque Judit Varga est recrutée en 2009 comme assistante d’un député européen du Fidesz. Avec le retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010, il est nommé diplomate en charge des affaires européennes.

La famille rentre en Hongrie en 2018, lorsque Judit Varga est nommée secrétaire d’État, puis ministre de la Justice.

Pour sa part, Peter Magyar prend la direction de l’organisme de prêts étudiants Diakhitel Kozpont et siège au conseil d’administration de plusieurs autres entreprises publiques.

Inconnu du grand public avant début 2024, il dénonce publiquement le système Orban à la suite d’un scandale retentissant lié à des grâces accordées dans une affaire de pédocriminalité, affirmant alors ne pas avoir d’ambition politique.

Quelques semaines plus tard, il organise son premier rassemblement, attirant des dizaines de milliers de personnes.

Peter Magyar est rapidement perçu comme « courageux, dans l’action et prêt à prendre des risques personnels », selon Veronika Kovesdi, spécialiste des médias à l’université ELTE de Budapest.

Sa communication sur les réseaux sociaux a eu un grand écho « **émotionnel** », selon elle, et a contribué à la naissance d’une communauté forte de soutiens.

Il prend rapidement les rênes d’un parti dormant, Tisza, qui se classe deuxième aux élections européennes de 2024, derrière la coalition au pouvoir.

À mesure que sa popularité grandissait, Peter Magyar doit faire face à une série d’accusations, dont des violences domestiques de la part de Judit Varga, dont il divorce en 2023. Il parle d’un « **tsunami de haine et de mensonges** ». Pour Mme Kovesdi, cela a peut-être contribué à « **le légitimer davantage** ».

Sur le plan du programme, Peter Magyar souhaite améliorer les services publics tels que la santé et l’éducation, dans un état déplorable, et lutter contre la corruption qui « **est partout** ».

Il a également esquissé une politique étrangère pro-occidentale, promettant de faire de la Hongrie un allié fiable de l’Otan et un membre loyal de l’UE.

Comme Orban, il refuse l’envoi d’armes à l’Ukraine et s’oppose à une intégration rapide du pays dans l’UE, bien qu’il ne partage pas la rhétorique hostile envers Kiev.

Il adopte des positions très strictes sur l’immigration, tandis que sur les droits LGBT+, attaqués par Viktor Orban, il s’est montré peu clair, selon une journaliste d’un média indépendant, qui s’inquiète aussi de son « **agressivité** » envers les médias.

« **Certains doutent de sa capacité à opérer une véritable rupture avec le régime d’Orban** » et « **les électeurs de gauche ne sont peut-être pas entièrement satisfaits de son programme, mais ils le soutiennent quand même, car il représente la meilleure chance de changement** », souligne M. Sadecki.