Belgique

Peindre son toit en blanc : une bonne idée contre la chaleur ?

Selon les données de l’IRM, les années 2020, 2022, 2023 et 2024 font toutes les quatre partie des six années les plus chaudes enregistrées à Uccle depuis le début des mesures en 1833. En collaboration avec Sciensano, il a été déduit que cela aurait pu entraîner une réduction de 25% des décès liés à la chaleur à Bruxelles.


Selon les données de l’IRM, le climat belge a connu des changements au cours des 20e et 21e siècles, avec des évolutions plus marquées ces dernières années. À Uccle, qui sert de référence pour les températures, les années 2020, 2022, 2023 et 2024 font toutes partie des six années les plus chaudes enregistrées depuis le début des mesures en 1833. L’année 2024 est également désignée comme l’année la plus chaude jamais constatée à l’échelle mondiale.

Cette étude a également analysé l’impact des toitures fraîches sur les températures lors de la vague de chaleur de cinq jours en juillet 2019, durant laquelle pour la première fois, une température de 40 degrés a été observée en Belgique, entraînant le décès de quarante-sept Bruxellois.

Pour mener à bien cette étude, les chercheurs ont utilisé un modèle climatique afin d’évaluer l’impact d’une hausse des températures dans les villes belges. Ils ont simulé une augmentation de l’effet d’albédo des toitures à 0,85 en les peignant en blanc à l’aide d’un logiciel. Ce pouvoir d’albédo exprime la capacité d’une surface à réfléchir l’énergie solaire, avec une valeur allant de 0 à 1, où 1 indique une surface blanche parfaite qui renverrait théoriquement 100 % de l’énergie reçue. Par exemple, la neige fraîche a un albédo d’environ 0,90, tandis que la surface d’un lac a une valeur de 0,05.

« En collaboration avec Sciensano, nous avons également pu déduire que cela aurait pu entraîner une réduction de 25 % des décès liés à la chaleur à Bruxelles », souligne Fien Serras, doctorante à la KU Leuven et principale auteure de l’étude. « Les simulations montrent que les toitures fraîches réduisent principalement les températures maximales journalières. Nous avons testé trois mesures d’adaptation différentes : des toits frais (avec un albédo de 0,85), une augmentation de la végétalisation et une combinaison des deux. Nous avons constaté que la température maximale moyenne journalière pouvait être réduite de deux à trois degrés si des toits frais avaient été présents. Nous avons également noté des différences selon la structure de l’environnement urbain, en particulier la densité des bâtiments. »

Les conséquences d’une telle baisse de deux degrés pourraient être significatives, car une température plus basse pourrait entraîner moins de décès. En période de forte chaleur, le stress thermique augmente, ce qui accroît les décès liés à la chaleur. « En collaboration avec Sciensano, nous avons également pu déduire que cela aurait pu entraîner une réduction de 25 % des décès liés à la chaleur à Bruxelles », ajoute Fien Serras.

« Inne Vanderkelen, co-auteure, affirme que les résultats montrent que des interventions relativement simples dans les bâtiments existants peuvent générer des retours sociaux importants, surtout lorsqu’elles sont combinées de manière stratégique avec des politiques vertes. »

Peindre son toit en blanc pourrait donc être bénéfique, selon l’étude. Cependant, cela peut engendrer des coûts, variant de 30 à 100 euros au mètre carré, selon les surfaces. Les experts précisent qu’il est crucial de considérer cela dans un contexte plus large. Avant de peindre le toit en blanc, des mesures plus efficaces peuvent être envisagées, telles que l’isolation. « L’isolation est primordiale. Il faut vraiment se concentrer sur cela d’abord, puis discuter des toitures blanches. Cela peut également avoir des effets négatifs en hiver, nécessitant davantage de chauffage », explique Bryan Thiltgès, chercheur chez Buildwise.

En plus de l’isolation, il est également crucial de s’occuper de la protection solaire sur les parties transparentes de la maison. Filip Dobbels, expert chez Buildwise, explique que « en période de chaleur, il faut éviter que l’énergie pénètre dans le bâtiment et essayer de l’évacuer au maximum, par exemple par la ventilation nocturne. La protection solaire est essentielle, en particulier pour les fenêtres de toit non protégées, qui présentent un risque de surchauffe. »

Si l’on choisit de peindre le toit en blanc, il est essentiel de prendre en compte les règles d’urbanisme, car cela peut varier d’une commune à l’autre et parfois d’un quartier à l’autre. Il est aussi important d’entretenir la toiture. Sous nos latitudes, l’humidité, la pluie et le vent peuvent rapidement ternir une toiture blanche, diminuant son efficacité réfléchissante. Il est recommandé de nettoyer les toitures chaque année pour enlever mousse, feuilles et poussières.

Bryan Thiltgès ajoute : « Cette réflexion de lumière dépend de la capacité de la surface à réfléchir, de son albédo, qui peut évoluer dans le temps. Une membrane blanche proche d’arbres devient sale et perd sa capacité à réfléchir la lumière, ce qui augmente la chaleur à l’intérieur du bâtiment. Il est donc crucial de nettoyer son toit blanc. »

Enfin, il est capital de souligner que toutes les toitures ne peuvent pas être peintes en blanc, comme certaines toitures compactes. Il est donc important d’adopter une approche globale pour rendre son habitation plus isolée et fraîche. Les technologies évoluent afin de réduire la consommation des habitations, et la prochaine étape sera le développement de toitures dites climatiques. « Il existe des surfaces exploitables qui peuvent être valorisées davantage qu’auparavant. Nous espérons démontrer l’effet bénéfique avec de la végétation, différentes couches et teintes de membranes de toiture, ainsi que des possibilités de rétention d’eau, des toits verts et des panneaux photovoltaïques », concluent les experts.

Ainsi, les toitures devront évoluer dans les prochaines années.