Belgique

Mort de Lionel Jospin : l’Élysée a toujours évité cet homme de gauche.

Lionel Jospin, Premier ministre de 1997 à 2002, est décédé à l’âge de 88 ans et n’a jamais réussi à atteindre l’Elysée. Le PACS, instauré en 1999, permet l’union des couples homosexuels avant la légalisation du mariage entre personnes de même sexe en 2013.


Premier ministre de 1997 à 2002, Lionel Jospin, décédé à l’âge de 88 ans, a été à l’origine de nombreuses réformes sociales en France, telles que les 35 heures et le Pacte civil de solidarité (PACS). Bien qu’il soit une figure respectée du Parti socialiste, connue pour son intégrité, il n’a jamais réussi à accéder à la présidence.

Cet échec retentissant lors du premier tour des élections présidentielles en 2002 face au candidat d’extrême droite Jean-Marie Le Pen l’a poussé à annoncer son retrait de la vie politique. Même en 2007, lorsqu’il était pressenti pour être le candidat socialiste à la présidentielle, Jospin a laissé sa place à la populaire Ségolène Royal.

« J’ai surestimé le rejet de Jacques Chirac, j’ai surestimé la perception positive de mon bilan. J’ai sous-estimé l’impact qu’avait la division de la gauche, j’ai sous-estimé le premier tour », a-t-il déclaré.

Né en 1937 à Meudon (Hauts-de-Seine), Lionel Jospin a hérité des valeurs socialistes de ses parents militants. En 1956, il s’inscrit à l’Institut d’études politiques de Paris, puis à l’École nationale d’administration (ENA) en 1961, où il se tourne vers le trotskisme. Il rejoint l’Organisation communiste internationaliste avant de rallier le Parti socialiste en 1971, dont il sera secrétaire général de 1981 à 1988, puis de 1995 à 1997.

Après sa sortie de l’Ena, Lionel Jospin entre au Quai d’Orsay en tant que secrétaire des Affaires étrangères, mais démissionne lors des manifestations de 1968 pour étudier aux États-Unis. À son retour en France en 1970, il enseigne l’économie.

Secrétaire général du Parti socialiste sous François Mitterrand, il entre au gouvernement lors du second mandat de ce dernier en tant que ministre de l’Éducation. Critique envers les années Mitterrand, il se porte candidat à l’élection présidentielle de 1995, arrivant en tête au premier tour avec 23,3% des voix, mais s’inclinant face à Jacques Chirac au second tour.

En 1997, Lionel Jospin est nommé Premier ministre à la suite des élections législatives anticipées consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale par Jacques Chirac. À la tête d’une coalition de gauche, il forme le gouvernement de cohabitation le plus long de la Ve République.

À Matignon, il abandonne plusieurs des idéologies de sa jeunesse, privatisant des entreprises publiques majeures comme Air France et le Crédit lyonnais, tout en acceptant des coupes budgétaires dans le secteur public pour permettre l’entrée de la France dans la monnaie unique européenne. Sous son mandat, le pays connaît une période de forte croissance économique et une baisse du chômage, notamment grâce à sa décision de réduire la semaine de travail de 39 à 35 heures et à la création de 350 000 emplois dans le secteur public pour les jeunes.

Avec son slogan « oui à l’économie de marché, non à la société de marché », Lionel Jospin cherche à établir une ligne sociale-démocrate. Le PACS est instauré en 1999, permettant l’union de couples homosexuels avant la légalisation du mariage entre personnes de même sexe en 2013.

En 2012, il est nommé par le président François Hollande à la tête d’une commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique, chargée de réformer la vie politique française. Il intègre également en 2014 le Conseil constitutionnel, poste qu’il occupe jusqu’en 2019.

Lionel Jospin laisse dans le deuil sa femme Sylviane Agacinski, universitaire féministe, ainsi que ses enfants issus d’un précédent mariage, Hugo et Eva.