Belgique

On pense un cheval, mais on finit avec un chameau qui pue : style De Wever

Gaston Eyskens a occupé à plusieurs reprises le poste de Premier ministre entre 1949 et 1972. Bart De Wever a déclaré le 6 février 2025 « sine labor nihil », soit « rien sans travail », pour défendre la valeur du travail chère au gouvernement.

Bien que Bart De Wever l’ait reprise, cette citation n’appartient pas au Premier ministre actuel. Elle a été souvent répétée par le passé, notamment sous forme de boutade par l’un de ses prédécesseurs, Gaston Eyskens. Membre du CVP (parti social-chrétien), il a occupé à plusieurs reprises le poste de Premier ministre entre 1949 et 1972. À l’époque, il devait gérer certaines des plus grandes crises belges : la question royale, la guerre scolaire ou encore la décolonisation du Congo belge.

Illustrer le compromis à la belge

Gaston Eyskens affirmait donc qu’« un dromadaire est un cheval qui est passé par un conseil des ministres ». Ces propos illustrent les nombreux compromis que doivent faire les ministres lorsqu’ils travaillent sur des réformes. Le résultat final peut être éloigné des intentions initiales. Dans ce cas précis, l’idée de base est le cheval. Le dromadaire est le résultat final, fruit de multiples modifications.

Cette phrase est fréquemment utilisée dans le paysage politique belge, qui est reconnu pour ses nombreux compromis. Nos confrères du Morgen l’ont citée début 2025 dans un éditorial consacré à l’accord de gouvernement flamand et aux repas scolaires gratuits. Dans le cas étudié, Bart De Wever l’emploie pour justifier la nécessité de revoir la réforme fiscale suite à l’avis négatif du Conseil d’État. Cette réforme fiscale est un projet qui ne tient pas la route pour l’instant, elle a subi trop de modifications pour répondre aux nombreuses attentes de tous les partis du gouvernement fédéral. Ce gouvernement a pensé à un cheval, mais il a accouché d’un chameau.

De Wever, l’historien amateur de latin…

Le Premier ministre de la N-VA est familier des citations. Cet homme, historien de formation, dispose d’une admiration pour la Rome antique et les citations latines. Lorsqu’il remporte les élections communales d’Anvers en 2024, il s’exclame sur le podium « Roma Victrix », ce qui signifie que Rome a gagné. De Wever n’hésite pas à déambuler dans la foule avec une aigle romaine, symbole des légionnaires. En 2025, lorsqu’il forme un gouvernement, il tweete juste après sa visite auprès du roi « alea iacta est », signifiant que le sort en est jeté, une locution latine signée Jules César. Quelques jours plus tard, lors du vote de confiance du 6 février 2025, il évoque la valeur du travail, chère à son gouvernement, en déclarant « sine labor nihil », c’est-à-dire « rien sans travail ».

Bien que Rome occupe une place importante dans la culture de Bart De Wever, il s’inspire également de la mythologie grecque. À la tribune du Parlement en novembre 2025, le Premier ministre présente sa déclaration de politique commune.

Après avoir cité Churchill, il compare les difficultés budgétaires que le gouvernement va rencontrer au dilemme d’Héraclès : « le héros grec devait choisir entre deux voies, chacune représentée par une déesse : l’une par la pécheresse Cakia, l’autre par la vertueuse Arété. La perfide Cakia suggérait une voie apparemment facile qui mènerait à une vie de loisirs. Arété, en revanche, indiquait une voie escarpée, étroite et difficile. Elle incarnait ainsi la vérité éternelle selon laquelle le vrai bonheur ne s’atteint que par le travail acharné et la persévérance. Labore et constantia. Héraclès choisit à juste titre Arété, la voie difficile. Finalement, il atteindrait l’Olympe et rejoindrait les dieux. Nous sommes encore loin d’atteindre l’Olympe dans ce pays aujourd’hui. Soyons clairs. Mais ce gouvernement a assurément le courage de suivre la voie d’Arété. »

…mais pas toujours très fin

Le nationaliste flamand est également connu pour ses interventions médiatiques moins savantes. En 2009, au micro de la RTBF, il réagit sur les rumeurs de séparation au sein de la N-VA. Interrogé sur l’union au sein du parti, il déclare « je m’en fous comme de l’an 40 de tout ce qu’on dit… Ce qui se passe derrière mon dos, c’est dans mon cul. » Bart De Wever sait aussi se montrer acerbe à l’égard de ses rivaux, comme lorsqu’il dit en 2011 : « Ma femme de ménage nigériane parle bien mieux le néerlandais qu’Elio Di Rupo. » Cette déclaration a lieu alors que les négociations gouvernementales sont en cours et qu’Elio Di Rupo est pressenti pour devenir Premier ministre.

Cependant, Bart De Wever sait aussi frapper les esprits avec des phrases percutantes. En témoigne son intervention lors de son discours à Davos, où il critique Donald Trump et la dominance américaine, déclarant : « Être un vassal heureux, c’est une chose. Être un esclave malheureux, c’est tout autre chose. »

Ainsi, Bart De Wever possède un style qui lui est propre, parfois grinçant, parfois sérieux, parfois humoristique. Un style qui ne laisse personne indifférent et qui suscite souvent des rires, parfois teintés de jaune, mais qui montre surtout que le Premier ministre sait captiver son auditoire et comment marquer les esprits.