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Nés prématurément sous les bombes à Gaza : retrouvailles émouvantes bébés-parents

Sundus Al-Kurd a déclaré : « Aujourd’hui est comme un anniversaire, comme un nouveau départ, et je rattraperai tout ce dont ma fille a été privée, si Dieu le veut ». Au total, 29 bébés prématurés étaient arrivés en Égypte, mais sept (enfants) sont morts en Égypte, et onze sont revenus à Gaza.


** »C’est comme un nouveau départ »**

« Aujourd’hui est comme un anniversaire, comme un nouveau départ, et je rattraperai tout ce dont ma fille a été privée, si Dieu le veut. » Ces mots de Sundus Al-Kurd résonnent alors qu’elle serre sa fille, Bissan, dans ses bras pour la première fois depuis sa naissance, il y a deux ans et demi.

Sundus Al-Kurd était enceinte de huit mois lorsque sa maison a été frappée par un bombardement en octobre 2023. Blessée, cette habitante de Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza, a dû subir un accouchement d’urgence pour sauver Bissan.

Bissan a été évacuée vers l’Égypte alors que les combats faisaient rage et que la frontière était fermée. Les nourrissons n’étaient pas accompagnés de leurs parents, seuls des médecins étaient autorisés à suivre les enfants. « Pendant près d’un an, nous avons vécu entre espoir et désespoir, nous demandant si notre petite fille était encore là ou non, » explique Sundus Al-Kurd. « Jusqu’à ce que l’on apprenne que des bébés prématurés avaient été transférés de l’hôpital Al-Shifa à Al-Arish, » précise-t-elle.

Sundus Al-Kurd n’avait qu’une crainte : « J’avais peur que la petite ne me reconnaisse pas, » avoue-t-elle à Reuters.

« Au début, elle m’a acceptée, » explique la maman. « Mais en voyant les personnes qui l’accompagnaient et les infirmières, elle s’est ensuite retournée pour aller les rejoindre. Nous avons eu du mal à la retenir, et il a été difficile de la leur reprendre. »

« La petite ne s’attache à personne, » poursuit Sundus Al-Kurd. « Elle ne sait toujours pas qui est sa mère, son père, ni sa famille. Alors, nous y allons petit à petit, et nous espérons que les choses s’amélioreront avec le temps, et qu’elle finira par nous reconnaître, » dit-elle avant de jouer au ballon avec Bissan dans le camp de la bande de Gaza où la famille réside depuis la destruction de leur maison.

**Apprendre à vivre dans une bande de Gaza dévastée**

Lors de ce bombardement, une des sœurs de Bissan, Habiba, a été tuée, comme neuf autres membres de leur famille. Bissan a encore un frère et une sœur en vie.

« Pendant ces deux ans et demi, ma fille a en plus été privée de tout amour maternel, et elle a été privée de son droit le plus fondamental : vivre avec ses deux parents, » regrette Sundus Al-Kurd tout en espérant que cela ne soit pas trop un handicap pour son développement.

Ces enfants doivent désormais s’adapter à la vie dans une bande de Gaza où les infrastructures sont en grande partie endommagées, rendant la situation particulièrement difficile.

« En Égypte, ma fille ne manquait de rien : jouets, nourriture, vêtements, tout, » explique Sundus Al-Kurd. « Aujourd’hui, à Gaza, nous sommes assiégés. J’essaie de subvenir aux besoins de ma fille du mieux que je peux avec ce que je trouve. Mais quand j’ai voulu lui acheter des jouets, il n’y en avait plus. J’ai à peine pu en trouver quelques-uns, juste assez pour combler une partie de ses besoins. Quant à la nourriture, tout n’est pas disponible. Nous avons des fruits, par exemple. Mais même quand il y en a, les prix sont exorbitants ici à Gaza. »

**L’histoire de ces enfants a marqué les esprits**

Le 19 novembre 2023, l’UNICEF a confirmé que 31 bébés prématurés avaient été évacués du plus grand hôpital de la bande de Gaza pour être transférés dans des couveuses vers l’Égypte. « Dans le cadre d’un effort interinstitutions de l’ONU, l’UNICEF, en collaboration avec l’OMS, l’UNRWA, l’OCHA ainsi que le Service de la lutte antimines, et aux côtés de la Société du Croissant-Rouge palestinien, des autorités médicales et du personnel de l’hôpital, a mené l’opération dans des conditions extrêmement périlleuses, » indiquait l’UNICEF dans son communiqué de presse à l’époque.

**11 enfants de retour, 7 sont morts**

Au total, 29 bébés étaient arrivés en Égypte, mais tous ne sont pas revenus. « Sept (enfants) sont morts en Égypte, onze sont revenus à Gaza et les autres sont restés avec leurs familles hors de la bande de Gaza, » expliquait cette semaine le directeur de l’hôpital Al-Shifa de Gaza, Muhammad Abu Saliya, au micro de Reuters.