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Nouveaux pourparlers entre Iran et États-Unis à Genève : dernière chance ?

Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l’action militaire. Les Etats-Unis sont représentés par l’émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain, Jared Kushner, qui en parallèle doivent mener des pourparlers avec l’Ukraine, également à Genève jeudi.


Depuis janvier, chaque partie exprime sa volonté de dialoguer tout en étant prête à agir militairement, laissant la porte ouverte à divers scénarios.

Le président américain Donald Trump, qui a déployé une importante force militaire dans le Golfe, affirme qu’il privilégie une résolution diplomatique du différend, tout en accusant Téhéran mardi d’avoir des « ambitions nucléaires sinistres« .

Il a déclaré que l’Iran a « développé des missiles qui peuvent menacer l’Europe et nos bases » militaires et qu’il cherche à concevoir des missiles encore plus puissants, capables « d’atteindre bientôt les Etats-Unis« .

Le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié ces accusations de « gros mensonges« , soulignant que l’Iran limite la portée de ses missiles à 2.000 km.

L’Iran dispose d’un large arsenal d’engins produits localement, incluant des missiles Shahab-3, qui peuvent atteindre Israël, son rival, ainsi que certaines nations d’Europe orientale.

« Opportunité historique »

Le sujet central de la discorde entre les deux nations ennemies réside dans la volonté de Washington d’inclure le programme de missiles balistiques dans les discussions, ainsi que la question du soutien de Téhéran à des groupes armés hostiles à Israël, ce que l’Iran refuse.

La République islamique souhaite, quant à elle, limiter les négociations au sujet nucléaire et demande la levée des sanctions qui étouffent son économie.

« Le président souhaite des solutions diplomatiques. Il les préfère, il les préfère largement. Je ne qualifierais donc pas la journée de demain (jeudi) autrement que comme une série de discussions, qui, je l’espère, seront productives, mais au final, vous savez, nous devrons discuter d’autres sujets que le seul programme nucléaire », a déclaré Marco Rubio lors d’une conférence de presse à Saint-Kitts-et-Nevis.

Malgré ces désaccords, l’Iran affirme qu’un accord est « à portée de main« , selon le chef de la diplomatie Abbas Araghchi, qui conduit la délégation aux négociations, évoquant une « opportunité historique« .

Le président Massoud Pezeshkian a, pour sa part, mentionné une « perspective favorable« , espérant une issue à cette « situation +ni guerre ni paix« .

Cependant, M. Araghchi a souligné dans un communiqué tôt jeudi que « le succès de ces négociations dépend du sérieux de l’autre partie et de sa capacité à éviter les comportements et les positions contradictoires« .

Les États-Unis sont représentés par l’émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain, Jared Kushner, qui doivent également mener des pourparlers avec l’Ukraine, également à Genève jeudi.

Les discussions entre l’Iran et les États-Unis ont repris début février à Oman, en tant que médiateur, puis se sont rencontrées une première fois en Suisse le 17.

« Appréhension » régionale

Un cycle précédent de négociations avait été interrompu au printemps 2025 par la guerre lancée par Israël contre l’Iran.

Washington avait alors frappé des sites nucléaires en Iran et Donald Trump avait affirmé avoir « anéanti » son programme nucléaire, bien que l’étendue précise des dommages reste inconnue.

Les pays occidentaux et Israël craignent que l’Iran ne cherche à acquérir l’arme atomique, alors que Téhéran affirme son droit au nucléaire civil, conformément au Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

De nouvelles tensions entre Washington et Téhéran ont surgi après une répression violente en janvier d’un vaste mouvement de contestation en Iran.

Donald Trump avait alors promis d’apporter son « aide » au peuple iranien.

« On a vu en janvier un grand effort d’un certain nombre d’États au Moyen-Orient pour convaincre les États-Unis de ne pas frapper l’Iran », observe Emile Hokayem, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), basé à Londres.

« Mais il y a beaucoup d’appréhension actuellement, car on s’attend à ce que ce soit (une guerre) plus importante qu’en juin 2025, avec « des Iraniens qui se battront davantage« , ajoute-t-il.

Tayebeh, une femme au foyer de Téhéran âgée de 60 ans, exprime des inquiétudes concernant les conséquences d’une offensive américaine, tout en désirant sortir de cette incertitude.

« Trump a déclaré que la guerre serait très mauvaise pour l’Iran (…) La population souffrirait énormément« , a-t-elle confié à l’AFP sous couvert d’anonymat. « Les gens souffrent déjà aujourd’hui, mais au moins, avec la guerre, notre sort serait clair. »

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