Belgique

Mutilations génitales en Belgique : « Elle ne peut plus cuisiner. »

Depuis 2001, la loi belge interdit le fait de pratiquer des mutilations génitales féminines, mais aussi de les soutenir et de les organiser. En Belgique, la dernière étude donne des chiffres de 2020, dans laquelle on estimait que 23.000 femmes excisées vivaient sur le territoire et 12.000 petites filles étaient à risque.


Depuis 2001, la législation belge interdit non seulement la pratique des mutilations génitales féminines, mais également leur soutien et leur organisation. Malgré cela, de nombreuses petites filles continuent d’être exposées à ce risque en Belgique. Quelles sont les réalités de cette problématique ? Fabienne Richard, sage-femme et directrice du groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines en Belgique (GAMS), fait le point.

« Une violation grave du droit humain »

Les mutilations sexuelles féminines consistent en l’ablation partielle ou totale des organes sexuels externes d’une femme ou d’une petite fille, réalisée sans justification médicale. Fabienne Richard souligne que « ce sont des petites filles qui sont en pleine santé et que, la plupart du temps, on prend par surprise et qu’on excise ». Elle qualifie cette pratique de « violation grave du droit humain ».

Bien que cette législation n’ait pas encore débouché sur des poursuites judiciaires, elle a permis de protéger de nombreuses jeunes filles. « On utilise vraiment cette loi comme un outil de prévention et de protection », ajoute-t-elle, précisant que des références à la loi sont faites principalement durant les mois de juillet et août, périodes où les fillettes retournent dans leur pays d’origine et sont ainsi susceptibles d’être excisées.

Principe d’extraterritorialité de la loi

Fabienne Richard rappelle qu’en Belgique, un principe d’extraterritorialité inclut des sanctions pour les actes commis à l’étranger par des parents résidant en Belgique. Les conséquences de l’excision sont des souffrances physiques immédiates, incluant « une douleur très intense qui peut mener à une perte de connaissance », ainsi que des risques d’infection, souvent dues à l’utilisation d’instruments non stériles, et de graves hémorragies pouvant entraîner la mort.

« L’excision signifie des complications à l’accouchement »

À long terme, les effets incluent des infections urinaires et vaginales fréquentes, ainsi que des problèmes de sexualité. Fabienne Richard note qu’en tant que sage-femme, elle constate « des complications à l’accouchement avec davantage de déchirures et un risque accru de décès néonatal si les femmes ne bénéficient pas d’une prise en charge adéquate ».

L’excision impacte également la santé mentale; « Ça peut être un stress post-traumatique », déclare Richard. Elle se souvient d’une femme qui a fait état de son incapacité à cuisiner à cause du souvenir de son excision.

Violences basées sur le genre

Pour Fabienne Richard, les mutilations génitales féminines s’inscrivent dans un « continuum de violences basées sur le genre ». Elle explique que beaucoup de femmes, lorsqu’elles racontent leur histoire, évoquent l’excision comme un moyen de les soumettre à leur rôle de femme ou de fille. Cela conduit souvent à des situations telles que « le mariage précoce, forcé, et les violences sexuelles d’un mari non souhaité ». Pour Richard, l’excision est un moyen de contrôler la sexualité des femmes; « Les hommes affirment qu’ils n’arriveront jamais à satisfaire leurs femmes si elles ne sont pas excisées, sous prétexte qu’elles sont trop demandeuses ».

L’OMS estime que plus de 230 millions de filles et de femmes vivent actuellement avec les conséquences des mutilations génitales dans 30 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, comme la Somalie, l’Égypte ou l’Indonésie. « On sait qu’il y a aussi des cas dans une moindre mesure en Amérique latine. Puis il y a tous les pays d’accueil comme la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Australie, le Canada », souligne Fabienne Richard, pour qui il s’agit d’un problème de santé mondiale.

En Belgique, la dernière étude, datée de 2020, estimait à 23 000 le nombre de femmes excisées sur le territoire, avec 12 000 petites filles considérées à risque. « Grâce au travail de prévention, ces petites filles n’ont pas été excisées, mais on ne peut pas être présents dans chaque commune », précise-t-elle. Elle indique que des médecins et gynécologues continuent de découvrir des femmes nées en Belgique ayant subi une excision.

« J’ai été coupée par le couteau, je serai réparée par le couteau »

Comment venir en aide à ces femmes ? « Il existe une trajectoire de soins individualisés selon leurs besoins », explique Richard. Des options de reconstruction peuvent être envisagées, permettant de réexposer le moignon du clitoris. « La chirurgie n’est pas toujours nécessaire grâce au travail avec la sexologue et la psychologue », ajoute-t-elle. « Pour certaines femmes, c’est une façon symbolique de se réparer. Elles nous disent : ‘j’ai été coupée par le couteau, je serai réparée par le couteau’, par le scalpel du chirurgien. »

Elle précise que les motivations pour solliciter une chirurgie reconstructrice ne sont pas uniquement liées à la quête de plaisir, mais davantage à un besoin de se sentir entière et de réparer leur image personnelle.

Fabienne Richard conclut en indiquant que la Belgique est perçue comme un pays relativement avancé sur cette problématique, surtout en comparaison avec certains pays du sud de l’Europe comme la Grèce, le Portugal ou l’Italie.